Le Tunisien doit se regarder dans sa glace

Envoyer cette page
Par Lotfi Saibi*

J'ai été dépassé par l’absence de leaders au lendemain de la vague révolutionnaire qui a submergé le monde arabe. Par leaders, je ne veux pas dire les gens qui gagnent des élections fondées sur des promesses vides : Il y a autant de ceux-là, que d’entraîneurs de football le lundi matin.
Je parle des vrais leaders: Hommes et femmes, jeunes et vieux, des personnes authentiques qui peuvent parler directement à leur peuple, qui ont le magnétisme pour rassembler tout le monde autour d'une vision et la volonté de dire la vérité, des personnes qui savent prendre les bonnes décisions et bien les faire appliquer, des personnes qui ont la capacité de construire des coalitions, et regarder au-delà des clivages dans une société brisée par des enjeux sociaux, économiques et religieux. Il s'agit d'un point crucial dans l’histoire de la plupart des pays arabes. Ce sont des nations en cours d'élaboration et ce sont des moments privilégiés de l'histoire qui requièrent des leaders exceptionnels.
Je m’intéresse particulièrement à la Tunisie qui était le levier de tous les changements dans le monde arabo-musulman.
La Tunisie d'aujourd'hui lutte pour une nouvelle orientation et de nouveaux dirigeants. Ce manque de leadership est particulièrement troublant parce que nous sommes à un moment critique monumental. Nous avons besoin d'un leader qui a une grande vision et le charisme pour unir tous les Tunisiens sous l'égide de l’intérêt général du pays.

La Tunisie d'aujourd'hui n'a pas besoin d’un Saddam à l’ancienne, qui diviserait la Tunisie et y raviverait les hostilités internes afin de la garder occupée par ses blessures. La Tunisie d'aujourd'hui n'a pas besoin d'être prise en otage par une dictature religieuse qui ne servirait que les intérêts de ceux qui la prêchent. La Tunisie d'aujourd'hui a besoin de lancer son « Spoutnik ». Elle a besoin de sa propre version de Martin Luther King Jr. Quelqu’un, qui n'a pas peur d'être de la minorité, mais qui a le respect de la majorité, il peut être originaire d'une région oubliée du pays, ou d'une famille économiquement défavorisée, ou encore diplômé d’une de nos écoles publiques. Il n’a pas à être issu d’une élite chanceuse qui a pu s’accaparer l’argent et le savoir. Il peut tout simplement être quelqu'un d'entre nous.

Pourquoi est-ce que cette révolte populaire n’a encore pas enfanté de vrais leaders? La réponse technique serait que le processus démocratique est encore en élaboration et qu’il nous gratifiera, espérons-le, des meilleurs fruits. Il y a toutefois, des facteurs plus profonds à l'œuvre. Et si nous voulons concrétiser ce rêve d'une Tunisie meilleure, nous devons savoir exactement ce qui a précédé cette sécheresse de leadership.
Il y avait Ali Ben Ghedhahem, Habib Bourguiba, Salah Ben Youssef, Farhat Hached, Tahar Hadad, Fadhel Ben Achour, Tahar Ben Achour… et tant d'autres comme eux. Il fut un temps où nous sentions beaucoup de fierté et d’honneur d'être Tunisiens.
Notre pays a été parmi les premiers dans le monde arabe et au premier rang après le colonialisme dans l'éducation, les libertés personnelles, la santé, la recherche scientifique et l'athlétisme. Mais par-dessus tout, nous avions eu le droit de rêver parce que nous avions une vision commune et un leadership charismatique qui a su nous réunir au lieu de nous diviser. Cette trêve a été rapidement interrompue par un système qui contrôlait les esprits, qui encourageait l'égoïsme et réprimait le dynamisme, le sens du pragmatisme et d'analyse, ainsi que la pensée innovante.
Ce système a créé de nombreuses générations de jeunes qui n'ont pas d'estime ni de confiance en soi et qui n’ont aucune idée de ce que c’est que l'intelligence émotionnelle ; en d’autres termes, on produisait des générations pauvres en membres actifs pour bâtir une société efficace et développée. Et c'est ainsi que fut posée la fondation de notre culture actuelle qui freine l'initiative et le courage, et réprime le charisme et l’authenticité.

On pourrait se demander si notre nature arabo-musulmane ne serait pas responsable d’aménager le terrain pour des dirigeants autoritaires. Ou alors, serait-ce notre manque de formation, de savoir-faire, de désir d'innover et d’unité qui fait qu’il soit facile de nous gouverner par des dictateurs?
Sommes-nous devenus ce troupeau de brebis parce que nous avons perdu tout espoir en notre capacité à apporter un changement ou parce que nous valorisons les objectifs personnels au détriment des objectifs communs, ou alors parce qu'au fond on n’a aucune confiance les uns en les autres?
À vrai dire, tous ces facteurs et bien d'autres sont en cause de la fuite des cerveaux et de l’absence de véritables leaders. En bref, le leadership de la Tunisie, présente une image pathétique d'oppression, de pauvreté et d’incompétence, aussi bien dans les affaires internes qu’étrangères, nous sommes désunis, impuissants, dépendants et incapables d'influencer notre peuple et encore moins la communauté internationale.

La question à laquelle nous devrons répondre est alors qui va se lever et dire aux gens que le gouffre est très profond et que notre modèle actuel de développement du leadership est défectueux? Qui va dire aux gens que l'extrémisme religieux et idéologique n’est pas la voie vers un avenir brillant et réussi? Qui sera capable de capturer la vague révolutionnaire de la jeunesse et la placer sur le droit chemin avec une vision commune qui permet de résoudre les problèmes et colmater les brèches ?
Qui dira à ces jeunes que leurs habitudes d'étude sont insuffisantes et qu'ils ont la capacité d'être aussi bons que n'importe qui dans le monde? Qui admettra que notre système d'éducation et nos éducateurs actuels devraient être mis de côté, et que la nouvelle voie implique le développement professionnel et non pas des diplômes inutiles?
Qui dira au peuple que notre modèle actuel d'emprunter de l’argent pour payer des dettes anciennes n'est pas la meilleure forme d’investissement dans l'avenir? Qui dira aux syndicats et aux partis de l'opposition qu’à part une critique constructive, ils ont à proposer des solutions? Qui va dire aux Tunisiens que notre leadership actuel nous divise bien plus qu'il nous unit?

Notre nouveau leader devra être honnête et digne de confiance, capable d’attirer les gens vers lui grâce à son sens de la responsabilité et de la justice. Il faudra qu’il commence par expliquer que ce qui nous unit est beaucoup plus important que ce qui nous divise. On a besoin de quelqu’un qui dise la vérité, qui sache guérir les blessures de ce peuple et construire les coalitions nécessaires, on a besoin d’un promoteur du changement qui saura nous inspirer pour concrétiser le rêve.
Notre nouveau leader aura la tâche de convaincre ce peuple que le changement doit d'abord venir de l'intérieur, que nous devons abandonner cette mauvaise habitude de toujours opter pour les solutions faciles et rapides mais pas forcément les plus efficaces et durables, que nous devons apprendre à écouter et à faire confiance, que le bien de tout un chacun passe obligatoirement par celui de la société. Ce leader doit nous convaincre que la valeur ajoutée de l’ensemble d’une société soudée est beaucoup plus importante que celle de la somme de ses composantes, que le travail acharné finit toujours par porter ses fruits, que nos concurrents ne sont pas toujours nos ennemis et que la différence est une richesse à cultiver et non une menace à combattre.

Le peuple tunisien doit être engagé à former des leaders aujourd'hui pour qu’ils puissent résoudre les problèmes de demain. La prochaine génération de leaders devra faire face à une liste croissante d’enjeux complexes et doit être prête à aller de l'avant avec la vision, le courage et les compétences nécessaires pour relever le défi.
Nous devons assumer notre part de responsabilité et commencer les réformes de l'intérieur. Chacun de nous doit se mettre devant sa glace et identifier ses défauts. Chacun de nous doit être son propre leader en réorientant son navire dans la bonne direction. Ce n'est que par cette réflexion collective que nous allons commencer à créer la prochaine génération de gouverneurs, d’entrepreneurs, de scientifiques, et de leaders de la communauté.

*Lotfi Saïbi est originaire de Sidi Bouzid, professeur en leadership  et CEO de 4D-Leadership House.
Formé à Harvard, il a longtemps vécu aux USA et est rentré en Tunisie depuis la révolution.
Il a fait partie des membres fondateur d'Afek Tounes, il est aujourd'hui membre du Parti républicain.
40 commentaires
@youssef ennebli: c'est les opinions de la personne qui comptent et pas son appartenance politique.
hope |16-05-2012 15:16
le fait que l'auteur appartient a un parti pour lequel vous n'avez pas de sympathie, ne diminue en rien la valeur de ses opinions, et si vous pensez que Al Jomhouri manque de leaders de la trempe de ceux décrits dans l'article, et bien je pense que l'auteur n'a pas fait d'exception pour ce parti et il a dit qu'actuellement il n'y a pas de leaders qui se démarquent, mais je pense que la présence de Lotfi Saibi dans ce parti contribuera a améliorer sa prestation, c'est pour ça qu'on parle de la richesse de la différence.
@hedi et @asmahane: plagia dites-vous!! decidement on adore nous tirer dans les pattes nous les tunisiens!!!
Hope |16-05-2012 15:10
je vous recommande un peu plus de recherche pour savoir de qui vous parlez et qui vous accusez de plagia. voila la version anglaise de cet article http://lotfisaibi.wordpress.com/ dans le même blog vous trouverez plein d'autres articles qui parlent de leadership et de la situation en Tunisie. c'est devenu un sport national que de dénigrer nos compétences nationales, apparemment ça réconforte quelques uns que de sentir que tout le monde est corrompu et tout le monde est pourri, mais cette fois vous vous trompez de cible, Lotfi Saibi est une référence mondiale dans son domaine, une petite recherche sur google et vous sentirez le ridicule de vos commentaires.
Mirror
Lambda |15-05-2012 19:57
Mirror tient à nous dire qu'ils comprend pas l'anglais. Maintenant on le sait.
Bravo si lotfi, ne vous fiez pas à ces barbus, on y est habitués ici malgré qques sursauts de bon sens de temps à autre de mirror. Mais,la il est encore ivre de ses maîtres.
@The broken Mirror
G&G |15-05-2012 16:47
Tes pseudo leaders ne peuvent pas gagner la confiance du peuple parce qu'ils essaient toujours de cacher le soleil par un tamis et n'ont jamais osé dire qu'on était mieux.
tricheur
hedi |15-05-2012 16:22
Mr lotfi ayez un peu de respect pour ce peuple qui est devenu otage de surencheres emanant de la region a laquelle vous appartenez.vous n,etes ni revolutionnaire ni donneurs de leçons ,vous etes un pauvre tricheur qui appartient a une region qui se croit premmier fief de la revolution alors que d,autres regions ont paye plus cher que la votre la verite blesse parfois
propositions de leadears
l agro economiste |15-05-2012 15:44
dans la proposition de leaders pour la tunisie on a oublie la parite pour quoi pas MAYA jerbi par exemple pour changer de tetes et qui nous dit que l avenir de la tunisie n est pas au feminin les femmes de la post revolution ont montre plus de courage et de determination que les hommes je vous invite a mediter
Lettre ouverte à un Tricheur
The Mirror |15-05-2012 15:17
Cher Mr Lotfi Saibi, vous avez publié un article sur Business News et vous avez emballé les lecteurs dans des commentaires tous azimuts. J'ai contribué à ce débat par deux commentaires. Mais quelle fut ma surprise lorsque j'ai appris par un commentaire d'Asmahane, que votre article n'est rien d'autre qu'un plagiat. C'est une traduction mot par mot d'un article de Thomas L. Friedman, paru le 05 mai 2012 dans The New York Times. J'ai alors lu l'article de Friedman pour me rendre compte de cette triste vérité. Je suis doublement triste : triste pour vous car vous vous êtes ridiculisé, et triste pour moi car j'ai commenté un faux article.
Mr Saibi, vous êtes l'incarnation en cher et os de notre opposition perdante puisque vous appartenez au parti républicain. Vous voulez nous donner des leçons en leadership, vous le tricheur ?
Je vous rappelle le Décret n°2008-2422 du 23 juin 2008, relatif au plagiat dans le domaine de le l'Enseignement Supérieur et de la recherche scientifique. Il faudrait regarder du côté de vos diplômes et publications, j'espère qu'ils sont aussi clean que vous le prétendez Monsieur le Leader.
Je tiens à féliciter la Commentatrice Asmahane qui a eu la noblesse d'esprit en démasquant ce faux article.
Mr Saibi devrait s'excuser publiquement auprès du vrai auteur, Thomas L. Friedman.
Convaincre pour rassembler
Abdoulhamid HACHENI |15-05-2012 12:59
Je me félicite d'abord de rencontrer enfin un discours émanant d'un tunisien hautement qualifié mais hautement modeste.
Le discours de Monsieur Lotfi Saibi, répond en grande partie, aux attentes de la majorité des tunisiens, hésitants à choisir un camps, sevrés pendant des decennies de participation à la vie politique...Ce discours est simple et multiple à la fois, simple par la forme et par l'orientation pédagogique voulue et réussie. Multiples par son analyse exhaustive de la vie socio-politique du pays. Je demanderais à monsieur Lotfi d'avoir l'amabilité de se présenter aux débats audio ou vidéo, pour étaler cette thèse au grand public et pour l'enrichir à travers les différentes interventions qu'elle ne tradera pas à susciter...Je n'exagère rien, si je dis que c'est la meilleure contribution constructive que je rencontre après le 14 janvier 2011...Pragmatisme, honnêteté intellectuelle, profondeur d'analyse et embryon d'un programme ava
ET LE NON VOYANT COMMENT FAIT-IL POUR SE REGARDER ?
EL HADJ KLOUF |15-05-2012 12:33
No comment !!!!!
Il y a trop d'aveugles dans le monde et surtout chez les Nahdaouistes.
Pas de plagier, ya si Lotfi Saibi !!!
Asmahane |15-05-2012 11:01
Vous avez traduit "mot-à-mot" un article paru sur "The New-York Times" en date du 05 Mai 2012, intitulé "Lead, Follow or Get Out of the Way" et rédigé par Thomas L. Friedman.
En voici le lien :
http://www.nytimes.com/2012/05/06/opinion/sunday/friedman-lead-follow-or-get-out-of-the-way.html?_r=1&ref=tunisia
(TinyUrl : http://tinyurl.com/csblmae)
Vous auriez pu avoir la décence de le mentionner, c'est une bonne traduc après tout !
Non mais, franchement, pour prenez les tunisiens pour des débiles ou quoi? Réveillez-vous ! les temps ont changé grave.

Réponse BN: Il n'y a aucun plagiat et nos lecteurs peuvent le vérifier d'eux-mêmes. Lotfi Saïbi est un professeur en leadeship et il est tout à fait normal que les théories en la matière soient identiques partout dans le monde. Il a donc adapté ces théories au contexte tunisien ce qui est à mettre à son actif plutôt.
1234
Votre commentaire
Pseudo*
E-mail*
Titre*
Texte
Conditions d'utilisations
- Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne sont pas rédigés par les journalistes.
- Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ne sera publié.
- Aucun commentaire contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.
- Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

» Cliquer ici pour lire les conditions d'utilisation et les règles de modération
Conditions d'utilisation
Business News remercie vivement ses lecteurs pour leurs commentaires, qui en apportant leur contributions, participent à l'enrichissement du journal en ligne. Cet espace reflète une multiplicité de points de vue à l'unique condition que ces points de vue se respectent les uns les autres.


- Les commentaires envoyés seront archivés sur les serveurs de Business News et demeureront consultables, avec l'article objet du commentaire, tant que le site fonctionne ;
- Les mails des lecteurs seront conservés dans nos archives internes et ne feront l'objet d'aucune exploitation commerciale. Aucun mail non sollicité (spam) ne sera délivré après l'insertion d'un commentaire dans Business News.
- Les mails des participants aux commentaires seront conservés dans nos archivages internes. Ils ne seront jamais communiqués, sans autorisation de leur titulaire ou à la demande d'une autorité judiciaire tunisienne.
- Tout commentaire envoyé sera lu par un modérateur avant publication.
- Business News n'est pas garant de la véracité des commentaires des lecteurs. Le rôle de ses modérateurs s'arrête aux vérifications d'usage liées aux règles de modération indiquées ci-dessus et non aux vérifications journalistiques du fond de l'information.
- Les commentaires sont généralement publiés dans un délai maximal d'une heure approximativement après envoi et ce, les jours ouvrables de 9h à 18h.

Règles de modération
Tous les commentaires sont publiés à la condition qu'ils respectent les règles de conformité à la loi tunisienne et de bienséance. Les contributions qui ne seront pas validées sont celles qui :


- Encourageraient un sentiment raciste et/ou haineux de quelque nature que ce soit ;
- Déprécieraient un groupe de personnes, une profession entière, une entreprise entière ;
- Injurient ou diffament les personnes, les entreprises et/ou toute autre entité ;
- Attaqueraient sans argumenter, ou argumenteraient de manière haineuse ;
- Alimenteraient des rumeurs, qu'elles soient fondées ou non ;
- N'auraient aucun lien avec le sujet principal de l'article objet du commentaire ;
- Ne s'adresseraient qu'à un autre lecteur en particulier, sans que les autres lecteurs puissent être concernés par le débat.
- Assimileraient la rubrique « commentaire » à un forum de discussions.

Business News se réserve le droit de retirer, ou de rewriter, un titre ou une partie du commentaire, même après insertion, au cas où cela se justifierait dans les situations suivantes :
- Paragraphe hors sujet ;
- Paragraphe ou phrase diffamatoire ;
- Paragraphe ou phrase non conforme avec les règles de modération indiquées ci-dessus ;
- Commentaire trop long ;
- Paragraphes ou phrases formulés en langage abrégé ou comportant un nombre élevé d'erreurs.
- Paragraphes ou phrases formulés en langue arabe ou en langue autre que le français et ce pour des raisons techniques.

Nos lecteurs peuvent signaler tout message litigieux aux modérateurs par l'envoi d'un mail à : mail@dmc.com.tn ou par téléphone au +216 70 831 100 ou par fax au +216 70 831 025