Non à une Tunisie médiocre

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Par Aymen JEGHAM
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C’est avec un grand désarroi que nous nous sommes mis à l’écriture de cet article qui se veut être un constat d’une réalité -certes douloureuse- d’un pays à genoux, de compétences gaspillées et marginalisées et d’une fantastique opportunité gâchée pour introduire des réformes structurelles, sociales et culturelles qui auraient fait de la Tunisie un petit paradis sur terre. Ce constat est aussi porteur d’un message d’espoir, en ces temps difficiles, appelant à l’unité de tous les tunisiens, abstraction faite de leurs idéologies et de leur background.

Tout d’abord ce qui s’est passé en Tunisie n’est que la première phase d’une révolution qui a commencé par une révolte populaire ayant besoin d’être accompagnée et orientée vers la bonne direction - pour ne pas aboutir à une impasse, voir à un mouvement rétrograde qui plongerait le pays dans l’obscurantisme pour plusieurs décennies, si on est optimiste. Tout compte fait, ce mouvement a plusieurs sens, à la fois complexes et imbriqués. Au lieu de se lamenter sur notre sort, on peut être pragmatique et considérer ce qui s’est passé comme une bonne opportunité mettant fin à des idées fausses qu’on avait d’une Tunisie moderne. Cette opportunité nous a ouvert les yeux sur une Tunisie qu’on ne voulait pas voir auparavant, une Tunisie marginalisée, une Tunisie médiocre…

Plusieurs raisons nous poussent, en tant que Tunisiens ayant la chance de résider à l’étranger et ainsi de voir comment fonctionnent les Etats bien huilés, hélas à faire ce constat : « la médiocrité a gangréné le pays à tout les niveaux ». Tous les acquis que la Tunisie trois fois millénaire s’est construite tout au long de son histoire, ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Le système éducatif qui fut jadis une fierté nationale a perdu son aspect qualitatif (la première université Tunisienne est classée à un solide 6719 rang mondial !!).

Le développement économique aux antipodes de l’équité qui a pris place ces deux dernières décennies, a nourri une culture de l’individualisme, de l’opportunisme, de la corruption mais surtout, ça a nourri une haine sociale que l’on voit tous les jours maintenant. Les Tunisiens si fiers, si unis aux premiers couvre-feux il y a un an et demi, n’hésitent plus à s’entretuer aujourd’hui.

Cette médiocrité n’a pas épargné notre classe politique (aussi bien Troïka qu’opposition), qui –semblerait-il - a pour seul projet d’être au pouvoir. En effet nos politiciens n’hésitent pas à user de coups bas, alignant fausse déclaration après fausse déclaration, contradiction après contradiction. Ça va jusqu'à jouer avec les sentiments religieux des citoyens les incitants à s’entretuer. La religion étant le dernier nid où le Tunisien aspirerait à un peu de quiétude, de réconfort et de paix dans la vie de misère que la Tunisie médiocre lui offre, sans rêves, sans aspirations et sans horizons.

On comprendra alors qu’on mâche encore et toujours depuis bientôt deux ans les thèmes de l’identité arabo-musulmane, tant que ca permette de faire passer sous silence la dégradation de la note souveraine du pays, de la fonte comme neige au soleil des réserves en devise de la banque centrale, le show judiciaire d’une justice partiale s’agissant des résidus mauves de l’ancien régime, désormais bleus révolutionnaires, ou encore la catastrophique image que donne le pays de sa révolution. Mais d’après la dernière déclaration des officiels, notre tourisme est sur la bonne voie !!

D’un autre côté, la médiocrité de l’opposition est telle qu’ils n’arrivent pas à s’unir depuis presque deux ans. Ils ont sensiblement le même projet, constituent d’un point de vue qualitatif, une alternative viable et sérieuse, mais ne s’unissent toujours pas, ce qui les empêche de se constituer une base populaire. Individualisme quand tu nous tiens…

Tant que l’opposition ne prendra pas le relais de la société civile, médias et médias alternatifs ; l’équation restera déséquilibrée et on ne parlera dans ce pays arabo-musulman, que d’identité arabo-musulmane. On n’abordera jamais les questions qui nous hantent l’esprit depuis des mois, telles que : Pourquoi n’approuve-t-on pas les circulaires 115 et 116 pour avoir les 20 milliards d’euro de financement que le gouvernement BCE a collectés lors du G8 ? Quelle est la stratégie à suivre pour stopper l’hémorragie des compagnies qui quittent notre pays pour le Maroc ? Quand est-ce qu’on va en finir avec cette mascarade de la rédaction du destour ? Sur quelle base nomme-t-on les officiels et hommes d’état ? Comment va-t-on rassurer nos investisseurs locaux et étrangers ? Après tout, c’est eux qui vont employer les jeunes qui ont été à l’origine de cette révolution. Aux dernières nouvelles ces jeunes voulaient la dignité, la liberté et le travail.

Tant qu’on ne parlera pas de ces sujets, tant qu’on continuera à diviser pour mieux régner, la Tunisie continuera de se dégrader, de se « médiocriser ». Les routes sont de plus en plus sales, les gens de moins en moins civilisés, sur la route, aux marchés, dans les administrations, partout. On est loin de la Tunisie qui a vu naitre des réformateurs de la pointure d’ « Ibn Khaldoun, Ahmed Ibn Abi Dhiaf, Kheireddine Tounsi, Abou Al Kacem Al Chebbi et on en passe ».

La limite entre deux extrémités est infiniment petite, on peut basculer dans l’anarchie comme on peut basculer dans la construction d’une Tunisie qui donne de l’espoir. Au moins maintenant nous avons un diagnostic objectif de la situation du pays, loin de l’image rose, ou mauve dirons-nous que l’on avait avant. Les chantiers à attaquer sont connus alors construisons.

N’oublions jamais que nous sommes les descendants de l’immense Hannibal Barca qui a un jour dit en traversant les Alpes : « Nous trouverons un chemin ou nous en ferons un », trouvons le chemin ou construisons-en un alors !!

Vive la Tunisie et vive les Tunisiens.

* Consultant en Management
34 commentaires
Beau parleur
Sarah Mas. |18-06-2012 23:38
Jegham ? Ca me dit quelque chose... Fils du ministre déchu ou cousin on neveu ?
Beau parleur, la modestie n'est pas votre fort vue que vous mettez en avant votre poste actuel :)
Dont on se contrefiche complètement ;)
Encore une personne qui analyse sans nous donner de réel solution ... C'est bien !!! Vous avez un rapport complet de la situation mais vous seriez encore plus fort si vous nous mettez en avant avec ce rapport une solution concrète ... Rapporté un problème c'est bien mais le résoudre c'est mieux !
Je reconnais bien là mes chers voisins fils à papa maître de la Tunisie qui osent parler du haut de leur trône de solutions à des problèmes qui ne les concernent pas du tout ...
Article équilibré
PERITOTIME |18-06-2012 18:21
Sa plus grande qualité étant de parler des revolutionnaires à la troisième personne. L'opposition gagnerait à admettre que les laics qui ont participé a la révolution sont plutot du côté d'Eyakatol ou du CPR. Le fait d'avoir soutenu la dictature ne doit pas empecher l'opposition de participer au débat et d'exprimer des apprehensions compréhensibles envers les islamistes, mais la premièr des pré-requis est la clarté.
Vive la Tunisie et les traitres finiront toujours par payer leur trahison
Tounsi |18-06-2012 10:35
Vous dite « la médiocrité a gangréné le pays à tout les niveaux ». Tous les acquis que la Tunisie trois fois millénaire s'est construite tout au long de son histoire, ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Le système éducatif qui fut jadis une fierté nationale a perdu son aspect qualitatif.
C'est un constat douloureux moi j'ajouterais le mot corruption qui à gangréné le pays mais par contre je ne comprends pas de quel acquis vous parlez qui ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes ???
Vous dite aussi : Pourquoi n'approuve-t-on pas les circulaires 115 et 116 pour avoir les 20 milliards d'euro de financement que le gouvernement BCE a collectés lors du G8 ? Franchement là ou bien vous êtes mal renseigné ou bien vous êtes de mauvaise foi ? BCE n'a rien collecté au G8 et une promesse n'est pas une obligation. L'Egypte aussi est dans le même cas de figure que la Tunisie et se n'est pas à cause des circulaires 115, 116 ou 999.
@ Sahibohimar / @ Karim
Aymen JEGHAM |18-06-2012 09:14
Je vous remercie tout de même de l'intérêt que vous avez porté à notre article. Ceci dans la continuité du nous qu'on a employé au début de l'article. Donc détrompez vous monsieur je ne prends pas mon peuple de haut, c'est article que j'ai écrit conjointement avec Mr Dhia Rebii qui est mon ami et dont on se partage les mêmes idées et les mêmes valeurs, mais pour des « raisons techniques »que je n'arrive pas à comprendre, il n'y a que mon nom qui est apparu'Bref l'essentiel le message passe'
Je reviens sur votre post, pour vous dire monsieur, que je m'engage sur ce que j'écris, non pas sur ce que vous comprenez'
Le tunisien est certes affairiste , mais est solidaire, a un énorme potentiel qui a été malheureusement bafoué lors de l'ère Ben Ali qui n'a fait qu'aligner les gens à son niveau pour qu'il puisse être à même de gérer le pays, d'où l'idée d'instaurer un système quantitatif au lieu d'un système qualitatif'
Les gens du centre ont du potentiel mais malheureusement sont dépourvus de moyens qui les retiennent à chaque fois ou ils sont dans un élan de création d'où la Tunisie sans rêves, sans avenir'
Je respecte tout de même votre vision mais je n'y adhère pas parce que je pense que notre seul atout c'est notre capital humain, d'où la nécessité d'attaquer le chantier de l'éducation, la formation le plutôt possible'
@ Karim : On a déjà parlé au tout début que ce qui s'est passé en Tunisie, n'est pas une révolution, c'est juste les prémices d'une révolution, une révolte rattrapé d'un coup d'état constitutionnel si je me permets de le dire'après si ces événements on été rattraper par les Etats Unis, ceci ne m'étonnera guère 'n'empêche il faudra quand même se libérer de notre posture victimaire et prendre les choses en main 'Les Etats Unis est derrière l'ordre marchand de cette planète, il faudra composer avec intelligemment l'avoir comme allié plutôt comme ennemi'Et surtout capitaliser sur la formation des gens qui est certes un investissement à long terme qui portera ces fruits à Long terme mais c'est le vrai chantier à attaquer.
Bonne journée à tous
@Sahibolhimar 2
Dr didi |17-06-2012 15:29
Cher Mr

C'est en connaissance de cause et apres avoir fait un travail de recherche extensif que je me permets de porter a votre attention quelques elements d'informations:
-Tout d'abord l'histoire est toujours ecrite par les victorieux, Rome avait besoin d'une excuse pour pouvoir raser Carthage de la carte, ils avaient besoin d'avoir le soutien des tribus, pays ou Carthage avait ses comptoirs commerciaux, ils ont donc invente cette histoire. Voici une etude de l'universite de Pittsburgh a ce sujet: http://www.freerepublic.com/focus/f-chat/2453408/posts. Meme dans les ecrits du propagandiste "Livi" on trouve des inconsistances aberrantes qui vont dans ce sens. Ce schema est retrouve de nos jours, on trouve une exxcuse pour aller faire la guerre a un pays afin de profiter de ses avantages strategiques (manne naturelles ou autre).
- Carthage fut fondee pour donner un nouveau depart a ses citoyens, d'ou son nom "Qart'Hadacht" ou nouvelle ville. De son histoire Carthage n;a jamais colonise une autre ville/ pays. Carthage etati l'anti-these de Rome, d'ou leur conflit. Des travaux de plusieurs chercherus demontrenet que si Carthage avait prevalu, un tout autre modele aurait ete de vigueur au monde a la place de ce systeme sauvage ou le plus fort impose ses termes aux plus faibles. Carthage n'a jamais use de sa superiorite militaire pour imposer ses croyances, sa langue ou ses tradditions a son environnement mediterannein. En fait Carthage s'est contente de creer des comptoirs de commerce un peu partout ou les biens s'echangeaient, sa flotte impressionnante protegeait ses interets commerciaux, rien de plus.Carthage crea la premiere universite pour femmes au mondes, presque 3000 ans auparavant, ce n'est pas un mythe c'est de l'histoire.
-Finalement, Hannibal n'a jamais impose a ses mercenaires quelque chose qu'il n'aurait pas fait lui meme, il etait tellement aime qu'ils ont donne leurs vies pour lui sans rien avoir en retour.
Vous faites une ERREUR FONDAMENTALE en comparant les invasions des Arabes a celles d'Hannibal, car les Arabes (et tout les autres peuples) ont fait des guerres pour s'aggrandir, propager des religions ou coloniser des autres pays, hors Hannibal a combattu pour defendre son pays contre Rome, mais jamais pour des buts d'aggrandissement ou gloire personnelle comme l'a fait par exemple Alexandre le grand.
L'exemple parfait est le fait qu'apres la bataille de Zama ou Hannibal a terrasse plus de 70000 Romains en un jour il a refuse de bruler Rome mais a prefere que cette derniere capitule pacifiquement.
D'inombrables preuves et recherches soulignent ceci, vous pouvez les consulter, specialement les travaux du Dr "Yozan Mosig".

J'espere avoir ete en mesure d'eclairer un peu cette ambiguite que malheuresement beaucoup de gens ont a propos et de Carthage et d'Hannibal et qui est essemtiellement du que l'histoire est ecrite par les victorieux. Rome nous a ecrit la notre et nous n'avons jamais fait d'effort de recitfier cela en faisant des fouilles archeologiques ou des revisions historiques.

Mes amities
Description narrative
BBH |17-06-2012 11:40
Description narrative trop simpliste sans vision pragmatique!
Pas vital de mettre sa fonction dans l'article je pense
la Tunisie est malade
citoyen tunisien |17-06-2012 09:58
je suis d'accord avec vous Mr. Jegham,il y a 3 mois j'ai ecrit que notre pays est malade de ses salafistes de son gouvernement inefficace de la proliferation de son opposition qui a un seul but prendre le pouvoir ,de ses citoyens qui veulent tout et toute suite,de ses chomeurs et ses sit inneurs qui veulent des salaires pour les premiers et des augmentations de salaires pour les seconds ,de ses medias qui parlent trop pour ne rien dire ,de son économie moribond et en pleine recession ,de ses organisations professinnelles et sociales qui font de la surenchère et du corporatisme ,de l'insécurité qui fait fuire les investisseurs locaux et étrangers alors tout ce monde a oublié que leur pays n'est ni la Libye ni les Etats du golfe qui ont une manne pétrolifere et se permettent de vivre des années sans travailler .Pauvre Tunisie.
Bien cible
1919 |17-06-2012 07:33
Bravo, grand bravo. Chaqu'un est libre de ses commentaires. Je pense exactement comme l'auteur. Encore bravo. Exellant.
Sahibouhimar a raison
G&G |17-06-2012 02:09
Nos consultants maitrisent bien l'histoire mais ignorent tout sur la réalité.
J'étais consultant à Tunis avant de passer18 ans dans les gouvernorats de l'intérieur.Ces 18 ans de terrain ne m'avaient rapporté qu'amertume et dégout et un grand mépris aussi bien pour les décideurs que pour les consultants qui sont derrières.
J'avais crié mais personne n'était là pour me répondre.
Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Aprés le 14/01 j'ai découvert la musique comme meilleur refuge.
@Dr Didi
sahibolhimar |16-06-2012 21:54
Cher Monsieur
je m'excuse si je me suis trompé sur le compte de Si Jegham, en ce qui concerne Carthage l'armée de Hannibal était faite de mercenaires, c'est vrai, c'est même pire qu'une armée d'esclaves, personne ne peut le nier, comme personne ne peut nier que les cartaginnois faisaient un recours massif à l'esclavage et pour simple preuve il faut aller voir les grottes d'El Haouaria et imaginer les gens qui passaient leur vie à travailler dedans. Et d'ailleurs l'appel aux armées de mercenaires et d'esclaves n'est pas une spécialité Carthagionnoise, les arabes aussi en usaient fréquemment et l'armée fatimide qui avait envahi l'Egypte était faite d'esclaves noirs et de commandement berbère Kutama. Quand aux sacrifices humains à Carthage, bien qu'il est vrai que la question n'est pas tranchée mais la plupart des historiens penchent vers le sacrifice humain (je vous accorde ici le bénéfice du doute !), et malgré cela je ne pense pas qu'on peut accorder le moindre caractère "humaniste" à la société carthaginoise et son système oligarchique, qui d'ailleurs je le rappelle était une société d'envahisseurs punique qui ne s'est jamais mixé aux autochtones comme le feront après les arabes (eux ils auront au moins ce mérité) et qui s'était toujours considérée étrangère et qui ne nous a laissé aucun legs qui pourrait ressembler à la poésie ou à la philosophie grecque. Je dis simplement cela pour démystifier ce retour à Carthage comme une cité idéale qu'on nous a fait boire dans le biberon pour nous faire gober la dure réalité de notre existence en nous laissant baigner dans un récit mythique.

bien à toi
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