Pas touche à la fonction publique !

Businessnews.com.tn | publié le 18/10/2017 15:59
Par Marouen Achouri,

Comme nous l’avions déjà noté, le document de la Loi de finances 2018 ne spécifie, en aucune manière, les dépenses de l’Etat. Et qui dit dépenses de l’Etat, dit salaires de la fonction publique. Il s’agit du principal problème des finances publiques tunisiennes.

 

L’Etat tunisien emploie bien plus de fonctionnaires qu’il n’en a réellement besoin. Une situation de sureffectif à laquelle vient s’ajouter une mauvaise répartition. Nous n’avons pas assez d’enseignants, pas assez de personnel médical, mais nous avons un ministère de l’Agriculture, par exemple, qui a recruté près de 30.000 personnes pour la seule année 2012.

 

Il n’est rien de plus difficile que d’expliquer l’évidence, et c’est le problème qui se pose à Youssef Chahed. Supposons en lui d’abord la réelle volonté de régler ce problème. Il y a eu une pseudo-solution qui consiste à faire partir un maximum de fonctionnaires en retraite anticipée mais le mouvement n’a pas suivi, et même si ça avait été le cas, il aurait quand même fallu les payer et l’opération aurait été dévolue aux caisses sociales dont l’état est déjà suffisamment alarmant.

La logique, la transparence et l’honnêteté voudraient que le fonctionnaire obéisse aux mêmes règles de management et de gestion que les entreprises privées. Productivité, ponctualité, qualité du service, esprit d’innovation et de proposition sont autant d’atouts valorisés dans le secteur privé mais qui n’ont aucune existence dans la fonction publique. Ce sont des qualités qui peuvent exister chez certains fonctionnaires mais toujours à titre individuel, sans que cela ne devienne une politique. Par conséquent, quand ces qualités existent chez un employé du privé, il est augmenté et promu. Dans la fonction publique, on est promu et augmenté sans avoir aucune de ces qualités parce que la productivité n’est, à aucun moment, prise en compte et valorisée.

 

Lier les augmentations de salaire à des critères de productivité et d’efficacité, se séparer des éléments non productifs et perturbateurs, éviter les recrutements inutiles et mieux déployer le pouvoir de l’Etat, y a-t-il plus évident que cela ?

Et pourtant, c’est loin d’être acquis. L’UGTT a dit que les entreprises publiques étaient « une ligne rouge » et qu’il serait néfaste pour qui que ce soit de s’y frotter. L’UGTT tente de préserver les « fiertés nationales » que sont ces entreprises déficitaires. Des entreprises qui sont renflouées chaque année par le contribuable qui, en plus, se trouve confronté à la mauvaise qualité de leur service et de leur absence d’efficacité. Une espèce de dogme intouchable entoure ces entreprises publiques et on ne peut y toucher sans déclencher l’ire de la centrale syndicale.

Le problème, le vrai, c’est que le gouvernement actuel n’a pas le courage d’affronter la colère du syndicat. Si Youssef Chahed se met à dos l’UGTT, il se retrouvera tout seul, sans aucun soutien politique conséquent, et il ne veut pas en arriver là. L’UGTT protège Youssef Chahed dans une espèce d’opération de racket organisé et implicite. Donc, on reste dans cette situation d’immobilisme qu’on sait tous intenable sur le moyen et le long terme, mais personne ne fait rien pour que ça change. On se dirige tout droit dans le mur et personne n’a le courage d’appuyer sur la pédale de frein.

 

L’Histoire se rappellera que nous avions, en tant que pays, une fenêtre favorable de tir pour nous sortir définitivement d’une situation de décadence et de faillite. L’Histoire notera que nous l’avons ratée, que nos gouvernants n’ont pas eu le courage suffisant de couper avec les pratiques du passé. La révolution a changé beaucoup de choses en Tunisie mais elle n’a pas dépassé les hautes murailles de la gestion de l’Etat.

Pas touche à la fonction publique !

Par Marouen Achouri, publié le 18/10/2017 15:59

Comme nous l’avions déjà noté, le document de la Loi de finances 2018 ne spécifie, en aucune manière, les dépenses de l’Etat. Et qui dit dépenses de l’Etat, dit salaires de la fonction publique. Il s’agit du principal problème des finances publiques tunisiennes.

 

L’Etat tunisien emploie bien plus de fonctionnaires qu’il n’en a réellement besoin. Une situation de sureffectif à laquelle vient s’ajouter une mauvaise répartition. Nous n’avons pas assez d’enseignants, pas assez de personnel médical, mais nous avons un ministère de l’Agriculture, par exemple, qui a recruté près de 30.000 personnes pour la seule année 2012.

 

Il n’est rien de plus difficile que d’expliquer l’évidence, et c’est le problème qui se pose à Youssef Chahed. Supposons en lui d’abord la réelle volonté de régler ce problème. Il y a eu une pseudo-solution qui consiste à faire partir un maximum de fonctionnaires en retraite anticipée mais le mouvement n’a pas suivi, et même si ça avait été le cas, il aurait quand même fallu les payer et l’opération aurait été dévolue aux caisses sociales dont l’état est déjà suffisamment alarmant.

La logique, la transparence et l’honnêteté voudraient que le fonctionnaire obéisse aux mêmes règles de management et de gestion que les entreprises privées. Productivité, ponctualité, qualité du service, esprit d’innovation et de proposition sont autant d’atouts valorisés dans le secteur privé mais qui n’ont aucune existence dans la fonction publique. Ce sont des qualités qui peuvent exister chez certains fonctionnaires mais toujours à titre individuel, sans que cela ne devienne une politique. Par conséquent, quand ces qualités existent chez un employé du privé, il est augmenté et promu. Dans la fonction publique, on est promu et augmenté sans avoir aucune de ces qualités parce que la productivité n’est, à aucun moment, prise en compte et valorisée.

 

Lier les augmentations de salaire à des critères de productivité et d’efficacité, se séparer des éléments non productifs et perturbateurs, éviter les recrutements inutiles et mieux déployer le pouvoir de l’Etat, y a-t-il plus évident que cela ?

Et pourtant, c’est loin d’être acquis. L’UGTT a dit que les entreprises publiques étaient « une ligne rouge » et qu’il serait néfaste pour qui que ce soit de s’y frotter. L’UGTT tente de préserver les « fiertés nationales » que sont ces entreprises déficitaires. Des entreprises qui sont renflouées chaque année par le contribuable qui, en plus, se trouve confronté à la mauvaise qualité de leur service et de leur absence d’efficacité. Une espèce de dogme intouchable entoure ces entreprises publiques et on ne peut y toucher sans déclencher l’ire de la centrale syndicale.

Le problème, le vrai, c’est que le gouvernement actuel n’a pas le courage d’affronter la colère du syndicat. Si Youssef Chahed se met à dos l’UGTT, il se retrouvera tout seul, sans aucun soutien politique conséquent, et il ne veut pas en arriver là. L’UGTT protège Youssef Chahed dans une espèce d’opération de racket organisé et implicite. Donc, on reste dans cette situation d’immobilisme qu’on sait tous intenable sur le moyen et le long terme, mais personne ne fait rien pour que ça change. On se dirige tout droit dans le mur et personne n’a le courage d’appuyer sur la pédale de frein.

 

L’Histoire se rappellera que nous avions, en tant que pays, une fenêtre favorable de tir pour nous sortir définitivement d’une situation de décadence et de faillite. L’Histoire notera que nous l’avons ratée, que nos gouvernants n’ont pas eu le courage suffisant de couper avec les pratiques du passé. La révolution a changé beaucoup de choses en Tunisie mais elle n’a pas dépassé les hautes murailles de la gestion de l’Etat.

Commentaires (11) Commenter
On s'en fout, le pays est déjà en faillite
el manchou
| 19-10-2017 15:19
Le pays est techniquement en faillite et on s'en fout, les fonctionnaires vont continuer à être augmentés avec de la monnaie de singe et le pays continuera dans les crédits et encore des crédits.
Explosion sociale
Limou
| 19-10-2017 14:08
Les solutions pour résoudre les problèmes du pays sont connus: désengagement de l'état des secteurs concurrentiels, licenciement des fonctionnaires inutiles, limiter la compensation des produits mais il faudra s'attendre à une explosion sociale alors c'est le statut quo. Aucun gouvernement n'aura le courage de prendre des mesures douloureuses jusqu'à la faillite de l'état!
La faillite et après?
Rationnel
| 19-10-2017 13:39
"le gouvernement n'a pas le courage d'affronter la colère du syndicat... on reste dans cette situation d'immobilisme".

On a rate notre chance pour éviter la faillite et améliorer l'économie. Le gouvernement va maintenir le même rythme de dépenses, déficit et un sureffectif monstre dans la fonction publique. On se demande quand la situation deviendra insoutenable et quand le FMI décidera de ne plus octroyer des fonds a la Tunisie? L'endettement extérieur a grimpé de 40% en 2010 à environ 70% en 2017, a ce rythme on va atteindre les 100% en 2019 ou 2020.
Et Sabeur Ragoubi du groupe de Soliman
Amor
| 19-10-2017 07:50
Sabeur Ragoubi, condamné à mort dans l'affaire du groupe terroriste de Soliman, pour avoir assassiné un colonel de l'armée, a été récompensé après la révolution de jasmin.
Il a été recruté dans l'une des directions régionales du ministère de l'agriculture "Sousse".
Voilà où l'argent du contribuable est dépensé .
Manque de courage + Trahdin
Khneji
| 18-10-2017 20:34
Le gouvernement n a pas le courage de confronter l UGTT! Les 204 partis sont presque tous unanimes que le secteurs public represente une HEMORRAGIE a notre economie Mais ces partis ferment les yeux (Trahdin pour l ugtt ) si Mr CHAHED tente de prendre une decision je vous assure qu il se retrouvera tout seul en face de la bande de l ugtt!
trop de fonctionnaires = inflation ......
Software
| 18-10-2017 20:02
150 000 en Suisse, 8 m h ... ils n'y a plus d'emploi à vie, doivent ètre aussi efficaces que dans le privé, sinon dehors ...
sachant qu'un salaire versé à un fonctionnaire qui fait rien, crée de l'inflation, ce qui explique le franc suisse monnaie forte, et le dinar ...
Le nombre de fonctionnaires tunisiens est 3 plus élevé qu'au Maroc
kameleon78
| 18-10-2017 18:53
https://directinfo.webmanagercenter.com/2016/12/13/tunisie-le-nombre-de-fonctionnaires-est-3-fois-plus-eleve-quau-maroc/
C'est l'évidence même !
A4
| 18-10-2017 18:19
La fonction publique est une oeuvre de charité !!!
Le vampire
Chad 48
| 18-10-2017 18:01
La fonction publique depuis 2011 sous le gouvernement BCE a recruté les ouvriers en sous traitance par milliers ensuite la Troïka a recruté des ignares et illettrés par milliers et donc il faut démanteler ce "Vampire" qui bouffe plus que la moitié du budget
@LIBRESPRIT
Ahlem
| 18-10-2017 17:46
Depuis quand Ernest Hemingway est philosophe?
Votre commentaire
(*) champs obligatoires
Conditions d'utilisation
Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne reflètent pas l'opinion de la rédaction.
La publication des commentaires se fait 7j/7 entre 8h et 22h. Les commentaires postés après 22h sont publiés le lendemain.
Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ou contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.
Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

» Cliquer ici pour lire les conditions d'utilisation et les règles de mod�ration