Samir Annabi, président de l’INLUC : Nous avons plus de 9 mille dossiers à traiter, mais sans logistique humaine ni matérielle

Businessnews.com.tn | publié le 10/05/2013 20:28


Les Tunisiens se rappellent de la Commission nationale d’investigations sur la corruption et les malversations (CICM) qui avait fait parler d’elle, notamment avec la transmission télévisée de la scène au Palais de Sidi Dhrif au cours de laquelle une véritable « caverne » d’Ali Baba a été découverte, le 19 février 2011, comprenant la somme colossale de plus de quarante et un millions de dinars et d’innombrables bijoux de valeur.
Les Tunisiens se rappellent, également, la polémique soulevée par cette découverte dans des coffres-forts, soigneusement dissimulés dans une imposante bibliothèque aux portes coulissantes, coïncidant avec le fameux sit-in de la Kasbah appelant à la chute du gouvernement de Mohamed Ghannouchi et à l’élection d’une Assemblée constituante.

Plus de deux ans après, que reste t-il de ladite CICM qui avait été créée, rappelons-le, sur décision de l’ancien président Ben Ali, et qui a été transformée en une Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUC), présidée par Me Samir Annabi, suite au décès du président initial de la Commission, Abdelfattah Amor ? A-t-elle gardé la même composition ? Quelles sont, désormais, ses prérogatives ? Quelles sont ses perspectives ?
Autant de questions auxquelles, M. Annabi a bien voulu répondre en nous recevant au siège de l’Instance, encore sis à l’Avenue Kheireddine Pacha.
Dans une évaluation de l’action menée par la défunte CICM, Samir Annabi estime qu’elle est, globalement, positive dans la mesure où, grâce à son entrée aux deux palais présidentiels de Sidi Dhrif et de Carthage, l’Etat a pu récupérer un ce « Trésor » qui a été, d’ailleurs, restitué à la Trésorerie générale, décharge et cachet à l’appui.
C’est grâce à ces fouilles dans les deux palais qu’ont été retrouvés de nombreux documents de la plus haute importance portant sur les affaires de malversations, de corruption, de détournements de fonds et autres marchés accordés, ça et là, à des proches de la famille régnante par complaisance ou moyennant commissions douteuses et pots-de-vin, dont notamment cette affaire de fonds spoliés et déposés dans des banques libanaises que l’Etat tunisien évalue à 28,8 millions de dollars (l’équivalent de plus de 40 millions de dinars).
C’est dire que la CICM a permis d’éviter la disparition d’un grand nombre de dossiers tout en transmettant à la justice plus de quatre cents dossiers touchant à des affaires de malversations, des décisions de justice contestées.
Toutefois, M. Annabi considère que des erreurs ont été commises dans le choix de certains de ses collaborateurs à la CICM par feu Abdelfattah Amor. Des erreurs qu’il met sur le compte de la bonne foi, sachant que tous les membres de ladite Commission ont travaillé bénévolement.
Passant à l’état actuel des choses, Samir Annabi nous révèle que tous les membres de la CICM sont partis après sa mutation en Instance nationale de lutte contre la corruption. « Bien sûr, j’ai procédé à la mise sur pied d’une nouvelle composition, assure M. Annabi qui a pris, officiellement, ses fonctions à la tête de l’Instance le 29 mars 2012. La liste est prête depuis la fin de l’an passé, mais les multiples événements, inhérents à la crise gouvernementale qui a duré plusieurs mois, ont fait retarder la publication officielle des noms de ces membres.
Il faut dire qu’il est excessivement difficile de trouver des hommes compétents, indépendants politiquement et idéologiquement et qui acceptent d’exercer à titre bénévole. « En somme, il faut dénicher plusieurs oiseaux rares à la fois », avoue M. Annabi avec une pointe d’humour.
L’Instance sera divisée en deux organes. D’abord, le Conseil composé de représentants de magistrats appartenant au Tribunal administratif et à la Cour des comptes, aux organisations nationales (UGTT et UTICA), aux médias, ainsi que des experts, un sociologue et un psychiatre.
Ensuite, il y aura le Comité de prévention et d’investigation qui sera chargé de mettre en place toute une politique nationale pour l’éradication de la corruption, érigée en culture sociale. Il faudra trouver l’équilibre entre une approche basée sur les sanctions sévères et sur l’action éducative sérieuse tout en tirant les enseignements des expériences des autres pays.
Cette situation d’attente, précise encore Samir Annabi, nous impose de travailler avec le personnel permanent composé de hauts fonctionnaires détachés et en l’absence d’une logistique humaine et matérielle sans parler du manque flagrant de compétences qualifiées.
« Il faut dire que nous avons hérité de plus de neuf mille dossiers que nous sommes en train d’éplucher et d’étudier, un véritable travail de fourmi, indique t-il. D’après les premières constatations, on s’aperçoit qu’entre 70 et 80 pour cent des dossiers n’ont pas trait à la corruption, proprement dite, mais nous sommes obligés de tout voir. Certains dossiers de ce genre comportent des centaines de pages…
Plus encore, nous continuons de recevoir des plaintes touchant à des malversations survenues après la révolution ! Et vu le caractère et le statut permanent de l’Instance, elle est tenue de tout recevoir et de tout voir avec l’espoir que la situation s’améliore et que les choses s’éclaircissent.
Je reste optimiste, conclut Samir Annabi, quant à l’avenir car il s’agit d’un volet qu’il faut traiter absolument pour réussir le processus démocratique et pour garantir les droits humains et économiques de tout un chacun.
Après cette entrevue avec M. Annabi, nous sommes sortis avec l’impression qu’il s’agit d’un homme maîtrisant certes ses dossiers et plein de bonne volonté et d’enthousiasme, mais qui ne dispose pas, du moins dans l’état actuel des choses, des moyens nécessaires pour aller jusqu’au bout de ses convictions et de ses ambitions. Et même submergé par les piles de documents et les cartons pleins de dossiers, il reste confiant quant à la possibilité de s’acquitter de sa mission, délicate et difficile, mais non impossible.

Pour la petite histoire, il est utile de rappeler que faisant partie d’une lignée de juristes et de magistrats de grande droiture et connu pour son indépendance et sa neutralité politique, Samir Annabi était un candidat potentiel pour le poste de ministre de la Justice, mais les clivages partisans en ont voulu autrement.

Samir Annabi, président de l’INLUC : Nous avons plus de 9 mille dossiers à traiter, mais sans logistique humaine ni matérielle

publié le 10/05/2013 20:28


Les Tunisiens se rappellent de la Commission nationale d’investigations sur la corruption et les malversations (CICM) qui avait fait parler d’elle, notamment avec la transmission télévisée de la scène au Palais de Sidi Dhrif au cours de laquelle une véritable « caverne » d’Ali Baba a été découverte, le 19 février 2011, comprenant la somme colossale de plus de quarante et un millions de dinars et d’innombrables bijoux de valeur.
Les Tunisiens se rappellent, également, la polémique soulevée par cette découverte dans des coffres-forts, soigneusement dissimulés dans une imposante bibliothèque aux portes coulissantes, coïncidant avec le fameux sit-in de la Kasbah appelant à la chute du gouvernement de Mohamed Ghannouchi et à l’élection d’une Assemblée constituante.

Plus de deux ans après, que reste t-il de ladite CICM qui avait été créée, rappelons-le, sur décision de l’ancien président Ben Ali, et qui a été transformée en une Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUC), présidée par Me Samir Annabi, suite au décès du président initial de la Commission, Abdelfattah Amor ? A-t-elle gardé la même composition ? Quelles sont, désormais, ses prérogatives ? Quelles sont ses perspectives ?
Autant de questions auxquelles, M. Annabi a bien voulu répondre en nous recevant au siège de l’Instance, encore sis à l’Avenue Kheireddine Pacha.
Dans une évaluation de l’action menée par la défunte CICM, Samir Annabi estime qu’elle est, globalement, positive dans la mesure où, grâce à son entrée aux deux palais présidentiels de Sidi Dhrif et de Carthage, l’Etat a pu récupérer un ce « Trésor » qui a été, d’ailleurs, restitué à la Trésorerie générale, décharge et cachet à l’appui.
C’est grâce à ces fouilles dans les deux palais qu’ont été retrouvés de nombreux documents de la plus haute importance portant sur les affaires de malversations, de corruption, de détournements de fonds et autres marchés accordés, ça et là, à des proches de la famille régnante par complaisance ou moyennant commissions douteuses et pots-de-vin, dont notamment cette affaire de fonds spoliés et déposés dans des banques libanaises que l’Etat tunisien évalue à 28,8 millions de dollars (l’équivalent de plus de 40 millions de dinars).
C’est dire que la CICM a permis d’éviter la disparition d’un grand nombre de dossiers tout en transmettant à la justice plus de quatre cents dossiers touchant à des affaires de malversations, des décisions de justice contestées.
Toutefois, M. Annabi considère que des erreurs ont été commises dans le choix de certains de ses collaborateurs à la CICM par feu Abdelfattah Amor. Des erreurs qu’il met sur le compte de la bonne foi, sachant que tous les membres de ladite Commission ont travaillé bénévolement.
Passant à l’état actuel des choses, Samir Annabi nous révèle que tous les membres de la CICM sont partis après sa mutation en Instance nationale de lutte contre la corruption. « Bien sûr, j’ai procédé à la mise sur pied d’une nouvelle composition, assure M. Annabi qui a pris, officiellement, ses fonctions à la tête de l’Instance le 29 mars 2012. La liste est prête depuis la fin de l’an passé, mais les multiples événements, inhérents à la crise gouvernementale qui a duré plusieurs mois, ont fait retarder la publication officielle des noms de ces membres.
Il faut dire qu’il est excessivement difficile de trouver des hommes compétents, indépendants politiquement et idéologiquement et qui acceptent d’exercer à titre bénévole. « En somme, il faut dénicher plusieurs oiseaux rares à la fois », avoue M. Annabi avec une pointe d’humour.
L’Instance sera divisée en deux organes. D’abord, le Conseil composé de représentants de magistrats appartenant au Tribunal administratif et à la Cour des comptes, aux organisations nationales (UGTT et UTICA), aux médias, ainsi que des experts, un sociologue et un psychiatre.
Ensuite, il y aura le Comité de prévention et d’investigation qui sera chargé de mettre en place toute une politique nationale pour l’éradication de la corruption, érigée en culture sociale. Il faudra trouver l’équilibre entre une approche basée sur les sanctions sévères et sur l’action éducative sérieuse tout en tirant les enseignements des expériences des autres pays.
Cette situation d’attente, précise encore Samir Annabi, nous impose de travailler avec le personnel permanent composé de hauts fonctionnaires détachés et en l’absence d’une logistique humaine et matérielle sans parler du manque flagrant de compétences qualifiées.
« Il faut dire que nous avons hérité de plus de neuf mille dossiers que nous sommes en train d’éplucher et d’étudier, un véritable travail de fourmi, indique t-il. D’après les premières constatations, on s’aperçoit qu’entre 70 et 80 pour cent des dossiers n’ont pas trait à la corruption, proprement dite, mais nous sommes obligés de tout voir. Certains dossiers de ce genre comportent des centaines de pages…
Plus encore, nous continuons de recevoir des plaintes touchant à des malversations survenues après la révolution ! Et vu le caractère et le statut permanent de l’Instance, elle est tenue de tout recevoir et de tout voir avec l’espoir que la situation s’améliore et que les choses s’éclaircissent.
Je reste optimiste, conclut Samir Annabi, quant à l’avenir car il s’agit d’un volet qu’il faut traiter absolument pour réussir le processus démocratique et pour garantir les droits humains et économiques de tout un chacun.
Après cette entrevue avec M. Annabi, nous sommes sortis avec l’impression qu’il s’agit d’un homme maîtrisant certes ses dossiers et plein de bonne volonté et d’enthousiasme, mais qui ne dispose pas, du moins dans l’état actuel des choses, des moyens nécessaires pour aller jusqu’au bout de ses convictions et de ses ambitions. Et même submergé par les piles de documents et les cartons pleins de dossiers, il reste confiant quant à la possibilité de s’acquitter de sa mission, délicate et difficile, mais non impossible.

Pour la petite histoire, il est utile de rappeler que faisant partie d’une lignée de juristes et de magistrats de grande droiture et connu pour son indépendance et sa neutralité politique, Samir Annabi était un candidat potentiel pour le poste de ministre de la Justice, mais les clivages partisans en ont voulu autrement.


Noureddine HLAOUI
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