Université tunisienne… Zorro n’est pas arrivé

Businessnews.com.tn | publié le 17/09/2012 16:26

Par Mehdi Ben Jemaa*


Auréolé d'une double réputation, celle de grand résistant contre la dictature et celle, dit-on, d’une grosse pointure dans le domaine des mathématiques, le Professeur Ben Salem, à la tête de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, devait apparaître comme le grand coup gagnant du gouvernement du siècle, ‘the right man in the right place’ ».
En raison de la légende passablement surfaite de « MBS », l’imaginaire des supporters de l'équipe gouvernementale s’est laissé émousser par la réparation faite à un grand savant et accessoirement par un scenario où ce dernier transformerait, en un tour de passe-passe, le «département malade » de la machine Tunisie en un athlète « super bien » portant en lui assenant, en l’occurrence, quelques coups de baguettes de finance islamique.
C’est donc, dans cette ambiance d'optimisme béat et de foi inébranlable dans la force d’inertie du nouveau ministre, que le règne « moncefien » (encore un autre !!) allait débuter. Les quelques voix discordantes qui se sont élevées ici et là, le rappel de ses divagations sur le Code du statut personnel sous auspices israéliennes, ses propos sur l’enfant terrible de la littérature des années trente, le succulent Ali Douaji, furent tous écartés d’un revers de main et rien n’allait entraver l’entrée en fanfare du sauveur « suprême » du monde académique.

Au moment où enseignants, étudiants et tous les acteurs de l’enseignement supérieur s’attendaient à une remise à plat de tout le système, notamment la fameuse reforme LMD, la refonte de la carte universitaire, la dynamisation du secteur stratégique de la recherche le ministre inaugura son ministère par la plus « glorieuse » des décisions en laissant pourrir la situation à la faculté des lettres de la Manouba, en butte à une grosse fronde salafiste autour du port du niqab.
L’université publique agonise, la recherche scientifique est réduite à une portion congrue, les diplômes nationaux se dévaluent de jour en jour, les universités tunisiennes sombrent dans les profondeurs du classement mondial quand elles y sont bien sûr. Et que fait le ministre du siècle ? Il passe de plateaux tv aux studios de radio, papotant devant les medias de niqab, de liberté de culte dans les campus, fourrant le nez au passage dans la polémique de la représentativité des syndicats d’étudiants.

Cela bien sûr, quand il ne cherche pas dans des émissions de talk show à arracher des larmes de compassion à un public meurtri par son chemin de croix du temps de Ben Ali où lui, le savant de la République, était réduit ( fort honteusement faut t-il le rappeler) à vendre du persil pour faire vivre les siens… Et pour clore le tout, il est sans doute utile de rappeler qu’à ses heures perdues, monsieur le ministre semble avoir comme hobbies d’éplucher les articles relatifs à son auguste personne, n’hésitant pas au besoin à poursuivre en justice quelques journalistes critiques.
De coutume, un ministre en charge de l’enseignement (tous niveaux d’enseignement compris) travaille dur l’été pour réussir ses deux examens à lui qui sont la rentrée et la fin de l’année universitaire ou scolaire. Résultat de cet auguste labeur estival : MBS vient de susciter de nouveau la polémique autour du port du niqab. Comme entrée en matière, un responsable de son rang ne pouvait pas faire plus maladroit et ce ne sont pas les « mesurettes – réformettes » annoncées, tout comme l’opération « mani pulite » qu’il vient d’engager qui vont tempérer le reproche fondamental fait à la méthode Ben Salem. Une façon de faire, en effet, qui fait la part belle à l’impératif idéologique et /ou partisan du ministre et de sa formation politique au détriment de l’intérêt national qui commande, dans le cas d’espèce, la mise en place d’un véritable « Plan Marshall » en faveur de l’université tunisienne.

Bonne rentrée quand même, Jeunesse du pays ! Travaillez pépère, Monsieur le ministre, avec l’aide du Ciel et le concours de la dream team gouvernementale, vous trouvera bien un job… dans une autre vie peut être.

*Enseignant universitaire

Université tunisienne… Zorro n’est pas arrivé

publié le 17/09/2012 16:26

Par Mehdi Ben Jemaa*


Auréolé d'une double réputation, celle de grand résistant contre la dictature et celle, dit-on, d’une grosse pointure dans le domaine des mathématiques, le Professeur Ben Salem, à la tête de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, devait apparaître comme le grand coup gagnant du gouvernement du siècle, ‘the right man in the right place’ ».
En raison de la légende passablement surfaite de « MBS », l’imaginaire des supporters de l'équipe gouvernementale s’est laissé émousser par la réparation faite à un grand savant et accessoirement par un scenario où ce dernier transformerait, en un tour de passe-passe, le «département malade » de la machine Tunisie en un athlète « super bien » portant en lui assenant, en l’occurrence, quelques coups de baguettes de finance islamique.
C’est donc, dans cette ambiance d'optimisme béat et de foi inébranlable dans la force d’inertie du nouveau ministre, que le règne « moncefien » (encore un autre !!) allait débuter. Les quelques voix discordantes qui se sont élevées ici et là, le rappel de ses divagations sur le Code du statut personnel sous auspices israéliennes, ses propos sur l’enfant terrible de la littérature des années trente, le succulent Ali Douaji, furent tous écartés d’un revers de main et rien n’allait entraver l’entrée en fanfare du sauveur « suprême » du monde académique.

Au moment où enseignants, étudiants et tous les acteurs de l’enseignement supérieur s’attendaient à une remise à plat de tout le système, notamment la fameuse reforme LMD, la refonte de la carte universitaire, la dynamisation du secteur stratégique de la recherche le ministre inaugura son ministère par la plus « glorieuse » des décisions en laissant pourrir la situation à la faculté des lettres de la Manouba, en butte à une grosse fronde salafiste autour du port du niqab.
L’université publique agonise, la recherche scientifique est réduite à une portion congrue, les diplômes nationaux se dévaluent de jour en jour, les universités tunisiennes sombrent dans les profondeurs du classement mondial quand elles y sont bien sûr. Et que fait le ministre du siècle ? Il passe de plateaux tv aux studios de radio, papotant devant les medias de niqab, de liberté de culte dans les campus, fourrant le nez au passage dans la polémique de la représentativité des syndicats d’étudiants.

Cela bien sûr, quand il ne cherche pas dans des émissions de talk show à arracher des larmes de compassion à un public meurtri par son chemin de croix du temps de Ben Ali où lui, le savant de la République, était réduit ( fort honteusement faut t-il le rappeler) à vendre du persil pour faire vivre les siens… Et pour clore le tout, il est sans doute utile de rappeler qu’à ses heures perdues, monsieur le ministre semble avoir comme hobbies d’éplucher les articles relatifs à son auguste personne, n’hésitant pas au besoin à poursuivre en justice quelques journalistes critiques.
De coutume, un ministre en charge de l’enseignement (tous niveaux d’enseignement compris) travaille dur l’été pour réussir ses deux examens à lui qui sont la rentrée et la fin de l’année universitaire ou scolaire. Résultat de cet auguste labeur estival : MBS vient de susciter de nouveau la polémique autour du port du niqab. Comme entrée en matière, un responsable de son rang ne pouvait pas faire plus maladroit et ce ne sont pas les « mesurettes – réformettes » annoncées, tout comme l’opération « mani pulite » qu’il vient d’engager qui vont tempérer le reproche fondamental fait à la méthode Ben Salem. Une façon de faire, en effet, qui fait la part belle à l’impératif idéologique et /ou partisan du ministre et de sa formation politique au détriment de l’intérêt national qui commande, dans le cas d’espèce, la mise en place d’un véritable « Plan Marshall » en faveur de l’université tunisienne.

Bonne rentrée quand même, Jeunesse du pays ! Travaillez pépère, Monsieur le ministre, avec l’aide du Ciel et le concours de la dream team gouvernementale, vous trouvera bien un job… dans une autre vie peut être.

*Enseignant universitaire
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