Le silence devant les ingérences

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Par Nizar BAHLOUL

Déçu et préoccupé, Gordon Gray, ambassadeur des Etats-Unis en Tunisie, a été très rapide pour réagir au jugement de Nabil Karoui. Il espère que cette affaire soit résolue d'une manière qui garantisse la liberté d'expression : un droit humain fondamental refusé aux Tunisiens durant l'ère Ben Ali, dit-il dans une note publiée le 3 mai, l’après-midi même du prononcé du jugement.
Celui qui s’attendait à une quelconque réaction de la part du gouvernement à cette note, où l’ingérence la dispute à l’humiliation, en aura pour son compte.
Sous Ben Ali, et davantage encore sous Bourguiba, aucune de ces notes ne passait sans une réaction immédiate du gouvernement qui rappelle aux « frères » et « amis » les lignes rouges à ne pas franchir et les limites de la fraternité et de l’amitié.
On a carrément frôlé l’incident diplomatique à la fin des années 90 et au début des années 2000 avec la France lorsqu’elle était gouvernée par Lionel Jospin, suite à ce type de déclarations.

Les temps ont changé et « grâce à la révolution », il semble désormais permis aux partenaires et amis de nous donner des leçons, de s’ingérer dans nos affaires intérieures et même dans le processus de notre justice. Après tout, pourquoi pas.
Le calife du Qatar s’est bien arrogé le droit de donner publiquement des leçons à notre président de la République sans que ce dernier ne réagisse. Pourquoi ce qui est permis au calife du Qatar ne l'est pas à l’ambassadeur des Etats-Unis ?
Et qui devrait réagir, selon vous ? Rafik Abdessalem ? Il ne fait pas le poids. Le ministre des Affaires étrangères se mesure, lui, aux journalistes et à l’opposition 0,00% et non aux ambassadeurs et dirigeants. Et puis, avant de réagir à ce genre de notes, il doit certainement consulter son beau-père, mais celui-ci se trouve occupé par la visite du « retourneur de veste », Youssef Qaradhaoui.
Voilà où nous en sommes grâce à ce gouvernement qui se dit légitimement élu et n’aime pas être qualifié de provisoire. Nos ministres réagissent au quart de tour à une critique journalistique ou à une déclaration d’un opposant, mais s’inscrivent aux abonnés absents quand ils se font remonter les bretelles par des puissants étrangers.

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Que les Etats-Unis se disent déçus et préoccupés par le verdict, c’est en leur honneur bien qu’ils soient en train de défendre des principes qu’ils n'appliquent pas à eux-mêmes. Mais que notre gouvernement s’interdise de réagir, ne serait-ce que pour la forme, c’est tout simplement inquiétant.
Aussi inquiétant que la notion de la justice dans notre pays et ce point représente le fond de la note de M. Gray.
Notre justice est-elle indépendante, aveugle et insensible à la chose politique ?
Les signaux alarmants sont là et plusieurs faits, séparés, laissent croire que non.
Les anciens barons de Ben Ali qui sont en détention en toute illégalité, selon leurs avocats.
L’exhumation du corps de Moncef Ben Ali qui s’est faite sans l’aval de sa veuve et de ses enfants, selon leurs avocats.
L’avertissement donné par le ministre à un substitut du procureur qui, selon ses collègues, n’a rien fait d’illégal et estime qu’il y a là une ingérence flagrante du ministre dans son travail.
La suite favorable donnée à la plainte du prédicateur Habib Boussarsar contre Béji Caïd Essebsi. Le prédicateur estime avoir été offensé quand il a été traité de criminel par l’ancien Premier ministre et verra son procès se tenir au cours de ce mois de mai. En revanche, il n’y a toujours pas de suite à la plainte déposée, auparavant, par M. Caïd Essebsi contre le même Boussarsar qui appelle, devant les caméras, à la mort de l’ancien Premier ministre.
Nasreddine Ben Saïda ou Nabil Karoui ont été traduits devant la justice en un temps record, grâce à la réactivité du ministère public. Pendant ce temps-là, des « journaux-amis » continuent à dénigrer et insulter les opposants sans pour autant être inquiétés.
Face à ces faits, quelle image donne notre justice d’elle-même ?
Noureddine Bhiri et Hamadi Jebali crient sur tous les toits qu’ils s’interdisent catégoriquement de s’ingérer dans la justice, et on a vraiment envie de les croire, mais que penser de tous ces faits et quelle explication leur donner ?

Interrogé à propos des listes noires relatives aux magistrats et aux journalistes, Lotfi Zitoun, ministre-conseiller du chef du gouvernement, s’est lui aussi caché derrière la justice pour justifier son opposition de livrer ses listes.
Or, le gouvernement a entrepris des opérations d’assainissement ayant touché les corps des officiers de la Direction générale des prisons. Ils ont été soumis à la retraite d’office sans autre forme de procès. Sur quelle base les a-t-on poussés à la retraire ? Auparavant, sous Béji Caïd Essebsi, on a observé la même attitude avec une quarantaine de hauts cadres du ministère de l’Intérieur.
Face à ces deux faits, il y a lieu de s’interroger : y a-t-il ou non une justice dans le pays ? Si c’est oui, pourquoi tous ces officiers « limogés » n’ont pas été traduits devant les tribunaux puisqu’on a estimé qu’ils étaient coupables.
Et si c’est non, pourquoi donc n’élargit-on pas l’assainissement à tous les autres corps, à savoir les magistrats, les journalistes, les avocats et les hauts cadres de l’administration ?
Les associations, syndicats et professionnels ne cessent de réclamer les « listes noires » afin d’assainir ces secteurs. Or le gouvernement adopte une politique du deux poids, deux mesures qui laisse croire qu’il n’a pas envie d’un profond assainissement.
En vérité, il a besoin de certains « pourris » qui ont retourné leur veste pour se mettre à son service et il est à parier, hélas, que nous ne verrons jamais les « listes noires » de ceux qui se sont mouillés avec la police politique ou l’ATCE.
Grâce aux dossiers hyper confidentiels auxquels il a accès, le gouvernement a une idée exacte de qui fait quoi et qui est avec qui. Il sait tout. Et pourtant, il ne fait que ce que bon lui semble et ne s’ingère que là où il veut.
Reste à savoir si ce comportement est dicté par un calcul électoral ou par souci de concorde nationale.
Quoiqu’il en soit, il y a face à lui un silence désabusé. Un silence identique à celui du gouvernement aux ingérences du pays de l’Oncle Sam.
22 commentaires
Bonne question : Y a-t-il ou non une justice dans le pays ?
Tounsi |07-05-2012 17:19
La réponse est NON, il n y a pas eu de justice avec l'ancien gouvernement de BCE pour des raisons disons évidente, et il n y a toujours pas de justice avec le gouvernement actuel pour des raisons que j'ignore ; Je dis seulement que les tunisiens ont voté pour certains objectifs clairs et l'un de ces objectifs la Justice. Alors ou bien ce gouvernement tiendra parole pou réponde aux exigences du peuple ou bien il sera aussi complice que ceux qui l'ont précédé. Mais tant qu'il n y a pas de justice le risque de retour en arrière restera important. Il faudra savoir un jour ou l'autre comment ce pays était gère et qui à fait quoi et comment sinon l'histoire ce répétera à un moment ou un autre.
BN vous avez censuré mon commentaire concernant l'affaire de Slim chiboub et la BCT.
controler pas nettoyer
Royaliste |07-05-2012 16:02
le régime de ghannouchi veut juste controler le pays il ne veut pas nettoyer ni démocratiser.

@ SI EL HADJ KLOUF
Mohamed 2 |07-05-2012 15:54
Merci pour votre pétillant commentaire (même si je suis un pro-majorité).
Mais le ou les druides dans notre village local, c'est qui ?
Mr N.B.
Citoyen de Tunisie |07-05-2012 15:23
Joli article mais en vain par rapport à notre gouvernance.
On est un pays minuscule, avec 11 millions d'habitants dont la majorité est vieillissante.
On est gouverné au gré des humeurs d'une poignée d'hommes et femmes qui pensent que le pays a une redevance envers eux.
Le peuple est affamé, le chômage avec un taux de plus en plus élevé, des tôlards convertis aux salafismes, des avocats se voyant en Bourguiba, des journalistes rêvant d'un prix internationale grâce à des articles ignobles injuriant tout le monde, des femmes légères ou rdcistes qui se sont voilées après un certain 14/01/11, le niveau de vie qui flambe alors que les poches sont vides, des visiteurs d'un autre-temps et la corruption ainsi que l'impunité commencent à devenir de droit.
Pourquoi cher NB, les américains ou les Qataris ou les européens ne s'ingèrent pas dans nos affaires internes qui au fait ne le sont plus vu l'incompétence de notre gouvernance.
Essayons de remettre les pieds sur terre, oublions cette fausse révolution qui n'a permis une place au soleil qu'aux exilés, nous autres indigènes, on est tenu de ne vivre que par moment et encore si Ennahdha, la troïka, les salafistes, les extrémistes, les étrangers, les avocats et les journaleux nous le permettent.
Enfin, quelqu'un s'est réveillé de son sommeil et a commencé à en parler car cette situation dure depuis 16h un certain vendredi 14/01/11, date du commencement des malheurs d'un peuple qui avait sacrifié sa vie pour seulement la dignité et le boulot mais ne récolta qu'une misère plus accrue. Dommage pour mon peuple, mon pays, mon drapeau et surtout ma religion que quiconque bafoue au nom d'une révolution qui sans la faire cherche à en tirer profit.
Pauvre Tunisie, pauvre de nous.
DE L'ACHARNEMENT...
HAFTARYSH |07-05-2012 14:24
Tout le monde sait maintenant où se situe l'orientation journalistique et politique de votre site.
Ce qui est sûr, c'est à force de dénigrer, à force de fustiger et à force de s'acharner gratuitement contre la troîka en général et contre ennahdha en particulier, votre cause est perdue d'avance et servira forcément les intérêts de vos cibles.
J'en suis convaincu, si on vote aujourd'hui, ennehdha sortira vainqueur et haut la main.
L'ennemi éternel et passionnel de vous et de vos samblabes est et restera ennahdha, l'islam, la charia... et par conséquent, une majorité de ce pauvre peuple, cette populace déshéritée, ignorante et obtue.
L'élité dogmatique, aisée, supérieure de naissance, "annoblié" et lumineuse, c'est vous et la vérité est entre vos mains !.
La solution pour la Tunisie de demain , c'est assurément vous et rien que vous !.
Le problème pour vous et vos semblables, c'est que vos discours d'intello restent difficile à décoder et à déchiffrer par les petites gens qui n'aspirent qu'à survivre et lutter contre la misère qui vous cautionnaient depuis des décennies.
Pour eux, la politique, c'est du charabia et reste du domaine réservé aux " cultivés, des civilisés,des beldias et des nantis arrogants et décomplexés ".
@ SI MOHAMED 2
EL HADJ KLOUF |07-05-2012 13:55
Je suis d'accord.
Je vous le confirme, moi qui ai remplacé depuis belle lurette le Jasmin par les Roses.
Je suis comme Astérix, je suis tombé dans la marmite où on fabrique l'eau de Rose et que les épines seront offertes aux barbus.
Nizar Bahloul en corporatiste met-il le tout dans le meme plat
Engineer Juridique |07-05-2012 13:16
Sans énergie CIVILO-PENALE?

@ HD
stevejob |07-05-2012 12:55
vous êtes de quelle ville?
@lefghoun
s.m |07-05-2012 11:55
vous avez raison .c'est flagrant . c'est un journaliste de la basse gamme
. Petite rectif
taher |07-05-2012 11:39
Monsieur Nizar merci de vrifier si la retraite forc des cadres du ministre de l'intrieur t l'poque BCE ou plutt celle de Mohamed Ghannouchi .Merci d'avance
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