Système parlementaire ou présidentiel : That’s the question !

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Par Salah Oueslati
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Le parti Ennahdha semble militer pour l’instauration d’un régime parlementaire en Tunisie avec un président qui garderait un pouvoir symbolique, comme c’est le cas en Italie ou en Espagne. L’idée est séduisante et ce système a l’avantage de mettre un terme au risque de l’émergence d’un « Rais » qui profiterait de la légitimité du suffrage universel pour se tailler une constitution sur mesure et accaparer tous les leviers du pouvoir.
Il est vrai que la dérive monarchique du système présidentiel existe même dans des pays de longue tradition démocratique comme la France. Dans ce pays, la Constitution de la cinquième république a mis en place un véritable monarque à l’Elysée depuis De Gaulle jusqu’à Sarkozy, et c’est seulement grâce à une presse libre et un tempérament frondeur que les Français parviennent tant bien que mal à freiner cette dérive monarchique.

Le système présidentiel américain a, de son côté, l’avantage d’avoir instauré une véritable séparation des pouvoirs, un système de freins et contrepoids (checks and balances), une presse libre et un pouvoir judiciaire indépendant. Mais, malgré ces garde-fous, ce pays n’est pas totalement à l’abri des abus de pouvoir de la part du locataire de la Maison Blanche, notamment en période de crise grave, comme on l’a vu avec George Bush suite aux attentats du 11 septembre 2001.
L’autre avantage de l’abandon du système présidentiel, notamment en Tunisie et dans tous les pays arabes, est psychologique : la disparition de la personnification du pouvoir qui tend à engendrer le culte de la personnalité qui se manifeste souvent par la présence du portrait du « Rais » dans toutes les administrations publiques.

Cependant, le régime parlementaire n’est pas la panacée ; il est loin d’être exempt de tout risque. Par exemple, le système britannique avec son scrutin uninominal à un tour consacre l’hégémonie du Premier ministre dont le parti a obtenu la majorité absolue au Parlement ; un Premier ministre qui, en terme de pouvoir, n’a rien à envier au « monarque de l’Élysée », comme ce fut le cas sous Margaret Thatcher ou Tony Blair. L’autre inconvénient majeur du mode de scrutin britannique est qu’il débouche sur la domination de deux grands partis politiques et l’exclusion des petites formations. La coalition actuelle entre le parti conservateur et le parti libéral n’est qu’une exception à la règle qui a prévalu pendant plusieurs décennies.
L’Assemblée constituante devrait tirer les leçons des ces deux systèmes qui ont fait leur preuve et montré leurs avantages et leurs inconvénients et essayer d’être inventive. Une telle méthode pourrait permettre l’adoption d’un système qui comporte les avantages du système parlementaire sans tomber dans les excès du présidentialisme. Autrement dit, un système avec un Parlement détenant de réels pouvoirs et un président au dessus de la mêlée, représentant de tous les Tunisiens et garantissant ainsi l’unité et la cohésion du pays. Ce dernier devrait être élu au suffrage universel à deux tours pour lui donner une légitimité populaire et pour garantir l’autorité de l’Etat. Il devrait disposer du droit de véto sur toute législation adoptée par le Parlement, mais sans le pouvoir ni de nommer le Premier ministre (cette prérogative devrait revenir au Parlement), ni les membres de son gouvernement. Le président devrait en outre avoir la prééminence de la politique étrangère, mais la conduire en coordination avec le Premier ministre. Bref, un président jouissant de pouvoirs réels dans des domaines réservés, mais pas un président omnipotent. Tout doit être fait pour garantir un équilibre entre les trois pouvoirs.

L’importance du mode de scrutin
Le mode de scrutin, qui peut paraître comme une question technique, est fondamentale pour éviter toute dérive « autoritaire » dans un système parlementaire ou présidentiel. Par exemple, la représentation proportionnelle est un mode de scrutin qui tend à favoriser le multipartisme, ou compétition ouverte entre de nombreux partis, contraints après les élections de nouer des alliances pour former une majorité parlementaire. Mais l’inconvénient majeur de ce système est qu’il débouche très souvent sur une situation d’instabilité permanente et un pays ingouvernable. Le scrutin majoritaire à un tour tend à instaurer, ou à maintenir, un système dualiste (ou bipartisan) dans lequel le parti gagnant, ayant obtenu la majorité nationale des sièges, peut gouverner seul ; tandis que le scrutin majoritaire à deux tours tend, quant à lui, au multipartisme mais il contraint les partis à conclure des accords de désistement entre les deux tours, et les rend par conséquent plus dépendants les uns des autres que ne le fait la représentation proportionnelle.

Il faut donc rester extrêmement vigilant lors du débat sur la loi électorale qui sera adoptée dans les mois qui viennent en Tunisie. Les différences dans le mode de scrutin ont des effets sur le nombre et la configuration des partis, mais aussi sur les rapports qu’ils entretiennent : alternance, indépendance, et accentuation stratégique des écarts entre les programmes. Un scrutin majoritaire à deux tours avec une petite dose de proportionnelle a, non seulement l’avantage de garantir une stabilité politique, mais en outre de permettre à des petits partis d’être représentés. Bien sûr, le mode de scrutin à lui tout seul n’est pas toujours déterminant : les réalités nationales, les idéologies, et surtout les structures socio-économiques ont un impact parfois décisif à cet égard.
Dès lors, sans une véritable séparation de pouvoirs, sans une justice indépendante, sans la liberté d’expression, de rassemblement et de la presse et sans la liberté d’association, pour ne citer que les plus importantes, aucun système politique, qu’il soit parlementaire ou présidentiel, ne débouchera sur une véritable démocratie.

*Salah Oueslati est maître de conférences à l'université de Poitiers. Il est également chargé de séminaire à l’Université de Sciences Politiques de Paris.
Spécialiste des États-Unis et de tout ce qui touche aux relations internationales, il est titulaire d'un doctorat en Études américaines à l'Université de la Sorbonne, Paris IV et d'un master en Droit à l'Université de Panthéon Sorbonne Paris 1.
Il est aussi auteur de nombreux articles et a contribué à des ouvrages collectifs en anglais et en français.
12 commentaires
Naceur OUESLATI
OUESLATI |10-07-2012 09:42
Merci cousin je pense que vous etes bien placé pour conaitre les orientations politique du parti ENNAHDHA quelques soit le regime choisi l'essentiel c'est quelle soit a la téte du pouvoir comme a prononcé l'un de ses deputés a l'ANC ( MR BANNANI) et j'espere que vous patager pas son point de vue. NACEUR OUESLATI militant d'opposition depuis sa naissance.
Réponse à labijodisocho
Goldman |07-07-2012 18:18
Monsieur ou Madame labijodisocho vous avez l'air aigris. Vous vous êtes focalisés sur le profil de l'auteur de l'article, sans donner votre avis sur le contenu de celui-ci, peut être que vous n'en avez aucun, dans ce cas gardez vos commentaires pour vous, cela n'intéresse personne. Pour votre information, cela ne fait que deux ans que le Sorbonne est divisée en deux grands pôles, un scientifique et un littéraire. Par ailleurs, enseigner à Sciences po Paris en master Relations Internationales, n'est pas donné à tout le monde. Beaucoup de gens aimeraient bien être « corvéables à merci », comme vous dites, pour intégrer cette institution. Pour votre autre information, qu'on on est maîtres de conférences en France, on est titulaire à vie, et on n'a pas besoin d'enseigner à Sciences po ou ailleurs pour être maintenu en poste. Enfin, à la Sobonne, il existe bien un filière « études anglaise et nord-américaine » et une spécialisation en « études américaine s» à partir du master. Pour ce qui de la notoriété de la Sorbonne, je pense que l'université que vous avez fréquenté doit sûrement être beaucoup plus prestigieuse.
PARLEMENTAIRE
morched abed |07-07-2012 17:04
Nous voulons un regime parlementaire, on a marre d'un president qui a tous les pouvoirs
Salut!
labijodisocho |07-07-2012 16:14
Salut Jean Jacques Godmann!
Je croyais que tu t(es mais à la chanson!
Ahhh ces docteurs et professeurs en droit et en éco!
C'est vraiment ce qu'il nous faut pour réussir à revenir au niveau 2010 assuré par le prétendu Bac-3.
Cela dit au passage, un petit commentaire sur la fin de votre article:
1-"Il est également chargé de séminaire à l'Université de Sciences Politiques de Paris": Entendez un chairman corvéable à volonté pour justifier de son poste à l'autre bout de la France.
2-"Spécialiste des États-Unis et de tout ce qui touche aux relations internationales, il est titulaire d'un doctorat en Études américaines à l'Université de la Sorbonne, Paris IV": Grande université mais spécialité bidoune, bizarrement existante à Paris IV (vérifiez si ce n'est pas VIII plutôt!)
3- et d'un master en Droit à l'Université de Panthéon Sorbonne Paris 1 (université bidoune qui porte le faux-nom de Sorbonne.
Pour votre gouverne: Il n'y a que 2 Sorbonne: Sorbonne Sciences (une scission scientifique de Sorbonne) qui est l'actuelle Paris VI et Sorbonne (lettres), l'actuelle Paris IV
Je ne vois pas ou est le Problème
Jijou |06-07-2012 17:54
Vous dites " L'autre avantage de l'abandon du système présidentiel, notamment en Tunisie et dans tous les pays arabes, est psychologique : la disparition de la personnification du pouvoir qui tend à engendrer le culte de la personnalité qui se manifeste souvent par la présence du portrait du « Rais » dans toutes les administrations publiques. "

C'est pas Vrai...en France il n'y a pas la Photo d'Hollande dans les Usines, les cafés, les Magasins, les Carefours comme à l'époque de Ben Ali chez vous, ou en + il y à des Ponts sur les routes peintes en Mauves......!!!!!!
On peut trés bien avoir un régime Présidentiel, sans avoir la photo du Président dans le fond de sa tasse café....

instabilité politique
Badry |06-07-2012 10:48
Bon article! l'instabilité politique est un autre aspect qui n'est pas discuté et il est très important pour l'avenir du pays. Nous venons de voir cette question mise en lumière ces derniers temps aux États-Unis et la Grèce par l'impossibilité de prendre et d'exécuter des décisions importantes en raison des considérations personnelles et partisannes et non l'intérêt national.
article objective
lotfi |06-07-2012 08:55
avec une grande diff de celle d'hier de Mr FEHRI , trop alarmiste .
l'auteur a oublié de traiter l'exemple allemand ,qui a opté pour le régime parlementaire et qui bénéficie d'une stabilité politique exceptionnelle depuis la fin de la 2ème guerre mondiale .
un regime parlementaire fera eloigner le culte de la personne
salahtataouine |05-07-2012 20:53
mais comme vous dites ,ce regime a ses limites ...mais decentraliser le centre du pouvoir au profit des regions peut etre une solution....une autonomie financiere de la region peut etre "un contre pouvoir" utile !!
Excellent...
Incitatus |05-07-2012 20:38
Je partage.Sauf que l'auteur n'a pas étoffé l'analyse et la mise en oeuvre de la dose de proportionnelle dans la perspective du scrutin uninominal à deux tours.
Je pense aussi que le schéma proposé par Ennahdha ressemblerait plutôt à un régime d'Assemblée.
Enfin !
Tounsia |05-07-2012 18:31
Analyse équilibrée, claire et sans partie-pris ; ça nous change des articles tendancieux, idéologiquement orienté et superficiel. Merci
12
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