Tunisie - La médecine n’a pas de religion

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Une idée folle a traversé l’esprit du Cheikh Houcine Laâbidi: enseigner la médecine à la mosquée Zitouna. «Nous voulons avoir des médecins zitouniens de cœur qui ont le diplôme de médecine de la Zitouna, avec la morale et l’éthique, en plus, chose que nous avons perdu pour le moment ; nous avons des médecines matérialistes qui ont perdu de vue que le corps qu’ils soignent est l’œuvre de Dieu», a-t-il récemment déclaré.
Et il n’y a qu’à lire l’interview qu’il a accordée au journal «Le Maghreb» pour mieux se rendre compte du niveau de ce cheikh et de ses conceptions «rétrogrades» de l’enseignement, de l’éthique, de la morale, de la tolérance et du respect de l’autre…

Tout de suite le Conseil national de l’ordre des médecins de Tunisie (CNOM) réplique, met en garde et manifeste, par un communiqué officiel, sa préoccupation de telles dérives et de telles assertions et attend des autorités concernées la mise au point qui s’impose. De son côté, le ministère de la Santé déclare qu’il s'oppose avec fermeté à un tel projet et rappelle, que seule une formation académique universellement reconnue donne accès au diplôme de docteur en médecine en Tunisie.

Interrogé à ce sujet, le Dr Mohamed Aissaoui, syndicaliste, très actif dans la société civile, affirme que «c’est un non-sens total».
Et d’ajouter: «Nous n’avons pas à discuter avec ceux qui proposent ces idées farfelues. Cet enseignement n’aura jamais lieu en Tunisie. Comme partout ailleurs dans le monde, la médecine s’enseigne dans les facultés qui dispensent un enseignement universel et ce sont les seules structures habilitées à délivrer les diplômes de médecin.
Par ailleurs la médecine est une profession ordinale et, à ce titre, seul le Conseil de l’ordre des médecins de Tunisie décide qui a le droit d’exercer, qui n’en a pas. Même le ministère de la Santé n’a pas son mot à dire à ce sujet. Et c’est la même chose dans tous les pays développés. Aucun médecin ne sera autorisé à enseigner la médecine ailleurs que dans les institutions reconnues par l’Etat, sous peine d’être radié à vie du tableau de l’Ordre des médecins. Aucune personne étrangère ne sera autorisée à enseigner la médecine, ou la pratiquer, sans l’autorisation de l’Ordre des médecins de Tunisie, car nous tenons à préserver le niveau excellent de la médecine et des médecins tunisiens. Je rappelle qu’en Tunisie le tourisme médical est la cinquième source de revenus, bien avant l’agriculture. Nous n’allons pas permettre qu’on détruise ce qui marche bien.
Il n’y a et il n’y aura aucune possibilité d’enseigner la médecine dans un contexte religieux, car elle n’obéit qu’à un seul serment, universellement reconnu, le serment d’Hippocrate! En médecine, il n’y a pas de médecins hommes ni de médecins femmes, il y a des êtres asexués qui ne regardent que des organes face à un malade».
A la question de savoir comment réagiront les médecins au cas où, justement le gouvernement autoriserait ce genre d’enseignement, Dr Aissaoui à répondu que tous les médecins tunisiens s’y opposeront et ont les moyens de le faire.

Pour le Docteur Faouzi Charfi, secrétaire général du syndicat tunisien des médecins libéraux (UMSL), il y a un problème de légalité et il condamne, au nom de tout le syndicat, «toute volonté d’enseignement de la médecine en dehors des structures reconnues par l’Etat, car tout enseignement doit être validé et agréé par celui-ci».
Dr Charfi se demande quel est l’objectif de ce projet? Faire des écoles parallèles? «D’une façon générale, nous ne sommes pas contre les facultés privées mais elles doivent être sous tutelle du ministère concerné. La médecine nécessite un enseignement théorique et pratique. Je me demande dans quels hôpitaux va se faire l’enseignement zeitounien ? Enseigner la médecine est assez compliqué car cela nécessite une proximité entre la faculté et les terrains de stage. La médecine tunisienne est une médecine adaptée aux standards internationaux de l’enseignement théorique et pratique, on tient à conserver cette qualité, internationalement reconnue. Faire autrement c’est mettre en danger la santé des Tunisiens.
Que l’on veuille rendre hommage à l’enseignement zeitounien, j’approuve, mais aujourd’hui et c’est ainsi depuis l’indépendance du pays, l’école est devenue publique et c’est l’un des piliers fondamentaux de la République. Pour preuve, le budget de l’enseignement est le plus élevé. Retourner à un enseignement scientifique religieux, c’est une régression.

Dans ce qui a été dit, on veut faire un enseignement avec couverture religieuse comme si on allait moraliser la profession. Notre déontologie respecte l’éthique de la profession et la morale universelle. Il n’y a pas de référence à la religion dans la médecine. Si on est dans cette contradiction, comment va-t-on enseigner la sexologie, l’urologie, la gynécologie? Va-t-on avoir des médecins femmes pour les femmes et des médecins hommes pour les hommes? La religion ne peut pas intervenir dans l’enseignement de la science. Quand elle l’a fait, on a eu la condamnation de Galilée, pourtant fondateur de la physique moderne. Nous ne voulons, en aucun cas, opposer le religieux et le progrès. C’est dangereux. En Tunisie, on veut une médecine qui soit conforme à ce qui se fait aussi bien à Stockholm qu’à Chicago. Il n’y a pas une médecine religieuse et une autre. Il y a une seule médecine et elle est universelle.
Ce qui est proposé est un enseignement illégal et nous refusons, catégoriquement, de le cautionner. On ne peut pas revenir à des standards d’enseignement qui nous font reculer de plus de 60 ans en arrière. Nous appelons toutes les structures syndicales, ordinales, universitaires, à se mobiliser car c’est une atteinte à un des grands acquis de la Tunisie. Nous nous étonnons que trois ministres aient assisté à cette cérémonie, c’est une caution gouvernementale. On appelle tous les médecins, à être vigilants. On peut exiger du ministère de l’Enseignement supérieur et de celui de la Santé de prendre toutes les dispositions pour arrêter toute dérive. C’est la porte ouverte à tous les enseignements fantaisistes, car on sait qu’au nom de la religion, on peut mobiliser et manipuler, facilement, les foules.
Nous condamnons avec vigueur cette attitude rétrograde, nous allons nous concerter entre les différentes structures concernées par ce sujet et décider d’une action commune contre cette dérive qui ne peut que nuire à la médecine tunisienne, à l’image de marque et à la santé du Tunisien».

Quant aux propos, rapportés plus haut, où Cheikh Laâbidi réclame «des médecins avec l’éthique et la morale», Docteur Charfi affirme qu’il s’agit d’une provocation. «Je suis stupéfait, c’est une attaque implicite contre la faculté de médecine, le ministère de l’Enseignement supérieur, le président de la république qui est médecin et le président de l’Assemblée nationale constituante, qui l’est aussi. Nous n’avons aucun souci à nous faire, notre éthique et notre morale sont sans faille, nous y sommes très attachés et le CNOM y veille fermement».

Samira Rekik
41 commentaires
Faut pas perdre les pédales
J'ha de Séville |04-06-2012 22:41
Quoique, avec vous, on les perd forcément : vous postez un commentaire puis son contraire ; c'est presque à n'y rien comprendre .
Pourtant, en gros, les deux thèses se défendent, preuve, si besoin est, que vous jonglez magistralement avec le couple "thèse-antithèse" et ne redoutez pas l'autocritique . C'est trop rare pour être souligné!

Le lecteur comprend mal votre vindicte inexpliquée lorsque vous donnez l'air de "péter les plombs" en évoquant, pèle-mêle, r'jouliya, vol, Ben Ali (?), glasse(??).

Rassurez-vous, vos propositions plaisent et vos contre-propositions aussi, illustrant un gratifiant souci réel de la Vérité .
@BN
observator |04-06-2012 08:15
Pourquoi vous ne retirez pas le commentaire
intitulé "Mea culpa".
Vous savez trés bien que c'est quelqu'un qui a essayé de passer ce commentaire sous ma responsabilité. Vous connaissez les sources de chaque commentaire. Je vous dis que "Mea culpa" n'est pas le mien.
"Mea culpa" n'est pas ma production
observator |04-06-2012 08:09
Ce commentaire n'est pas le mien.
C'est ce malade usurpateur de pseudo qui incapable de participer au débat essaye de semer le doute dans les esprits des lecteurs.

Il n'a pas un gramme de 'rjoulia' parce que dans ce cas il aurait eté capable de produire ses propres commentaites avec de veritables arguments pour m'attaquer. Cela demande du travail et de l'effort. Mais l'esprit ben ali toujours voleur trafiquant manipulateur.
Certainement c'est quelqu'un qui souffre mais avec ces methodes il n'ira pas trés loin.
Pauvre type. Regardes toi dans la glasse tu auras du mal à faire face à ton image.
Mea culpa
observator |03-06-2012 21:37
En disant "el-jehl mousiba", à ma grande honte, je m'inclus moi-même.
En bon musulman, j'avoue mes péchés, ainsi ils s'effacent tous de mon registre-bilan pour le Jour du Jugement Dernier . Voyez combien notre belle religion est "pardonneuse".
Il est vrai que je souffre d'hyper-islamalgame (comme on souffre d'HTA) car j'ai une forte tendance à mélanger le matériel et le spirituel .
En effet, je pense, un peu à tort, qu'avec l'islam on fait avancer un pays .
Là, je fais preuve d'ignorance de l'Histoire du Monde muslim déja précipité dans les abîmes de la décadence sous la calamiteuse houlette des Califats successifs appliquant la norme de gouvernance islamo-sharaïque, de longs siècles durant .

A présent, certains fanatiques veulent remettre ça ! Ils reprennent les mêmes normes et ils recommencent avec encore plus de rigueur.

Ce qui est vrai du politique l'est tout autant du scientifique . Au fait, la médecine arabe, qui n'est pas musulmane, avait été abandonnée au motif, ô combien véridique, qu'elle avait atteint, non pas ce qu'on avait cru un temps son âge d'or, mais son seuil d'efficience .

Le Califat a été aboli, la médecine arabe aussi...

Je ne bouclerai pas mon mea culpa sans dire mon regret de systématiquement tout ramener à Bourguiba que je charge, également à tort, de tous les travers que la Tunisie ait connus . Je crois même que le comble de l'injustice que je lui fais c'est de le mettre sur un même pied d'égalité que Ben Ali .

Je voudrais terminer par une mention spéciale au commentateur Balboul qui a sorti une argumentation en béton très documentée, très rationnelle et très convaincante . Franchement, ce monsieur m'a bouché un coin !
A vérifier!
ali |03-06-2012 09:42
Juste un détail.Est-ce que vous avez étudié toutes les religions de la planète pour pouvoir affirmer que l'islam est celle qui favorise le plus la science?Et la religion juive,vous y avez pensé?!Les juifs avaient généré parmi les plus grands savants sinon les plus grands,même du temps de la splendeur de la civilisation musulmanes!Et de nos jours je n'en parle même pas!Il ne faut pas balancer des idées comme ça en l'air ,sans y avoir de la la réflexion !
@ Observateur :la science est universelle
je dis la vérité |02-06-2012 11:05
Cher monsieur, la journaliste a bien donné un titre à son article : LA MEDECINE N'A PAS DE RELIGION.
Toutes les civilisations qui ont adopté l'écriture, ont fait progressé la science . Il n'y a pas de doute, la dessus.
L'islam, via son texte sacré -le coran-, a ouvert la voie à la science expérimentale et balayé d'un revers de la main toute forme d'obscurantisme
Quand les chrétiens du moyen âge, obscurantistes, dormaient, les savants musulmans cherchaient.

Maintenant, la science est le bien de tout le monde, Elle appartient à tous. Tout le monde la fait progresser, n'est-ce pas ?
La médecine est une science expérimentale, elle n'appartient pas aux musulmans. Il n'y a pas de médecine islamique, chinoise ou guatémaleenne.

Où est le mal si la journaliste dit que la médecine n'a pas de religion.
Cheikh Laabidi n'est pas un Prix Nobel, pour qu'on lui prête l'oreille. Il dit ce qu'il veut et l'on l'oubliera.
Mon vieux, la médecine, on ne joue avec. Elle doit être canonisée, surveillée, c'est l'art noble pour donner le bonheur et la santé.
Dernièrement, je me suis fait opéré de la cataracte, une opération anodine, diraient certains.
Non, un médecin ophtalmologiste, qui touche un oeil, doit avoir la main sûre.
Cordialement...
@Balboul
observator |02-06-2012 09:39
Tu me colles tes préjugés comme une réalité.
Ou'est ce que j'ai dit qu'il faut un retour à un islam des origines ?. Cela veut dire quoi islam des origines ?.
J'ai dit que l'islam transcende le temps. Il n y a pas une religion aussi logique et qui est pour la science (3alm) que l'islam. Maitriser les technologies, les sciences temporelles, developper la medecine par exemple pour le bien etre des gens n'est pas en contradiction avec l'islam. Au contraire si tu prends la peine de "lire" le coran tu te rends compte qu'il nous interpelent souvent pour s'interresser à l'univers dans lequel nous vivons. L'islam est la religion qui attirent le plus de "scientifiques" aujourd'hui.
Les faux préjugés empechent de voir plus clair. Il te faut plus de recul pour progresser.
@je dis la verité
observator |02-06-2012 08:54
Salut
Est ce que tu trouves normal qu'aujourd'hui il y a une medecine à la carte en tunisie.
Si tu es riche tu es mieux soigné par contre le pauvre doit patienter.
Est ce que tu trouves normal que cetaines cliniques te facturent des soins inexistants, te font payer trois analyses alors que tu n'a besoin que d'une seule. Je connais un cas à sfax ou un medecin appelé d'urgence pour un accouchement difficile à l'hpital, a laissé la femme mourir parce qu' entre temps il a été appelé par sa clinique pour accoucher une cliente payante. Au quartier lafayette de mes propres yeux, j'ai vu une personne par terre sous une clinique en pleine crise alors que le medecin la regardait sans bouger de sa fenetre.
J'ai du créer "non assistance à personne en danger" pour qu'il fasse signe à son infermier d'aller voir. Les exemples sont multiples.
POURQUOI TROP POLEMIQUER....
je dis la vérité |01-06-2012 17:14
L'article de S. Rekik, n'a rien de méchant. On ne voit dans cet article, ni attaque contre les savants musulmans, ni éloge des savants occidentaux modernes.
Cette journaliste, elle ne fait que rapporter des choses par ceux issus du corps médical.
C'est le corps médical qui s'indigne bien plus que la journaliste.
Seule chose que je retiens , ce sont les propos blessants de ce cheikh Laabidi. Propos blessants à l'adresse du corps médical tunisien.

Soyons objectifs, vous acceptez, vous médecin, que l'on vous traite de "non éthique",non "moral" et "ne respectant pas le corps crée par Dieu"?
Encore, celui qui ne veut pas que sa femme, sa mère ou sa soeur soit soignée par un médecin-homme, il est libre. Elle mourra et il l'enterrera, point à la ligne!
Est-ce que le prophète Mohamed -salla allahou aleihi wa sallam- a parlé de cela?
Bref, si les salafistes-ceux qui ont une lecture à eux seuls du saint-coran- investissent dans la construction d'une faculté de médecine. Soit ! Mais à l'unique condition que cette faculté soit rattachée à l'Etat et que l'enseignement respecte les normes internationales.
Pas question qu'un médecin soigne un malade et son diplôme ne soit pas reconnu par l'Etat.
L'université El-Azhar, respecte cette consigne.

Conclusion : vu les moyens modestes du pays,la construction de cette faculté n'est pas pour demain.
@observator
Balboul |01-06-2012 16:44
et mois je rebondissais sur:" et si la zitouna veut ouvrir une banche de medecine et bien mabrouk"

Et bah non, pas mabrouk, pas pour les raisons citées et pas dans les conditions demandées

Quand "aux tunisiens qui jugeront fonction du resultat" c'est comme donner un bazooka a un enfant, ca peut etre amusant sur le papier mais dans les faits c'est juste criminel

Il n'y pas de medecine islamique. Il n'y a rien dans l'islam qui peut apporter quelque chose a la medecine moderne. Absolument rien.
Et la medicine moderne n'est pas du tout contraire aux valeurs de l'islam.

Alors pourquoi cette proposition du cheikh?

Le cheikh ne parle pas de performance, le cheikh ne parle que d'ethique et derriere ce mot se cache qu'un ensemble d'aneries absurdes et arrierées. En voulant se detacher de la science pour se rapprocher d'une conception spirituelle de la medecine. Et ca ne vous choque pas? Ca ne vous inquiete pas ce retour en froce des marabouts et des remedes de grand meres?

Enfin, oui les savants muslmans ont brillés pendant l'age d'or de la civilisation arabo-muslmane. Oui ils sont a l'origine de la methode experiementale. un methode qui privilegie l'experience du reel à la foi en une chose.

Une methode qui donc vise a ecarter les croyances pour ne s'attacher qu'analyse du reel, hors de toute spiritualité, d'idées preconcues, dans une volonté farouche de s'approcher de la verité.

Tout le contraire que ces pseudos cheikh a l'ignorance crasse veulent faire donc. Tout ce qui fait que ce n'est pas avec ce genre d'idées farfelues qu'on relancera le progres et une civilisation florissante.

Si les savants muslmans ont su briller dans un lointain passé c'est parce que l'islam a été une force civilisationnelle sur laquelle s'est batie un empire, un empire qiu a su creer des richesses dont des richesse intellectuelles.

Et ces richesses intellectuelles ne sont pas aller chercher leur idées dans le coran mais ils sont su grace a la philosophie, grace a leur travail de recuperation de travaux paiens les transcander et les pousser plus loin.

Ainsi les gens comme vous qui esperent un retour de cette age d"or s'y prennent malheureusement complétement a l'envers. Ils pensent que un retour vers un islam des origines nous permetterait de restaurer cette meme civilisation. Et c'est une grossiere erreur. En fait nous devrions regarder vers les autres et les progres qu'ils ont fait, dans un esprit d'ouverture sans rien ecarter meme les plus paiens des savants pour retrouver la marche du progres.
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