Tunisie – Ennahdha prépare-t-il un Référendum plutôt qu’une Constitution ?

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Les constituants d’Ennahdha n’ont cessé de diverger avec le restant des membres de l’Assemblée nationale constituante depuis l’autorisation accordée le 28 juillet par la commission de rédaction de la Constitution aux commissions constitutionnelles de proposer deux, voire plusieurs formules à un même article afin d’éviter le prolongement indéfini des débats. Or, au vu du déroulement des dernières discussions au sein des commissions constitutionnelles, les observateurs ont constaté des retours sur des consensus scellés autour de questions fondamentales. Qu’en est-il et que cachent ces retournements de situation ?

Le gouvernement de Hamadi Jebali est en place depuis près de huit mois et l’Assemblée nationale constituante a été élue depuis près de dix mois. C’est dire que la période est largement suffisante pour s’interroger sur le degré d’avancement de la rédaction de la Constitution et, surtout, où en est-on du consensus promis par la Troïka, notamment, Ennahdha, pour ce texte censé fédérer les choix des Tunisiens ?

Les échos provenant de l’Assemblée ne sont pas très rassurants. Cette décision de faire passer plusieurs propositions pour le même article ne fait que repousser les différends vers d’autres cieux, soit de la commission constitutionnelle à celle de la rédaction, voire aux séances plénières. Mais le problème fondamental créé par cette attitude, est le délaissement de la recherche d’un compromis, au profit d’une course contre la montre pour respecter les dates préconisées par la présidence de l’Assemblée. Or, de quel respect des dates parle-t-on si les tâches présumées ne sont pas accomplies ?
En effet, et en rapport avec ces tâches, Azed Badi, le rapporteur adjoint de la commission de rédaction de la Constitution, est revenu récemment sur l’avancement des travaux des commissions et « le prétendu brouillon prêt ». Ce député CPR a affirmé que ce qui a été finalisé, « ce sont les travaux des commissions ».
Badi a par ailleurs précisé que « la commission va maintenant relire ces projets, harmoniser la rédaction, revenir sur des précisions, s’il y a lieu ». « Un tel travail pourrait nécessiter des semaines, voire deux mois », a-t-il ajouté avant de conclure que « le prétendu brouillon ne peut être déclaré prêt qu’à ce moment-là ».
Selon ce député de la Troïka, l’annonce par certains d’un brouillon prêt constitue de la surenchère politique d'autant plus que certaines commissions n'ont pas encore achevé leurs travaux comme celle des instances constitutionnelles et celle de la juridiction judiciaire, financière et constitutionnelle qui a certes terminé ses travaux mais n'a pas encore présenté son projet.

Face à ces différends constatés autour de plusieurs problématiques fondamentales, les observateurs craignent un blocage, surtout que chaque article nécessite l'adoption par la majorité absolue alors que l'adoption de la Constitution se fera par la majorité des deux tiers.
Le président de la commission du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif et de la relation entre eux, Amor Chettoui, avait déjà signalé « qu’au vu des positions déclarées lors des débats, il est presque impossible de trouver des compromis ». « Nous nous dirigeons donc vers un Référendum selon l’article 3 de l’Organisation provisoire des pouvoirs publics, dont la rédaction comporte plusieurs lacunes », a-t-il souligné, attirant l’attention sur le fait que « certains partis en profiteront pour entamer leur campagne électorale, alors qu’un tel Référendum constitue un très mauvais signal pour la population qui s’attendait à un compromis comme n’ont cessé de répéter les différents dirigeants politiques lorsqu’ils parlaient de la Constitution ».

Le comble de cette situation, a déclaré étonné Samir Bettaïeb du bloc démocratique, « c’est de voir des constituants demander des changements au dernier moment comme ce fut le cas dans la commission de la juridiction judiciaire, financière et constitutionnelle où l’on est revenu sur l'indépendance financière du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire à l'avant-dernière réunion alors que la majorité des députés pensaient que le dossier est clos ».
Samir Bettaïeb a également attiré l’attention sur le fait que la commission des instances constitutionnelles étudie encore l’intégration de deux nouvelles instances s’intéressant au Conseil supérieur islamique et à la réforme de l’éducation. « Et ce sont toujours les députés d’Ennahdha qui sont derrière ces changements de dernière minute, à un point tel que l’on se retrouve pratiquement devant deux projets de Constitution », a-t-il indiqué.
Selon ce député, les différends portent pratiquement sur plusieurs questions fondamentales. « La nature du régime, l’indépendance de la magistrature, l’égalité entre l’homme et la femme, la question des libertés fondamentales, la liberté d’expression, et j’en oublie. De quel consensus parle-t-on ? », s’est-il interrogé.

Constituants hors Ennahdha, classe politique et société civile craignent que ces manœuvres du parti islamiste visent à aller vers un Référendum avec un double objectif. S’ils gagnent, les islamistes aspirent obtenir à travers ce plébiscite populaire une percée islamisante que la composition actuelle de l’ANC ne peut permettre. S’ils perdent, ils auront perdu juste la bataille de la Constitution et changeront de tactique en vue des élections.
Une chose est certaine, les batailles actuelles font découvrir au peuple tunisien et à son élite le vrai visage d’Ennahdha.

Mounir Ben Mahmoud
16 commentaires
Diviseurs
insoumis |17-08-2012 00:34
L'on constate de jour en jour que le paysage socio politique de la Tunisie se fissure et devient de plus en plus dangereux. Le parti Ennahdha force la voie à la division des tunisiens croyant être de son droit de balayer à coup de descente de ses fans et de son bras armé que sont les salafistes dans la rue et l'occupation du terrain, la modernité acquise et renforcée depuis l'indépendance . Tantôt on accuse l'opposition tout partis confondus , tantôt on accuse ceux qui critiquent la Troïka d'être des ennemis de l'Islam ! A ce rythme, l'avenir du pays s'assombrit et je pense que les prochaines élections mettront le feu aux poudres! Il est certain qu'Ennahdha ne lâchera plus le pouvoir quelque soit les résultats.Pour les islamistes c'est leur bien . Pour les autres alors ce sera la fin de la récréation c'est à dire la fin des libertés , et l'instauration d'une dictature pire que la précédente.Ce tableau mènera directement à l'affrontement et Ennahdha le sait parfaitement bien et s'y prépare depuis son arrivée. Les autres ne doivent pas se bercer, la guerre civile est à nos portes ,reste à savoir la réaction de la grande muette et des forces de sécurités intérieures garantes de la Sécurité et de la Sauvegarde de l'indépendance de la Tunisie/.
Changer ?
azul |12-08-2012 17:13
Pourquoi refaire une constitution ? Ne suffit-il pas de changer les textes ajoutés/modifiés par les dictateurs, des textes écrits pour leur maintient au pouvoir ? Qu'en pensez-vous ?
@Hedi Farciri
Tu nous ressorts le jeu de Sarkozy laïc vs musulmans ou quoi ???
Faut arrêter de créer des problèmes là où il n'y en a pas.
@hEDI FACIRI
Rached |12-08-2012 11:48
Tu ne peu pas imaginer qu'un laïc peut être un musulman . Ignorance quand tu nous tiens.
@Hedi Farciri
Un observateur averti |12-08-2012 11:30
Relis la definition du mot "laicite" parce que vous n'avez rien compris...
les laïcs ont peur d'un referendum
Hedi Farciri |12-08-2012 09:26
Pourquoi les laïcs ont peur d'un référendum?
Certainement par ce qu'ils savent qu'ils sont ultra minoritaire.
Sachez mesdames et messieurs, qu'il y aura bien un référendum, et que contrairement à l'élection précédente, il n'y aura pas de proportionnel, et nous verrons bien qui aura la majorité.
Les musulmans ou les laïcs.
la Constitution.
letranger |12-08-2012 09:04
Je trouve que les"Constituantes" bien voilees pour des democrates en charge de veilleraux droits de la Femme tunisienne.
J'ai lu la"preconstitution", cela ressemble plus au reglement interieur de la Grande Mosquee.
Pratiquement toute la place est prise par Dieu etla Religion.
Faites plutôt un article unique : " La Constitution appliquable en Tunistan est LaCharia, au moins pour un même resultat, ce sera clairement explique.
Et en cas de referendum, remportera 80%des voix.
BETISES PREVISIBLES-COMMENT DES ELUS ONT ILS ETE SI IMPRUDENTS
rs |11-08-2012 21:46
Ceux qui ont mis ce reglement sont cons et archi betes, car comment laisser des articles passer avec ennahdha dominante au vote absolu tout en sachant alors qu ils peuvent passer ce qu ils veulent ensuite de restreindre ces lois non acceptées par un vote aux deux tiers tout en sachant que beaucoup seront opposés aux voeux d ennahdha. ILS FAUT ETRE TUINSIENS pour faire ces betises previsibles ou quoi?
constitution..kawaeed
jahel |11-08-2012 18:07
une constitution n est pas le ministere de la justice... c est comme les 5 bases de islam, elle NE PEUT PAS inclure cent articles...les lois sont faites pour ca. messieurs d ennahdha, vous etes en train de voler le temps du peuple tunisien, pour vous installer definitivement a la place des ben ali et trabelsi, et vous faites DEJA un bon job a ca....nous avons des cerveaux tunisiens, qui auraient deja prepare la constitution, et organise les elctions, et remis le pays au travail..mais vos intentions sont autres, ET CONTRAIRES AU BIEN DU PEUPLE.....vous menez ce peuple a sa perte..
PAUVRE DE NOUS
tunivigil |11-08-2012 17:27
on dirait l'assemblée nationale du yemen...
ils ne savent pas ou ils vont
ali.akim |11-08-2012 15:09
comme les soldats allemands tires par leur chiens dans la grande vadrouille: ils ne savent pas ou ils vont
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