Tunisie – Mise à nu des ballons d’essai et des démentis de la troïka

Envoyer cette page

Une des stratégies, voire tactiques, privilégiées de la Troïka, plus particulièrement d’Ennahdha, dans la prise des grandes décisions est cette manie d’agir en catimini tout en lançant des ballons d’essai afin de tester l’ampleur des réactions de la classe politique, de la société civile et de l’opinion publique, via les réseaux sociaux et les médias.
Ce fut le cas, par exemple, de l’inscription ou non de la Chariâa dans l’Article I de la Constitution, de l’augmentation des salaires des membres de l’Assemblée nationale constituante (ANC) et, actuellement, de l’indemnisation des anciens prisonniers amnistiés. A chaque fois qu’il y a polémique, elle se précipite pour démentir la rumeur ou le média.
Et à chaque fois, le ballon d’essai s’avère bien réel. Et à chaque fois, la période entre le lancement du ballon d’essai et l’annonce officielle de l’événement est exploitée pour que les auteurs du projet peaufinent leurs réponses et leurs argumentations afin de faire passer la pilule.

Avec la question des indemnisations, la pilule est grosse et sera dure à avaler au vu de l’énormité de la somme à « offrir » à ces anciens prisonniers qui n’ont pas été détenus pour des causes nationales, mais pour leur lutte en vue de prendre le pouvoir et remplacer l’ancienne dictature par une autre de type religieux.
Pourtant, les militants des courants progressistes et démocratiques, qui ont lutté et combattu pour plus de démocratie, plus de liberté et plus de respect des droits de l’Homme, n’ont jamais réclamé de contrepartie matérielle. Ils l’ont dit et crié tout haut.

Il est à souligner, en effet, que les représentants d’Ennahdha à la Constituante, plus précisément son chef de bloc, Sahbi Atig, avait démenti, il y a quelques semaines, avec énergie et véhémence les propos de Samir Bettaïeb sur cette question d’indemnisation en le défiant en ces termes : « Vous avez quelque chose par écrit ? Comment pouvez-vous baser votre analyse sur des rumeurs ?».
Il a fallu que le ministre des Finances claque la porte du gouvernement pour que cette histoire éclate au grand jour et que tout démenti devienne impossible. La question a été même débattue, à trois reprises, en réunion du conseil des ministres sans que l’opinion publique n’en soit mise au courant.
Et comme d’habitude, un communiqué de la présidence du gouvernement provisoire, suivi d’une déclaration de Samir Dilou n’ont ni confirmé ni infirmé les révélations de Houcine Dimassi, faisant persister le flou malgré l’importance de l’affaire et de son impact sur les finances de l’Etat.
Pourtant, la vraie confirmation crédible, est celle sortie de la bouche de l’influent Habib Khedher, membre de la Constituante. Lors d’un meeting qui fait le buzz sue les réseaux sociaux, le constituant affirme, tout en criant, que la question des indemnisations des anciens prisonniers amnistiés, est prioritaire et qu’elle sera votée par la Constituante.
« Le dédommagement moral et matériel est nécessaire et il sera versé aux personnes et aux familles concernées en intégralité. Et si les caisses de l’Etat ne le permettent pas en totalité, dans l’état actuel des choses, ils auront, au moins, une tranche avant la fin de l’année 2012 en cours », a-t-il lancé, en substance et avec arrogance.

Il va sans dire que le chiffre de 750 millions de dinars, avancé à l’époque, s’est avéré très en deçà de celui réel qui s’élève à plus d’un milliard de dinars comme l’a indiqué l’ancien ministre des Finances qui est la personne la mieux placée pour donner la réelle ampleur du montant de cette « transaction ». Samir Dilou dément ce montant et refuse de donner quoi que ce soit de précis.
Ainsi, le gouvernement, dominé par Ennahdha, a eu beau cacher son jeu, la vérité a fini par éclater de la bouche d’un ministre « n’appartenant » à aucun parti. Il a eu le courage et l’audace de crier tout haut ce que les autres pensent tout bas : « le gouvernement de Hamadi Jebali se comporte d’une façon arbitraire, prend ses décisions sans consultations ni concertations avec les parties prenantes concernées », assure t-il.

Les décisions importantes et déterminantes pour l’avenir du pays sont donc prises, sans l’avis des experts et des spécialistes, mais grâce à la « dictature du vote ». Il est vrai que le vote est, normalement et théoriquement, l’illustration parfaite de l’esprit démocratique, mais dans le cas d’espèce, ce moyen est devenu un outil exploité, sans discernement, pour imposer la loi du plus fort. L’ANC étant devenue une sorte de jungle où les élus d’Ennahdha font et imposent leur loi.
Les membres de l’opposition ont beau discuter, intervenir, argumenter et faire prévaloir le bon sens, rien n’y fait, puisque c’est le vote qui tranche.
C’est à croire que les débats sont devenus inutiles du moment que le « noir » sera décrété comme étant « blanc » grâce à la magie du vote.
Cette situation a été parfaitement illustrée lors de la nomination de Chedly Ayari en tant que nouveau gouverneur de la BCT. Même si les députés d’Ennahdha n’en étaient pas convaincus – et ils l’ont indiqué -, le vote a donné raison au candidat de Mustapha Ben Jaâfar, « préservation des coalitions oblige », comme l’a dit en substance Lotfi Zitoun.

A ce même propos de la question des indemnisations, il s’avère, selon l’aveu de Mohamed Abbou, qu’il s’agit d’un projet de loi du CPR. Pourtant, les Tunisiens ont cru que le CPR avait fini par retrouver sa lucidité après l’intervention remarquable de Samia Abbou fustigeant l’appui d’Ennahdha à Chedly Ayari.
Les scandales et les prises de décisions arbitraires et contraires à l’intérêt national de la Tunisie et des Tunisiens se multiplient puisqu’elles sont décidées dans un esprit partisan et sur mesure en faveur de catégories bien ciblées, le tout pour des considérations électoralistes, désormais claires.
Ennahdha prouve, encore une fois, qu’il veut profiter, largement, d’une conjoncture transitoire pour mettre en place tous les atouts, politiques, juridiques et populaires, l’objectif étant de garantir son succès lors des prochaines élections définitives, sans oublier le manque, voire l’absence de véritables compétences au sein du gouvernement, dont les membres ont été choisis pour leur couleurs politiques et le nombre d’années passées en prison.
Des considérations subjectives et loin de tout caractère rationnel, ce qui empêche de traverser, avec les moindres dégâts possibles, cette période transitoire délicate et, conjoncturellement, difficile et délicate.
En effet, les dernières bavures, allant de l’extradition de Baghdadi Mahmoudi à l’annonce du projet de loi sur les indemnisations, en passant par la crise à la tête de la Banque centrale, ne plaident nullement en faveur de la crédibilité dans la gestion des affaires du pays. Au contraire, tout laisse entrevoir, comme l’a mentionné Houcine Dimassi, que la Tunisie est entrée dans un engrenage de difficultés et d’incertitudes, notamment auprès des hautes instances économiques et financières, plus particulièrement les agences internationales de notation.

Noureddine HLAOUI
10 commentaires
complètement à côté de la plaque
sasam01 |02-08-2012 09:50
@ citoyen x :
RCDiste ou Destourien ? fils du "père de la nation".Tu dis "ils ont essayé de nous diviser",mais qui êtes-vous pour être divisés ?.
Tu as anticipé les résultats du prochain scrutin électoral ! C'est très fort ça.
on se fera pas racqueter soyer en sur!
citoyen x |31-07-2012 15:55
vu que ce gouvernement est provisoire, et vu que leur chance (a mon avis) et surtout ennahda de se retrouver aux commandes du pays de nouveau (car nos maitres us et ue) ont constater que ca ne colle pas avec ces gens la et qu'il n'ont de la liberte et la democratie et d'autre valeurs que les paroles.alors ils essayent de se faire justice eux meme de s'auto indemniser s'auto employer etc... ils sont entrain de tomber dans leur propre piege car ils n'ont pas retenu les leçons du passer. et croyer moi le prochain homme fort du pays ne va pas les rater cette fois ci .la tunisie ne tombera jamais bientot on fera la fete, jusqu'ici ils ont essayer de nous diviser de nous monter les uns contre les autres echecs total bref.honneur et respect au pere de la nation.
Illustration copiée
Vérité |31-07-2012 14:57
L'illustration est excellente certes mais a été copiée (http://bichau.canalblog.com/tag/hommes%20politiques, jeudi 3 mars 2011). Malheureusement nos journalistes tunisiens n'ont pas renoncé encore à la vielle habitude du copier/coller et oublient encore et toujours de mentionner les copyrights

Réponse : Nous mentionnons systématiquement le copyright quand il est connu. Ce n'était pas le cas de cette illustration. Merci néanmoins d'avoir trouvé la source.
il n'y a que la verité qui balaisse
CHEBBI |31-07-2012 14:06
CHAQUE fois que le pot au rose est decouvert ;les partisans de ''mauvaise foi''crient a la manipulation ou a la diffamation ;une verité Messieurs d'ENNAHDHA n'est pas polymorphe et maniable a facon; IL n'y en a qu'une cet article est objectif et vous derange prouvant encore une fois la maniere dont ce parti veut nous mener a la dictature tout en cachant son jeu et jouer du double langage Lles tunisiens ne sont pas dupes et n'ont plus peur ils resisteront a cette mascarade
tous les hommes libres de ce pays SE METTRONT AU TRAVERS de la troika pour saboter la revolution ;
Article diffamatoire... ni plus ni moins...
Sadok |31-07-2012 13:13
Plein de mensonges, de suppositions et de calomnie...
Medias d'hier et d'aujourd'hui, vous êtes toujours contre la volonté du peuple... et vous utilisez tjrs les mêmes moyens...
facebook
faouzi ayeche |31-07-2012 10:44
Analyse intéressante, j'ai voulu partager, mais le lien de facebook n'est pas opérationnel .
un mehdi cache tj un autre
ali.akim |31-07-2012 10:42
les leçons de ben ali, saddam, gaddafi.. n'ont pas suffi à faire reflechir ennahdha.. la dicttature du vote ne peut plus durer plus que 10 ans..que sont devenus les proches des ma5lou3ine; un mehdi cache tj un autre y .. le mehdi est tj vivant
Encore bravo à M.Hlaoui
ZZZ |31-07-2012 09:21
pour cette analyse -claire comme l'eau de roche- que les Fanatiques Intégristes ne manqueront pas de critiquer.
Bravo pour l'article
Toutou |30-07-2012 23:40
Monsieur Hlaoui.
Votre article est rationnel et convaicant.
Il est à mon humble avis irréfutable.
EXCELLENTE ILLUSTRATION. BRAVO
Citoyen_H |30-07-2012 23:16
Cependant, je ne vois pas le bédouin marzougui dans l'illustration, plus vraie que nature. Les chameliers imposteurs traitres à la nation, sont en passe de monter une des plus importantes usines de fusées éclairantes au monde. C'est un réel progrès, de la part des adhérents de la confrérie des experts en fainéantise et en sieste à longueur du temps.
1
Votre commentaire
Pseudo*
E-mail*
Titre*
Texte
Conditions d'utilisations
- Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne sont pas rédigés par les journalistes.
- Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ne sera publié.
- Aucun commentaire contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.
- Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

» Cliquer ici pour lire les conditions d'utilisation et les règles de modération
Conditions d'utilisation
Business News remercie vivement ses lecteurs pour leurs commentaires, qui en apportant leur contributions, participent à l'enrichissement du journal en ligne. Cet espace reflète une multiplicité de points de vue à l'unique condition que ces points de vue se respectent les uns les autres.


- Les commentaires envoyés seront archivés sur les serveurs de Business News et demeureront consultables, avec l'article objet du commentaire, tant que le site fonctionne ;
- Les mails des lecteurs seront conservés dans nos archives internes et ne feront l'objet d'aucune exploitation commerciale. Aucun mail non sollicité (spam) ne sera délivré après l'insertion d'un commentaire dans Business News.
- Les mails des participants aux commentaires seront conservés dans nos archivages internes. Ils ne seront jamais communiqués, sans autorisation de leur titulaire ou à la demande d'une autorité judiciaire tunisienne.
- Tout commentaire envoyé sera lu par un modérateur avant publication.
- Business News n'est pas garant de la véracité des commentaires des lecteurs. Le rôle de ses modérateurs s'arrête aux vérifications d'usage liées aux règles de modération indiquées ci-dessus et non aux vérifications journalistiques du fond de l'information.
- Les commentaires sont généralement publiés dans un délai maximal d'une heure approximativement après envoi et ce, les jours ouvrables de 9h à 18h.

Règles de modération
Tous les commentaires sont publiés à la condition qu'ils respectent les règles de conformité à la loi tunisienne et de bienséance. Les contributions qui ne seront pas validées sont celles qui :


- Encourageraient un sentiment raciste et/ou haineux de quelque nature que ce soit ;
- Déprécieraient un groupe de personnes, une profession entière, une entreprise entière ;
- Injurient ou diffament les personnes, les entreprises et/ou toute autre entité ;
- Attaqueraient sans argumenter, ou argumenteraient de manière haineuse ;
- Alimenteraient des rumeurs, qu'elles soient fondées ou non ;
- N'auraient aucun lien avec le sujet principal de l'article objet du commentaire ;
- Ne s'adresseraient qu'à un autre lecteur en particulier, sans que les autres lecteurs puissent être concernés par le débat.
- Assimileraient la rubrique « commentaire » à un forum de discussions.

Business News se réserve le droit de retirer, ou de rewriter, un titre ou une partie du commentaire, même après insertion, au cas où cela se justifierait dans les situations suivantes :
- Paragraphe hors sujet ;
- Paragraphe ou phrase diffamatoire ;
- Paragraphe ou phrase non conforme avec les règles de modération indiquées ci-dessus ;
- Commentaire trop long ;
- Paragraphes ou phrases formulés en langage abrégé ou comportant un nombre élevé d'erreurs.
- Paragraphes ou phrases formulés en langue arabe ou en langue autre que le français et ce pour des raisons techniques.

Nos lecteurs peuvent signaler tout message litigieux aux modérateurs par l'envoi d'un mail à : mail@dmc.com.tn ou par téléphone au +216 70 831 100 ou par fax au +216 70 831 025