alexametrics
A la Une

Tunisie - Rached Ghannouchi devra-t-il passer le flambeau ?

Tunisie - Rached Ghannouchi devra-t-il passer le flambeau ?

Le leader islamiste à la barbe blanche, âgé de 70 ans, a dit adieu à la Grande-Bretagne, où il avait obtenu l'asile politique, le 30 janvier 2011, à peine deux semaines après la fuite de l’ancien président Ben Ali.
Dans le Boeing de British Airways qui le ramènera en Tunisie, ce jour-là, après plus de vingt ans d’exil, il déclare « être surpris par l'ampleur et la rapidité du changement », un changement différent de celui qu’il avait « prévu ». Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, savoure aujourd’hui sa victoire, ou plutôt celle de son parti, proclamé premier du scrutin de l’Assemblée nationale constituante du 23 octobre.

Le nouvel homme fort du pays, aurait cependant déclaré, au moment de sa venue en Tunisie, vouloir se retirer de la vie politique et ne briguer aucun poste de responsabilité au sein du parti. Le mystère entourant sa possible démission demeure pour l’instant entier. Nul doute cependant quant au rôle qu’il jouera en coulisses, où il pèsera de tout son poids, sur le processus de transition démocratique et de la préparation d’une nouvelle Constitution pour la Tunisie.
L’arrivée au pouvoir du mouvement islamiste a suscité de grandes inquiétudes, non dissimulées, et a fait grincer les dents des laïcs, progressistes et féministes. Loin d’avoir été chaleureusement accueilli par les pays étrangers, ces derniers ont vu dans ce changement, pour le moins inattendu, une menace à leurs relations avec la Tunisie.

Aujourd’hui, la France qui redoutait tant la prise du pouvoir par les islamistes, déclare la nécessité de « faire confiance » aux responsables d’Ennahdha et la volonté de « travailler avec eux ». Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, aurait téléphoné, il y a trois semaines, à Rached Ghannouchi pour lui transmettre un « message de confiance sans préjugé ni procès d’intention ».

Gordon Gray, l’ambassadeur des États-Unis à Tunis, à également affirmé la « volonté des États-Unis de collaborer avec le gouvernement qui sera démocratiquement élu par les Tunisiens ».



Rached Ghannouchi semble attirer la sympathie des pays voisins. Il a même été invité pour une visite officielle de 3 jours pour rencontrer le chef d’Etat algérien, Abdelaziz Bouteflika. Visite pendant laquelle, il a eu droit à « tous les honneurs » dus à un chef d’Etat, et a rencontré plusieurs hauts responsables algériens. Une visite qui prend une allure officielle et, pendant laquelle, Rached Ghannouchi, se comporte en parfait leader, se prononçant « pour des concertations dans l’intérêt des deux pays et de la région ».

Rached Ghannouchi qui avait été déclaré persona non grata (durant le règne de Ben Ali) par de nombreux pays comme la France, les États-Unis, le Liban, l’Égypte ou encore l’Arabie saoudite, serait-il aujourd’hui devenu fréquentable ?

Certes la « Révolution du 14 janvier» y est pour beaucoup. Mais ce personnage, très médiatisé, a-t-il lui aussi fait sa révolution ?

Les Britanniques semblent, en tout cas, le croire, accordant à Ghannouchi, ainsi qu’à plusieurs de ses compagnons, l’asile politique en 1993, ce qui lui a permis de continuer à diffuser ses écrits sur des sujets autour de la réconciliation de l’Islam avec la démocratie ou encore de la liberté et la modernité.

On dit qu’en exil, Rached Ghannouchi aurait révisé sa stratégie, mais qu’en est-il réellement ?
Depuis le retour de son leader, le mouvement islamiste prétend adhérer aux valeurs des libertés démocratiques et tente de se débarrasser de l’image d’épouvantail « tissée de toutes pièces », par des années d’obscurantisme et de Black-Out médiatique des deux dictatures tunisiennes.
Ennahdha change de ton mais peine à convaincre, ne pouvant donner, pour l’instant, aucune garantie sur sa sincérité. Et les prêches politiques de certains de ses dirigeants stigmatisant certains acquis de la Tunisie moderne et n’atténuant, en rien, les suspicions qui pèsent lourdement sur le mouvement.
Force est de constater que les dirigeants d’Ennahdha ne cessent de cumuler bourde après bourde et de présenter des discours pour le moins troublants et équivoques. Des dérapages dont nous retiendrons les déclarations qui ont attisé les foules, de Souad Abderrahim, indignée de voir aborder le sujet de la légalisation du statut des mères célibataires. Le discours enflammé de Hamadi Jebali en faveur de l’instauration d’un sixième califat. Les propos de Sadok Chourou, en faveur de la « charia-isation » de la constituante.
Ou encore, les dernières déclarations en date de Rached Ghannouchi, dans son article publié dans le magazine saoudien « Koll al Watan », en date du 14 novembre, et dans lequel il glorifie le Cheikh wahhabite « Abdulaziz Ibn Baz », ancien mufti d’Arabie Saoudite, connu pour être un salafiste des plus rétrogrades. Rached Ghannouchi va même jusqu’à déclarer que chaque musulman tunisien « était redevable au Cheikh Abdulaziz Ibn Baz ».

Rappelons que ce cheikh, pour ceux qui l’ignorent, est un salafiste wahhabite, connu par certains pour sa grande piété, mais par d’autres par des fatwas en faveur de l’interdiction de la photographie, de la proclamation de la « rondeur de la terre » comme acte de mécréance ou encore, attestant qu’aucune personne n’a jusqu’à présent foulé le sol lunaire.
Venant d’un dirigeant qui prend l’AKP Turc pour modèle, ces propos, dérangeants pour certains, fantasmagoriques pour d’autres, ne cessent de troubler et de faire poser de réelles questions sur les véritables orientations du parti.
Le porte-parole du parti, Samir Dilou, semble ne pas partager le ton de ces discours « passionnés » et se veut, à chaque parution, rassurant et pragmatique, n’hésitant pas à remettre les propos de ses acolytes « dans leur contexte ».
Un visage différent qui a joué un rôle considérable dans l’apaisement de l’opinion publique, déchaînée suite à certaines déclarations troublantes de nombreux dirigeants d’Ennahdha.

Le 20 janvier dernier, le leader d’Ennahdha avait déclaré vouloir céder la présidence du parti lors d’un congrès prévu pour la fin de l’année, pour laisser la place à « une génération politique plus jeune et plus apte » à diriger le pays. Il assure « ne pas avoir d’ambition pour occuper un poste quelconque au niveau du gouvernement ». Toutefois, il dit vouloir continuer le combat politique « jusqu’à ce que nous soyons sûrs que le changement démocratique soit fait ».

Dans une déclaration faite au journal « Assabah » dans sa version hebdomadaire, en date du 28 novembre 2011, Abdallah Zouari, membre du bureau exécutif d’Ennahdha déclare : « Rached Ghannouchi a en effet, formulé le souhait de vouloir se consacrer pleinement à la recherche et à la réflexion. Dans ce sens, nous pensons qu’il serait souhaitable de lui faire pourvoir un autre poste de responsabilité au sein du parti, ou de l’en dispenser totalement. De telles décisions seront prises, dans le cadre du congrès annuel d’Ennahdha qui était prévu pour le mois de décembre cette année, mais dont les différents événements survenus ont justifié son report». [NDLR : Ce congrès est organisé tous les 3 ans afin de statuer sur les orientations générales du parti].

Certains politologues s’accordent à dire qu’ « au sein même d’Ennahdha, des dissensions s’expriment ». Le parti, loin d’être homogène, possède une aile dure et une aile plus modérée. Qu’en est-il de la tendance Ghannouchi ? Devra-t-elle être laissée sur la touche cédant la place à des visions plus jeunes et moins « tourmentées » par des années de répression et d’exil ? Y’a-t-il une réelle conscience du parti de l’urgence de se « débarrasser » des anciens visages qui lui font du tort et de les remplacer par une génération politique plus jeune et suscitant moins de préjugés ?
Il est encore trop tôt pour le dire…

Votre commentaire

(*) champs obligatoires

Conditions d'utilisation

Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne reflètent pas l'opinion de la rédaction. La publication des commentaires se fait 7j/7 entre 8h et 22h. Les commentaires postés après 22h sont publiés le lendemain.

Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ou contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.

Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

Commentaires

Commenter

BIZARRE
| 01-12-2011 17:39
Loin de toute opinion politique ou religieuse ce monsieur doit se presenter devant une equipe de 05 psychiatres je suis sure qu'il souffre d'une maladie psychologique chronique , en autres mots c'est un ******

EL BUITRE
| 30-11-2011 00:40
@ HAFEDH.
n'eut été le respect que je dois à tes parents et particulièrement à ton papa pratiquant comme tu le prétends je t'aurai conseillé de faire des analyses pour ton cher papa puisqu'il est "une exception".
si les femmes n'ont pas la marque sur le front et que ton paternel de meme......???????
C'est trop bas comme commentaire et il faut etre un débile parmi tant d'autres pour s'attaquer aux pratiquants et de froisser leur sensibilité.

EL BUITRE
| 30-11-2011 00:22
@ airoud.
ton commentaire est excellent et il ne lui manque qu'une cerise à mettre sur la tarte que tu leur à foutu à la gueule de ses pauvres utopistes Bourguibien. la cerise mon cher Airoud n'est autre que les déboires de sa nièce Saida Sassi (pauvre Tunisiens on a toujours eu des maquerelles: Saida Sassi relevée par Saida Agrebi..) et puis bien d'autres cerises tel que le "zakkar" et les anniversaires lors du maudit 3 Aout.
Si le ridicule tuait ...la population serait au nombre de 1 million au plus tous très riches vu qu'on aura épargné l'argent du planning familial, des posters géants, les 5DT par tete d'applaudisseur et autres débilité n'existant que dans les républiques "bananières"...

EL BUITRE: fidèle au drapeau et à la Tunisie.

EL BUITRE
| 30-11-2011 00:03
@ Ridmir
Comme à ton habitude tu loue l'intelligence et la clairvoyance de ton "combattant supreme" et tu oublies de dire toutes les vérités.
Je te rappelle qu'à un moment ton "cb" a délégué son pouvoir magique et absolu" à un certain Ahmed Ben SALAH qui nous a foutu dans la M****** jusqu'au cou ceci d'une part d'autre part et pour ne citer que quelques unes de ses bourdes il a falsifié les élections de 81 et BCE l'a avoué donc ......... Bourguiba est un filou qui s'est moqué de nous une page noire de notre histoire à tourner ou plutot à corriger et si c'est le cas 99,99% des Tunisiens l'oublieront à jamais sauf toi .....

EL BUITRE: fidèl à mon eternel amour la Tunisie libre et "épucée".

Allala
| 29-11-2011 22:38
Aux Bourguibistes inconditionnels, vous êtes commes les Nahdhaoui inconditionnels aveuglés par le pouvoir et introvertis vers le culte de la personalité. Y a que cela qui motive et qui compte, se propulser unique sur la scéne. Bourguiba a plein de mérites qu'il a gaché parce que sans pitié il a liquidé tous ceux qui a ses yeux lui faisaient ombrage. Il y en a eu beaucoup. Voila en dehors de ses longues années de maladie (livre de son médecin) et du pouvoir de wasila, agissant et tirant les ficelles dans les coulisses, en peu de temps Bouguiba a mis sur pied le pays...

leghoun
| 29-11-2011 20:40
Force est de constater que c'est un GRAND Monsieur qui a perseverer malgré tout et croit en ses idées et convictions
C'est tout a son honneur

I'm BOURGUIBA YOU WILL SEE R. GHANNOUCHI !!
| 29-11-2011 19:52
BREEKING NEWS
NOUVEAU REVOLTION IN TUNISIA ??
BOURGUIBA EST LA :
Comment ennahda va se comporter de juger les Snipers et les clan Trabelis etc,?
comment ennahda on devra reagir ???

TUNISIE.diabolise' par SECTE WAHABITES ARABE
| 29-11-2011 18:44
@Mohandez

ou sont ils les idees de votre souri R. Ghannouchi??? voir svp-les difinition du mot idee'
R.Ghannouchic pas Albert Einstein, ou bien I.Newton:
l'utulite de l'outil et l'utilite de l'UNITE' de l'oultilles .

www
| 29-11-2011 16:01
Rached Ghannouchi n'a pas changé d'un iota, ni son objectif d'il y a y a 25 ans non plus d'ailleurs..
Il est devenu, peut être, plus intelligent c'est tout, il y a eu simplement un changement dans le modus operandi.

Forza
| 29-11-2011 15:43
Bourguiba a fait beaucoup pour la Tunisie, son identité et son entourage maghrébin. I a bâtit avec l'aide t le support d'autres militants et de l'UGTT un état moderne. Le commentaire de Mr. Khlifi est parfait pour comprendre la pensée de Bourguiba, un homme d'état qui comprend le contexte et qui savait que la bonne réponse peut être différente selon l'endroit, le temps et le contexte. Son grand défaut est son sens pour le culte de personnalité qui a pratiquement engendré son refus de la démocratie. Son bilan reste très positif mais nos amis bourguibistes devraient reconnaitre qu'il n'était pas un démocrate.

A lire aussi

La Banque de Tunisie (BT) continue sur sa lancée avec des résultats en forte progression, malgré une

23/04/2018 21:12
0

Movenpick Hotel se développe et inaugure son troisième hôtel en Tunisie. Les premiers clients

22/04/2018 15:59
4

Malgré une conjoncture difficile, l'Union Internationale de Banques (UIB) continue son

21/04/2018 19:59
1

A peine une semaine depuis le coup d’envoi de la campagne électorale pour les municipales, que nous

20/04/2018 19:59
13

Newsletter