Tunisie - Médias vs pouvoir : période d’accalmie ou début de soumission ?

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Les observateurs ont remarqué, lors de ces 20 derniers jours, que les attaques contre les médias ont diminué d’intensité de la part des dirigeants du parti Ennahdha, aussi bien dans leurs déclarations de presse que dans les interventions des membres de ce parti à l’Assemblée nationale constituante.
Plus de recommandations sulfureuses de privatiser les chaînes publiques, ni d’appels continus à axer le journal télévisé sur les activités du gouvernement et de la présidence de la République. Ce changement veut-il dire qu’Ennahdha a lâché prise dans sa bataille pour la mainmise sur les médias ? Ou plutôt que ces derniers, et particulièrement la Télévision nationale et ses deux chaînes, sont sous la botte du pouvoir ?


Il est utile de rappeler trois événements ayant coïncidé avec la période de grande tension entre les médias et le gouvernement. D’abord, le sit-in devant le siège de la télévision nationale qui s’est prolongé pendant 50 jours et qui a été, au départ, complètement ignoré par les citoyens, les médias et les employés de la télévision malgré les intimidations proférées contre les journalistes de la télé.
Il a fallu que Cheikh Rached Ghannouchi et Ameur Laârayedh parlent de privatisation et que les sit-inneurs relaient cet appel pour que la tension monte à son paroxysme et que la société civile se mobilise pour soutenir les employés de la télévision. Le sit-in opposé des employés de la télé pour défendre leur établissement a obligé le parti Ennahdha à lever le sien, opérant, ainsi, un recul temporaire, comme n’ont cessé de rappeler les sit-inneurs nahdhaouis, face à cette élite qui a montré encore une fois son attachement aux acquis démocratiques de la révolution.

Ensuite, il est utile de rappeler le fiasco de la première réunion de la consultation nationale sur les médias, organisée le 25 avril dernier. Le Syndicat des journalistes tunisiens (SNJT), l’Instance nationale de réforme de l’information et de la communication (INRIC), ainsi que plusieurs personnalités nationales du monde des médias ont assisté à la séance d’ouverture avant de demander le report de cette réunion «mal préparée».
Face au refus du gouvernement de suspendre cette consultation, voire de la transformer en un atelier de réflexion sur la question, ces participants (SNJT, INRIC, syndicat de l’information de l’UGTT, Sihem Ben Sedrine, Tahar Ben Hassine, etc.) ont décidé de la boycotter, laissant les officiels dans une sorte de «one man show».

De plus, la présence de certaines figures médiatiques de l’ancien régime sur la liste des invités a envenimé davantage la situation, poussant les observateurs à s’interroger sur les portées de la réforme préconisée.
Dernier fait à retenir, la conférence de presse tenue le 4 mai par le PDG de la télévision tunisienne, Adnène Khedher, avec à ses côtés, Saïd Khezami, directeur de l’information à la télé, le journaliste Maher Abderrahmane et Najla El Amri, directrice régionale de la BBC, pour présenter «le code de déontologie» ou «la politique rédactionnelle de la télévision tunisienne».
Le journaliste Maher Abderrahmane avait alors indiqué que ce projet était le fruit d’un travail collectif des journalistes dans des ateliers qu’il a chapeautés depuis février 2011 en collaboration avec la BBC.

De leurs côtés, Adnène Khedher et Saïd Khezami avaient insisté sur l’engagement des journalistes de la télévision nationale en tant que service public à respecter la crédibilité de l’information et le droit du citoyen à une information transparente, précisant que ce code «constitue l’ébauche d’une politique rédactionnelle pour la télé nationale de manière à garantir l’intérêt du citoyen, de l’institution et du journaliste».
C’est dire que la télévision tunisienne n’a pas chômé en matière de réforme et que l’amélioration continue de son audimat, notamment celui du journal télévisé de 20 heures, traduit une crédibilité en hausse auprès du public, contrairement à ce que prétendent les gens d’Ennahdha.
Ces successions d’événements ont bousculé le projet de mainmise d’Ennahdha sur les médias. Encore une fois, leur théorie d’arbitrage de la rue a subi un camouflet. Le terrain a opposé les thèses structurées des professionnels des médias et de la société civile sur l’indépendance des médias aux slogans creux d’une poignée de badauds qui n’ont pas de consistance dans les propos. Les barons d’Ennahdha ont préféré observer de la colline le déroulement des événements, tout en donnant à ces «citoyens» le droit de s’exprimer.

Par ailleurs, l’estocade finale a été donnée par le projet de code de déontologie de la télé qui a été présenté par des personnalités qu’Ennahdha a amenées à la télévision tunisienne, en l’occurrence Adnène Khedher et Saïd Khezami.
C’était la deuxième fois en un mois que ce duo a fait subir un camouflet à Ennahdha concernant l’évolution de la ligne de rédaction du journal télévisé. La première avait eu lieu dans un débat télévisé.
Donc, les professionnels ont dit leur mot. Il y avait nécessité de se replier, tactiquement du moins, surtout que la réalité a montré qu’Ennahdha manque terriblement de compétences sur le terrain qui peuvent œuvrer de l’intérieur même des circuits.
Rached Ghannouchi en est bien conscient. Il a répété plusieurs fois que «l’élite n’est pas avec nous» et que «le peuple ne peut pas avancer sans son élite». Ennahdha va donc réfléchir avant de rebondir sur les médias.

Cela dit, il est bon d’observer le changement de ton dans le traitement des informations gouvernementales aussi bien dans le journal télévisé que dans la programmation ordinaire.
Des faits insolites ont été observés il y a quelques jours où l’on a diffusé de larges extraits, parfois l’intégralité, des discours du président de la République et du chef du gouvernement après la fin du journal télévisé.
Le téléspectateur avait, du coup, l’impression d’avoir deux journaux télévisés qui durent plus d’une heure. Du jamais vu dans les pays démocratiques dans les chaînes généralistes et en temps normal.
Mais même le journal télévisé n’échappe pas au retour des informations gouvernementales insipides où l’on voit tel ministre recevoir telle personnalité ou signer telle convention.
Si l’information gouvernementale doit obligatoirement avoir toute sa place dans une télé publique, il n’est pas dit que cette télé doit diffuser tout ce qu’entreprennent les ministres, y compris le travail ordinaire.
S’agit-il d’une volonté de calmer la tension de la part des journalistes de la télé ou d’un début de soumission et un retour en arrière avec la langue de bois et les caresses dans le sens du poil ? L’avenir à court terme le dira…

Mounir Ben Mahmoud
16 commentaires
invitation!
jamel j |22-05-2012 07:12
je n'ai pas trouvé de fenêtre pour vous contacter ni de lien facebook ... donc j'utilise cet article pour vous inviter ! Nous soutenons la culture ' nous soutenons les médias ' nous soutenons la presse ' nous soutenons l'économie de notre belle Avenue ' l'Avenue du printemps international ' bref, nous soutenons notre chère Tunisie ! Soutenez nous et diffusez à la plus large échelle possible ! Toute notre gratitude !
vous êtes très cordialement invité(e)s avec tou(te)s vos collègues .. https://www.facebook.com/events/439889599357203/.

Annexe :
Monsieur Le Ministre de la Culture, j'ai l'honneur de vous inviter cordialement à cette manifestation culturelle de la Société Civile ' Malgré que l'échéance est proche, nous serons très reconnaissants si votre département puisse organiser une logistique permettant aux différents journaux et médias d'avoir des stands pour visiteurs et ainsi cette manifestation peut se prolonger quelques jours pour le bien de notre démocratie ! avec tous mes respects.https://www.facebook.com/pages/Minist%C3%A8re-de-la-Culture/223971697615034?filter=2

Ministère de la Culture

Des prémices de changements indéniables !
james-tk |21-05-2012 20:46
Il semble bien que le travail de sape d'ennahdha et de ses satellites commence à donner ses fruit,et,peu importe les changement,vivant en France,tous les soirs je télécharge le JT de 20H,pendant sa lecture je "zape" toutes les séquences de "racolages" insérées dans l'édition,ainsi,je ne regardes que ce que ce qui mérite mon attention ! L'édition en léger différée s'avère plus potable que celle en directe !
Jnaza hamia wel mit far
hess |21-05-2012 17:37
Rien n'a changé. Notre tv est tjs la même. La même langue de bois.
et nous aussi on est coupable
riadh |21-05-2012 15:30
et puis c est notre faute aussi..
on parle de révolution..mais combien d entre nous sont aller faire un sit in face au salafistes pour exiger une TV indépendante? on a regardé et laissé faoire, et après on retourne sur internet et on mlache la TV....

voila comment on tue une révolution...

ceux qui voite ennahdha brabi... vous etes fier de vous encore?
et alors, on est habitué depuis 23 ans
riadh |21-05-2012 15:28
et alors, s ils controllent wataniya ( n voit déja la différence) nous on la regarde plus c est tout !!

coment on a fait sous zaba? ennahdha nous croit débile au point d avoir perdu la télécommande ou notre connexion internet??

en tout cas, les enfants de nahdhouis,.. j espere qu ils ont honte de leurs parents comme nous on a eu honte de zaba...
Bien penser bien dire bien faire .
Ridmir |21-05-2012 12:44
@G&G

Voyagez à travers le temps à bord de la boîte magique « La Dreambox » N'attendez plus, OSEZ RÊVER ! Ça ne vous coûtera RIEN d'y foncer, vos petits seront très satisfait, instruits, sûr et certain.

R.F :alias Ridmir. Originaire de la ville de Monastir
« Mes pensées sont libres. Je suis en paix avec mes pensées
@Forza
samia |21-05-2012 05:26
non vous n'êtes pas paranoiaque ...vous n'êtes pas le seul à zapper ces derniers temps . je constate et mon entourage egalement que depuis quelques temps le JT de 20H a changé ...Chaque fois qu il y'a un évènement qui gêne le gvt ou ennahdha(ce qui est du reste la m^me chose) soit on n'en parle pas du tout soit l'information est tronquée ou même parfois des insinuations ....malheureusement chassez le naturel il revient au galop!........
Dans un mois le TJ ne sera suivi que par le gouvernement
G&G |21-05-2012 01:08
Vive mon dream box !
bonjour
sam |21-05-2012 00:07
petit à petit l"oiseau fait son nid
he oui on revient aux galops
bientôt le journal télévise ou bien le vint heurs sera moin suivi comme au temps de zaba
l information va elle se convertir,?
canalou |20-05-2012 21:54
l absence de l information a fait souffrir tous les tunisiens de meme que les bons principes de l islam . mais de la transformer une radio nationale en tribune ou on lmet la religion dans toutes les sauces sans controle danger de derapage
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