Tunisie - A la recherche d’un bouc-émissaire pour justifier les incidents

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L’heure est grave et la Tunisie vit des moments décisifs en cette deuxième étape transitoire d’après les élections du 23 octobre 2011. Il y eut certes, depuis le 14 janvier 2011, des dérapages sécuritaires et sociaux sporadiques un peu partout à travers le pays, mais l’escalade, enregistrée au cours des dernières 48 heures d’une manière simultanée et synchronisée dans plusieurs endroits, constitue un tournant dangereux qui pourrait engendrer une psychose de terreur parmi la population.

Dans une intervention devant l’Assemblée nationale constituante, Ali Laârayedh, ministre de l’Intérieur, a fait un constat des derniers faits qui donne froid dans le dos. A partir du lundi soir, les événements se sont précipités à une vitesse vertigineuse.
Cela a commencé par l’incendie au Tribunal de première instance de Tunis 2 à Sijoumi avant que les casses ne se propagent à plusieurs autres zones à Tunis, aux banlieues et même à l’intérieur du pays. La Marsa, la Cité Ettadhamen, Douar Hicher, Carthage Byrsa, le Palais Abdellia, El Attar, Kalâat El Andalous, Jendouba et bien d’autres endroits.
Les assaillants n’y vont pas de main morte puisqu’ils utilisent les armes blanches, les sabres, les gros bâtons, les cocktails Molotov. Ils visent, essentiellement, les sièges de police, de la Garde nationale et autres sièges de certains partis (PDP et Watad) et de l’UGTT.
Quant à l’identité des agresseurs, le ministre de l’Intérieur révèle qu’ils appartiennent à des catégories différentes dont notamment des Salafistes, des délinquants « professionnels » récidivistes et des éléments « résidus de l’ancien régime ».
Selon le même ministre de l’Intérieur et d’autres sources concordantes, les troubles se poursuivent jusqu’à présent annonçant 153 arrestations, un nombre appelé à s’élever étant donné la poursuite des troubles.
M. Laârayedh a insinué, une nouvelle fois, la théorie de complot en mettant l’accent sur le fait que lors de tous les incidents survenus, jusque-là, on retrouvé, preuves à l’appui, l’implication des personnes appartenant à l’ancien régime. Bien entendu en plus des salafistes et des délinquants.
Concernant les moyens pour y faire face, le ministre a laissé entendre que tous les moyens légaux seront utilisés. Le représentant du ministère de la Justice, affirmant parler au nom de son ministre lors d’une conférence de presse, a révélé que les sièges des tribunaux seront, désormais, protégés par les gardiens des prisons et que même les armes et les balles réelles seront utilisées.

Alors, les questions qui se posent et s’imposent sont, principalement, les suivantes : qui se trouve derrière ces perturbations ? Qui sont les parties pouvant tirer profit de ces troubles ? Comment peut-on faire face à une escalade aussi dangereuse ?
Les thèses et les hypothèses vont bon train selon les partis, les tendances et les imaginations.
Certains accusent les salafistes qui seraient manipulés par les Nahdhaouis afin de créer un climat de terreur avant que le pouvoir en place – donc Ennahdha – ne rétablisse l’ordre et ne se pose, par voie de conséquence, en sauveur du pays.

Des parties au pouvoir et même dans l’opposition, accusent les ex-RCDistes et autres « résidus » de l’ancien régime d’être derrière les incidents en infiltrant et en manipulant les salafistes – décidément ! - pour créer un climat d’instabilité sécuritaire et sociale pouvant justifier une éventuelle intervention de l’armée.
D’ailleurs et à titre d’exemple, Hamma Hammami, secrétaire général du POCT, abonde dans ce sens. Dans des déclarations faites sur les ondes de Mosaïque FM, il émet l’hypothèse que des parties appartenant à l'ancien régime soient en train de manipuler les salafistes à des fins politiques. Ils instrumentalisent leur appartenance à ce courant pour nuire au pays.
De son côté, le porte-parole du Parti Ennahdha a pointé du doigt certaines parties politiques d’être derrière les violences en manipulant les salafistes dans le dessein de mettre le pays à feu et à sang.
En effet, et toujours selon le même porte-parole, des individus, qui d’ordinaire ne prient pas, se sont spécialement déplacés vers des mosquées leur présentant des enregistrements de l’exposition du Palais Abdellia, et les incitants à se rebeller et à manifester contre l’atteinte au sacré de certaines de ces œuvres. Pour lui, ce sont eux qui ont attiré l’attention sur cette exposition alors qu’elle est passée pratiquement inaperçue, à ses débuts.

La troisième alternative pour expliquer les incidents qui se poursuivent, il y a bien entendu celle de l’effet du message d’Aymen Dhawahiri qui a « appelé les Tunisiens à se soulever et à protéger l’islam » par tous les moyens.
Si les membres du pouvoir nient tout éventuel lien entre ce message et les agissements des salafistes, d’autres parties dont notamment Néjib Chebbi du Parti Républicain, ont étayé cette thèse et ont fustigé les appels au meurtre par égorgement lancés contre deux membres de ce Parti et un journaliste.
En tout état de cause, les observateurs considèrent que la simultanéité des troubles et leur gravité prouve qu’ils ne peuvent être, logiquement, l’œuvre de groupes épars et distincts. Au contraire, la rapidité, le haut degré d’organisation et le timing sont autant d’éléments qui prouveraient qu’il s’agit de groupes bien disciplinés et bénéficiant d’une logique de communication de taille.
Et puis, n’oublions pas cette info menaçante de Ridha Belhaj, chef du parti Ettahrir qui annonce de grandes opérations pour vendredi prochain, 15 juin 2012, une sorte de secousse populaire élargie, selon ses propres termes, qui touchera tout le pays du nord au sud, alertant ainsi d’une révolte imminente des salafistes.
Cet appel de Ridha Belhaj, ne fait que relayer le message d’Aymen Dhawahiri incitant au soulèvement en Tunisie, avancent certains analystes, sachant que les menaces de Belhaj sont étayées par Abou Ayoub. Mais malgré cela, Samir Dilou trouve le moyen d’affirmer que les menaces de Dhawahiri ne peuvent pas trouver écho en Tunisie.

La cote d’alerte est-elle atteinte ? Certainement que oui. L’important, maintenant, est de savoir comment désamorcer la crise, mais cela ne peut être possible que si les autorités compétentes, en l’occurrence, le département de l’Intérieur nous indique, en toute transparence et preuves à l’appui, les vrais coupables et les vrais auteurs de ces troubles.
Pour ne pas être astreint à émettre des hypothèses, il y a une réelle nécessité de faits avérés et de coupables à juger. L’approche consistant à s’accuser les uns les autres et à essayer de trouver des boucs-émissaires n’a plus droit de cité. Il y va de l’avenir de la Tunisie en cette phase transitoire cruciale.

Noureddine HLAOUI
37 commentaires
ne cherchez pas loin
canalou |13-06-2012 17:42
tout ca n est pas un hazard .la discussion a l ANC au sujet de la chariaa qui ressort apres resolution . il y a une aile chez nahdha qui s y accroche .. l intervention de zawahri tombe a pic pour une demonstration de force . le ministre salafiste met de l huile sur le feu .mrgannouchi et atig les salafistes accusent les laics et les autres partis pour finir par approuver la manifestation du vendredi .ce melange explosif ne laisse aucun doute sur qui est derriere l embrasement du pays .
un truc que je comprends pas
Tounsi musulman |13-06-2012 14:13
Il y a eu des attaques un peu partout en Tunisie 65 blesses cote force de l'ordre, dans 8 gouvernorats differents, bilan, on a brule ou sacage un tribunal, des locaux de l'UGTT , des ecoles, un camion de pompier, des locaux des partis politiques de l'opposition et pourquoi aucun local ou bureau d'Ennahdha?
Reflechissez par vous memes, tout a brule sauf des locaux et bureau d'Ennahdha ???
C'est normal?? Je n'appartient a aucun parti, je suis musulman, ni nahdhawi, ni laic, mais ça me travaille, je ne comprends pas pourquoi dans 8 régions, des dizaines de locaux ont brule, on a instaure un couvre feu mais aucun bien d'Ennahdha n'a ete sacage ou brule ... Et Ghannouchi appelle a manifester avec 7iz eta7rir vendredi apres el 3asr pour sauver la revolution et lutter contre l'atteinte au sacre .. ça aussi je ne comprends pas..
c'est pas bien de toujours dire "notre revolution" alors qu'il n'ont rien vu venir et etaient en prison ou a l'etranger et c'est pas bien de tout mettre sur le sacre, cela mene a la dictature et on n'a pas verse notre sang pour ca ...
surveillez les!
elyes |13-06-2012 12:41
primo: puisqu'on les nommes les "résidus de l'ancien régime" pourquoi ne pas les surveillez!
et secundo arretez avec vos commentaires sur BCE comme s'il était le messie sauveur du monde!! même sous son régime on a également assité à autant de violence!
Ce qui détruit la Tunisie c'est les tunisiens avec leur histoire a dormir debout et leur sens du complot! j'habite à la marsa! et a entendre les infos on dirait que la marsa a été renversé alors que l'ampleur était celle d'une bagarre de quartier! même chose à byrsa! a force d'agrandir les choses, on attise la peur des gens et encourageons ces résidus de l'ancien régime a continuer! soyez patriote et garder la tête haute!!! :)
L'effet PERSEPOLIS II
Ali |13-06-2012 12:00
Bien parti pour 10 points de plus dans la popularité de la TROÏKA. Les gens de Sebsi ont voulu allumer le pays pour se présenter dans les habits des sauveurs. Bien parti pour eux pour rejoindre les rangs des 0,00
bravo NH
lotfi |13-06-2012 11:27
voilà un bon article qui pousse les gens a mieux réfléchir et discuter , au lieu d'échnager les insultes et les appels a la violences .
un plan en marche
BOUZID |13-06-2012 11:07
Ennahdha est en train de mettre en marche son plan pour "l'islamisation du pays" bien que muslman depuis 14 siècles, il ne l'est pas assez pour leurs yeux et de ceux de leur patrons du pays du golf. Bien sur l'affaire EL ABDILIA n'est qu'un alibi puisque 99% du peuple tunisien n'a jamais mis les pieds dans une exposition d'art plastic et 99,9999% n'ont jamais mis les pieds dans El Abdilia. Ce qui s'est passé cette semaine c'est d'abord la destruction d'un pilier de l'enseignement tunisien, le Bac. Et l'annulation pure et simple de la saison touristique. Ennahdha ne peut pas islamiser le pays avec des millions de touristes occidentaux qui déferlent chaque été dans notre pays ni même avec un enseignement laic et libéréale instauré par le Grand Bourguiba. C'est un plan en marche et ce malheureux peuple qui regarde tel un "Bouhali". Pauvre tunisie
Regardons l'Histoire en face...
mamad2012 |13-06-2012 10:40
" L'inquisition, cet effroyable tribunal, établi d'abord pour arrêter le progrès du judaïsme et de l'alcoran, avait dénaturé le caractère des peuples. Les avait formés à la réserve, à la défiance, à la jalousie." Reynal
Les Islamistes et tout autre contradicteurs de la liberté, de l'amour entre les hommes, de la tolérance envers ceux qui pensent et vivent différemment doivent se regarder dans une glace et se demander en quoi leurs mots diffèrent de ceux des inquisiteurs espagnols qui ont tant tué et meurtri...
tous trouve interet dans ce qui se passe
Lamia |13-06-2012 10:19
Pour ma part, je ne crois ni le pouvoir en place, ni l'opposition, ni les anciens rcd et ni les salafistes. Ils ont tous des intérêts dans ce chaos en prévision des élections.
Aucun ne pense à la Tunisie. D'ailleurs depuis quand nous les tunisiens nous pensons à notre pays : un tunisien pense à lui et à sa famille et basta. Peut être quand l'équipe tunisienne de football joue.
Saha ellahya ya Tajamo3!!!
Citoyen |13-06-2012 09:49
Mais arrêtez de parler de salafsites!!! Les 162 faiseurs de trouble arrêtés sont en majorité des délinquants et des trafiquants de drogues et de boissons alcoolisées au noir! Qui est derrière ces gens, je conseille au gouvernement de chercher auprès des mafieux de l'ancien régime plutôt que du côté de Dhawahri et ciei!!! El mouhassaba, el mouhassaba
@Lamia
Mehdi |13-06-2012 09:35
De quels artistes vous parlez! Vraiment vous me faites rigoler! Dessiner le nom de dieu avec des insectes et vous appelez cette provocation de l'art! D'ailleurs, les organisateurs mystérieux lorsqu'ils ont constaté à la fin de leur quinzaine que leur expo de m.... n'a attiré personne, ils ont commencé à diffuser les images sur facebook pour faire délibérément le buzz. Il faut absolument démasquer ces organisateurs et ceux qui sont derrière même si il faut monter aux ambassadeurs! Certes ce n'est pas l'Afghanistan ici, mais ce n'est pas également le Danemark ou la Hollande!!!! Même les tunisiens non pratiquants qui boivent et vont en boîte, lorsqu'on touche à Allah, au prophète et à leur mère, ils voient ROUGE! Vous êtes libres de croire ou de ne pas croire de penser ce que vous voulez, mais les symboles de l'islam sur cette terre c'est sacré!!
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