Retournement de burnous

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Par Nizar BAHLOUL

La nouvelle République tunisienne commence à avoir son nouveau jargon. Désormais on commence tous ses discours par évoquer Allah, comme l’exige la sunna du Prophète, du reste.
Si on garde les fondamentaux classiques de servitude, il était obligatoire de changer de vocabulaire. Désormais, on ne parle plus de retournement de veste, mais de retournement de burnous. Ou de retournement de jebba. Cela dépend pour qui vous faites allégeance.
Autres fondamentaux pour lesquels nous sommes restés fidèles : s’attaquer à l’opposition et aux médias. Les proches du parti au pouvoir, et ils sont devenus très nombreux, s’en donnent à cœur joie.
L’ancien jargon utilisé et usé par le RCD est toujours de mise : l’opposition et les médias mettent les bâtons dans les roues du pouvoir, ils veulent saboter la bonne marche du pays, ils ne comprennent pas l’intérêt suprême de la nation, où étaient-ils avant, etc.
Juste de tous petits changements. Avant, on disait que l’opposition était inféodée à des puissances étrangères qui veulent du mal à la Tunisie. Aujourd’hui, on dit qu’elle est nostalgique à Ben Ali ou/et aux Occidentaux laïcs et mécréants.
Même Ennahdha a cédé à la symphonie et a commencé, via sa jeunesse et son journal, à attaquer les voix qui osent critiquer le pouvoir.
Bourguiba, Ben Ali ou Jebali, tous pareils, ils sont nos chefs et à nos chefs on se doit d’être serviles.

Le président de la République a demandé une trêve de six mois. Le bonhomme est là pour un an et il demande six mois de trêve.
N’est-il pas extraordinaire notre président bien aimé, si simple, si bon, si beau (avec son burnous), si généreux ? Il ne pense qu’à notre intérêt !
Il ne réinvente pas la roue notre président, il a exactement copié-collé ce qu’ont fait ses prédécesseurs. Bourguiba a lui aussi demandé une trêve et a demandé à l’opposition de l’aider à construire le pays. Ben Ali, aussi, a demandé une trêve et a invité l’opposition à mettre la main à la pâte. Mohamed Ghannouchi, dès son entrée, a eu la même phrase de trêve, tout comme Béji Caïd Essebsi.
Qu’est-ce qu’il a dit, alors, Marzouki ? Quelle a été sa réaction aux Kasbah 1 et 2 et à la Kasbah 3 un certain 15 juillet ? Zut, j’ai oublié ! (et ne dites pas que je m’autocensure).

Dans son extrême générosité et sa belle clairvoyance, notre cher président en burnous (il ne faut pas dire président provisoire parait-il) Marzouki a eu cette ingénieuse idée de vendre les palais présidentiels. Et après les palais, il envisagera, peut-être, la vente des stades de foot et salles de théâtre, question de renflouer les caisses et résorber le chômage.
Cette vente de châteaux des mille-et-une nuits va, semble-t-il, résoudre les problèmes de l’emploi en Tunisie. D’ores et déjà, on va en créer une cinquante avec des salaires dignes de cette Tunisie nouvelle. Chaque ancien chômeur a eu droit à un poste à 3000-4000 dinars de salaire, des primes, une Mercedes (ou une Audi) et même des bons de carburant ! Ah ce qu’ils vont être heureux nos nouvelles recrues. Ah ce qu’ils vont être heureux les actionnaires du Moteur et d’Ennakl !
Et en application du vieil adage tunisien que « l’aumône ne peut se prévaloir qu’après assouvi la faim des habitants de la maison », on a commencé par distribuer des postes de travail aux parents, aux cousins, à la belle famille et même à nos stars sportives. Ah ce qu’il est généreux notre président !

Naturellement, tout le monde ne va pas être content et l’opposition et les médias vont encore rouspéter et discuter ces choix intelligents de notre président. Comme d’habitude !
Mais c’est qu’ils cherchent toujours anguille sous roche cette opposition et ces médias ! Rien ne leur plait ! Qu’est-ce qu’ils veulent ? Qu’on leur ramène Ben Ali ? Qu’on efface nos traditions arabo-islamiques ? Pourquoi ne comprennent-ils que c’est le choix du peuple ? Pourquoi ne sont-ils pas fair-play ? Pourquoi ne laissent-ils pas notre cher président et son calife travailler tranquillement ? Pourquoi ont-ils toujours quelque chose à dire ?

Finalement, révolution ou pas, la Tunisie demeure fidèle à ses traditions et à ses réflexes. Aux mêmes conditions, les mêmes réactions.
Quand Ben Ali était au pouvoir, il pensait sincèrement qu’il servait son pays. Même en se servant royalement dans la caisse, en octroyant de gros marchés aux siens, il se disait (pour se donner bonne conscience) qu’il était en train de créer de l’emploi aux Tunisiens et de la valeur ajoutée pour la Tunisie.
L’opposition, et la presse audacieuse, il les regardait comme étant des incapables au service de parties occultes cherchant à arrêter la bonne marche de la Tunisie.
Aujourd’hui, Ben Ali est parti. L’opposition qui rouspétait hier a continué à rouspéter aujourd’hui. La presse audacieuse d’hier continue à l’être aujourd’hui. Seul petit changement, la presse bâillonnée et menacée qui se taisait ou parlait difficilement entre les lignes a trouvé sa liberté de parler.
Le pouvoir, quant à lui, est resté fidèle à ses réactions. Le pouvoir, c’est le pouvoir. Il veut travailler et s’attend à être remercié et applaudi. Quand les remerciements et les applaudissements font défaut, le pouvoir réagit d’une manière identique.
Il n’a toujours pas compris qu’une opposition et une critique (aussi virulentes soient-elles) ne sont que le reflet d’une bonne santé démocratique.

L’Assemblée constituante est mal partie avec ses décisions discriminatoires. Le président, avec son burnous, est mal parti avec ses décisions populistes. Le gouvernement semble mal parti avec 51 ministres et un véritable gouvernement parallèle de ministres délégués et de ministres conseillers.
L’autre qui demande une trêve aimerait qu’on taise tout cela et qu’on les attend d’avoir commencé à travailler pour critiquer et dénoncer. On ne doit rien dire quand on les voit prendre de mauvaises décisions. On doit se taire quand on les voit tromper les Tunisiens avec des discours populistes.
On ne doit pas réagir quand on se fait traiter de traitres et de déchets.
Et si on ne se tait pas ?
On commence par les insultes qui intimident (on y est déjà, il suffit de lire les commentaires dans les forums de discussion, sur Facebook et dans certains médias).
Puis arrivent les pressions sur les annonceurs publicitaires (Nessma TV y est déjà). Juste après les pressions de la CNSS et du fisc.
Puis les convocations par le juge d’instruction suite à une déclaration ou un article et puis tout l’appareil de répression classique (c’est pour quand ?).

Chers opposants, chers confrères, vous êtes avisés si vous ne vous décidez pas de vous taire. Si vous voulez être ménagés, respectez la trêve et retournez votre burnous.
Sinon, préparez-vous à avoir les reins solides pendant une vingtaine d’années (minimum) à subir la colère du pouvoir. Si vous tenez le coup, et à l’issue de ces vingt ans, vous aurez (peut-être) une chance de devenir ministre en récompense à votre endurance.
110 commentaires
Bravo opposition
anonyms |23-12-2011 12:04
Mr Nizar Bahloul on voit bien que vous aimer critiquer mais vous n'aimer pas etre critique.
Cher monsieur la democratie est d'accepter le deux. L'oposition (faite partie d'apres vos ecris) a toute interet de faire de proposition constructive et n'ai pas faire la promotion des polimiques. ce qu'on voit aujourd'hui que l'opposition s'oppose a une majorité que n'ai meme pas au pouvoir. c'est reducule !!.
Bon article
Tunisienne |22-12-2011 13:36
Bon article qui résume la situation en Tunisie. Comme quoi, vous êtes prévenus!
Je crois que la démocratie dans les pays arabes ne va pas venir du jour au lendemain comme on l'a vu pour le Portugal et les pays de l'est car tout simplement aucun lobby et aucune puissance mondiale ne soutiennent aujourd'hui les forces démocratiques et laîques dans les pays arabes.
@Jijou
Tunisienne |22-12-2011 13:31
Puisque personne ne tire des leçons de l'histoire, il faut aux arabes une autre période dictatoriale- cette fois religieuse- pour enfin comprendre la nécessité de séparer l'Etat de la religion.
Aujourd'hui, les arabes croient qu'un parti religieux pourrait, non restaurer la démocratie car ils s'en fichent, mais restaurer les bonnes moeurs et la morale religieuse.
Par ailleurs, je voudrais poser la même question aux français concernant les partis d'extrême droite et les cathos radicaux qui montent dans les sociétés occidentales pourtant de tradition démocratique.
juste une reponse àjijou
alaya |21-12-2011 02:30
Pourquoi faut-il se référer à la France qd il s'agit des anciennes protectorats? peut etre inconsciemment ses peuples sont des barbares incultes et on doit penser pour eux? et le jour ou ils arrachent leur indépendence (23/10/2011), on s'étonne qu'ils ne font pas comme nous! Bizarre car la laicité en france signifie la neutralité de l'état vis à vis des réligions et l'Islam adhère à cela sans ambiguité, et les Français musulmans souffrent de l'impartialité de l'état et du non respect de la laicité. et avant cela M. jijou je vs invite à lire sur l'Islam et vs allez conclure que cette réligion est universelle et ne reconnait pas Homme de Mosquée face à Homme politique et que toute la terre est une mosquée pour la musulman et que ttes les actions qu'accomplie le musulman qqsoit son poste pourrait se traduire en une adoration, à l'opposé de l'église catholique qui place le religieux en interposition permanente entre le cytoyen et Dieu. et pour conclure la Tunisie est un pays indépendant, qu'il est débordé de compétence de ses enfants, riche par son histoire, issu d'une grande civilisation islamique et restera ouverte à toute autre civilisation ou culture du monde entier, et enfin les investisseurs Français seront plus gagnants en respectant le choix du Grand peuple Tunisien.
@zou
roufa |20-12-2011 16:38
ou a quel point ce n'est pas vrai!!!! quand votre "vérité" n'est pas la mienne ,ça dérange aussi,d'ou envie de commenter:)et de communiquer ma "vérité".conclusion:ce ne sont donc pas des vérités mais des points de vue que chacun défend!mais le chauvinisme,c quand on défend un point de vue en croyant fermement que c'est la vérité pure est simple,que c l'evidence meme , d'ou extremisme,agressivité,stagnation....et vous connaissez la suite:)
Lucide
zou |20-12-2011 14:59
Pour ma part je ne peux que constater que vu le nombre de commentaires "négatifs " ,á quel point la vérité dérange !!!!
Quel plaisir à te lire
Elyes |20-12-2011 11:44
Que le discours soit vrai ou faux, chacun a sa propre opinion. Mais quel plaisir de lire de telles critiques après 50 ans de bouches cousues. De toutes façons tous ces lecteurs et commentateurs qu'ils soient avec ou contre BN, aiment le lire et qu'ils ne me disent pas le contraire. Il suffit de regarder le nombre de commentaires postés, après un article de BN. Par contre l'unique chose qui me dérange c'est les insultes, qui ne changeront pas d'ailleurs l'opinion de BN, alors soyons plus civilisés. Et pourvu que cette liberté de paroles ne s'éteint à jamais.
@lambda
Ergo sum |20-12-2011 11:41
Je te crois...
a ergo sum
lambda |20-12-2011 11:26
STP, je t'ai déjà démenti à trois reprises cette information. tu peux bien sûr persister à le croire, mais sache que ce n'est pas vrai une fois pour toutes. et je demande expressément à businessnews de démentir avec moi cette histoire et de cesser de publier ces commentaires diffamatoires d'ergo sum que je cesse de respecter à partir de l'instant puisqu'il prend ses idées pour des vérités. lui qui parle de QI ! mon Q !
suite
Ergo sum |20-12-2011 10:48
Les français faut qu'ils comprennent qu'on traitera désormais d'égal à égal et que leurs investissements en Tunisie ne sont pas caritatifs mais plutôt de profit parce que notre climat socioculturel en est propice mais ça tu ne le comprendras pas!
Enfin, Ghalioun est notre invité et non pas le sien, c'est BCE qui l'a invité et on est fier (nous les révolutionnaires) de la présence du conseil sur nos terres, nous avons fait notre révolution et devons aider les voisins à s'émanciper des dictatures et tous ceux qui étaient manifester ne sont pas patriotes et ne nous représentent pas voire ne nous honorent pas!
Et tu sais, à causes des personnes comme toi, j'ai fini par me persuader qu'une bonne partie des gens méritaient l'inculte déchu! Heureusement que nous avons fait la révolution et nous la défendrons quel qu'en soit le prix!
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