La troïka fait son cirque

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Par Radhouane SOMAÏ

Élus pour écrire la Constitution de la deuxième République tunisienne, les membres d’Ennahdha se découvrent une vocation d’administrateurs de l’Etat. Sauf que cette tendance naturelle à gouverner se voit contrariée par un score aux élections et un poids sur la scène politique pas aussi confortables que ce qu’on a voulu nous faire croire.
Un million et demi sur sept ou huit millions d’électeurs potentiels révèle une faible pénétration de l’idéologie islamiste dans la société tunisienne, même si les militants d’Ennahdha, avec leur ardeur toute juvénile, leur tendance à s’égosiller et piaffer sans relâche, leurs capacités de mobilisation impressionnantes, peuvent laisser croire le contraire.
Mais pas de souci, comme les Romains et les anciens Grecs avant eux, nos nouveaux apparatchiks ont compris que pour occuper la populace, rien ne vaut les jeux et les ris ou les jeux du cirque.

Avant de nous sortir sa mini-constitution taillée sur mesure de son grand chapeau haut-de-forme, Ennahdha se devait de maintenir l’attention des Tunisiens en baisse. Pour assurer l’interlude, on a fait appel aux deux grandes surprises de la rentrée politique : le clown auguste alias Moncef Marzouki et le clown blanc alias Mustapha Ben Jaâfar qui ont prouvé tous les deux n’avoir rien à envier au grand-guignolesque Hachemi El Hamdi.

Le jeu des deux comparses est efficace, mais n’a rien d’original. Le clown auguste fait dans le burlesque, jure, gesticule, rampe, distille son fiel, vomit sa haine des RCDistes, de la police politique mais se contentera de son talent de bouffon. Son rêve de toujours : devenir le président tout puissant d’un pays trop médiocre pour comprendre son génie.
Le clown blanc est, quant à lui, plus subtil, plus élégant. Des allures de duc florentin qui, derrière les apparences d’une délicieuse aménité, cachent l’intransigeance d’un homme au caractère bien trempé. Son humour pince-sans-rire est inaccessible aux ignares. Ses piques sont d’une finesse qui frise la lapalissade. « Quelle est le rôle du président de la Constituante ? » « Présider la Constituante !», répond-t-il sans broncher…

Pendant que tout le monde s’esclaffe devant ses pitreries, Ennahdha prépare en silence le grand numéro. Le clou du spectacle coïncide avec la discussion du projet d’organisation provisoire des pouvoirs proposé par les islamistes.
Tollé général, l’opposition crie au coup d’Etat institutionnel et dénonce un semblant de régime parlementaire qui accorde au Premier ministre des prérogatives de calife. Première fissure dans une coalition montée de toutes pièces et qui ne tient qu’à un cheveu : Ettakatol, qui a fait toute sa campagne sous le label « démocrate », monte au créneau par la voix de Khemaïs Ksila, membre de son bureau politique. Le CPR, fidèle à la marotte de son leader, hausse également le ton et exprime son refus d’une présidence fantoche.

Nous n’apprendrons que plus tard qu’en fait M. Ksila fait aussi partie du spectacle et tient le rôle du contre-pitre. Pour tous ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans un cirque, le contre-pitre est le lieutenant de l’auguste, gros bêta, gaffeur, ne se souvenant jamais de rien, ses mésaventures servant à provoquer l’hilarité du public chaque fois que l’attention descend d’un cran.
Car, rebondissement de dernière minute, il s’avère que le projet proposé a été paraphé et signé au bas de chaque page par les trois protagonistes au préalable !
Les négociateurs d’Ennahdha auraient joué leur petit tour d’hypnotiseurs pour faire signer à leurs alliés un texte qu’ils n’auraient même pas pris la peine de lire, occupés qu’ils étaient à renifler le gros gâteau au chocolat des portefeuilles gouvernementaux.
Nous ne pouvons que nous sentir soulagés de constater que les velléités de Ben Jaâfar de s’occuper des Affaires étrangères et de Marzouki d’être le chef suprême des armées aient été contrariées. Imaginez ce qu’aurait pu être un accord international ou militaire signé par ces deux-là !

On aurait cru le parti islamiste dans de sales draps. Mais, comme dans les pièces du théâtre baroque, à chaque fois que le héros se débat désespérément contre les vicissitudes du traitre destin et qu’on le croit définitivement perdu, un rebondissement improbable se produit.
Écran de fumée, bruit assourdissant de chaînes dans les coulisses, des fils blancs à peine perceptibles masqués par les rideaux noirs pendant du toit…, et patatras ! Trois jeunes femmes emmitouflées dans leurs draps noirs insistent pour passer des examens universitaires sans dévoiler leur visage. Personne n’a identifié les machinistes derrière ce deus ex machina, mais c’est du pain béni pour Ennahdha.

L’opposition « moderniste », toujours le mors aux dents, s’engouffre dans le piège. Les débats de la Constituante sont presque à l’arrêt. Politiques, médias et discussions autour de la machine à café tentent de répondre à la question essentielle : le doyen a-t-il été bousculé par les sit-inneurs ou s’est-il simplement pris un gadin ? Les dirigeants d’Ennahdha se contentent d’observer pendant que leur base s’agite contre les « mécréants ». Un classique indémodable depuis le film de Nadia El Fani et l’affaire Persépolis. Et ça se termine toujours par une déclaration casuistique de Noureddine B’hiri ou de Samir Dilou qui ménagent la chèvre et le chou, dénoncent sans dénoncer vraiment…
Une énième diversion pour faire gober le dernier tour de prestidigitation. Le projet est à peine retouché et voté au vu et au su de tous et dans l’indifférence générale.

Un spectacle ubuesque qui fait rire jaune. Mais nous pouvons toujours nous consoler en constatant qu’on est plus dans le cirque Pinder que dans les jeux de cirque romain.
Tant que les petits abrutis voulant en découdre et qui accueillent triomphalement la dépouille d’un jeune « djihadiste » parti zigouiller les infidèles américains en Irak sont contenus, le pire est évité. Jusqu’à quand ?
81 commentaires
BN ? Quel Cirque!
G. Abderraouf |07-12-2011 22:24
A BN: Quel cirque avec vos BAHLOUL, de Jarbouesten, et SOMAI . Les mêmes éc'urementsbet les mêmes égarements. Leurs aversions à Ennahdha, devenue une hantise constante, effrayante, qui les tourmente, sont des délires maniaques.
Haro sur le baudet
tahamomo |07-12-2011 18:59
L'auteur serait-il un saltimbanque ?
exemple pour ergosum
balboul |06-12-2011 08:24
Le principe de cette constituante est de garantir un systeme qui permettra un equilibre des pouvoirs pour ne pas laisser au peuple le seul recours de la rue en cas d'abus de pouvoir, sinon on a rien fait

Donc quand ennahdha propose un systeme qui lui permet de rester au gouvernement dans toute circonstance, qui ne peut etre demis que si les elus d'ennahdha vote la defiance, on laisse place a tous les abus possibles

De facto avec cettte organisation les memebres du gouvernements pourront faire partie de l'assemblée, ils seront juge et partis et en plus l'assemblée n'aura aucun pouvoir sur eux. C'est anti democratique
j'éspére avoir tort
odin |05-12-2011 22:15
lorsqu'on présente un texte,qu'on a ,ni pensé,ni
rédigé,et se présenter comme l'auteur! cela
est qualifié de plagiat!!
si ce même texte est écrit par un tiers,ce tiers en
littérature,s'appelle,un nègre!!mais en politique,
ça devient une plume mercenaire!!?
@balboul
Ergo sum |05-12-2011 19:06
Sois concret! Donne-moi un exemple, un vrai!
Je te donnerai un : Ennahdha impose une loi qui interdit facebook ou autre ou peu importe la bêtise qu'ils essayeront de mettre en place, la moralité c'est un truc qui provoquera la majorité et en provoquant la majorité, ils seront dégagés et les loi ou réglementation qu'ils ont mises en place pour passer leurs projets ne leur serviront absolument à rien, à rien! Le déchu avaient toutes les lois constitutionnelles et non constitutionnelles à son côté et malgré cela il a été chassé car les gens n'en pouvaient plus! Et ça sera le cas aussi pour Ennahdha, s'ils tentent des trucs louches. Ce que je condamne dans tout ça, c'est que le pays est à genoux, les gens ne se sont pas encore installés et voilà qu'on vienne réclamer et revendiquer !
Laissez les commencer ! Qui est ce qui tente le coup d'état ici ?
Excellent!
Barberousse |05-12-2011 18:12
Bravo et merci pour cet excellent article.
@ergosum
balboul |05-12-2011 18:08
Le systeme proposé ne garanti pas un systeme democratique. C'est donc au dela d'un non respect des promesses electorales, un danger pour l'instauration d'une democratie.

Et pourquoi c'est donc un danger? Parce que ca amene a des derives de gestion, a des abus

Je constate la passivité d'une certaine frange de la population face a cette tentative de coup de force. Et ce pour des raisons partisanes

Que la troika comme d'autres remplissent les criteres revolutionnaires ne veut pas dit qu'ils sont garants, ou, insensibles a des derives dictatoriales

La meilleure preuve c'est ce projet de loi nahdhaoui completement anti democratique et qu'ils ont en plus essayé de passer en force.

Exemple que j'aimeriais que vous commentiez: Qui controlera le gouvenerement de jbeli alors que l'assemblée n'aura aucun pouvoir sur lui meme pas la menace de la motion de censure?
@MAK: ECRIVAIN PUBLIC ET ENCORE
Zatla |05-12-2011 17:28
Merci pour toutes les censures.Il n'y a que la Verite qui....TARAKKAYNA YA AHLOU BEJA HATTA SIRNA NAKOULOU LIL HIMARAYNI IRRAYNI....n'est pas Charlie le canard l'idiot siné etc...qui veut....c'est un métier ,ça s'apprend, comme la démocratie ...
@balboul
Ergo sum |05-12-2011 17:12
Tu me marres, merci!
Tu parles d'un danger, je ne sais pas pourquoi, sous d'autres cieux cela s'appelle de la paranoïa!! Et en plus tu sous-estimes tes concitoyens en leur affectant par défaut une passivité face au supposé coup d'état institutionnel!
Autre chose, les tunisiens ne sont pas tous des révolutionnaires, et là le mérite revient à ceux qui ont fait la révolution directement ou indirectement par leur audace et courage d'entre les 19 déc-14 jan ou par leur militantisme courant les années précédentes et là la troïka remplit bien les critères! Et si tu comptes ces gens là, ils seront à peine 50+1% du peuple'
Tu me parles de fond, en voilà le vrai fond est celui de la servitude que tu supposes par défaut et c'est une réflexion anté-révolutionnaire qui devrait être abolie!
Et enfin, entre nous, question, laisse ta haine aux musulmans de côté, tu crois vraiment que Ennahdha tentera de réinstaurer la dictature ?
@observator
balboul |05-12-2011 17:07
enfait il y a bien une vacance du pouvoir actuellement. D'ou l'appel de la trioka aessebsi pour reprendre les rennes

enfin, il y a peril dans la demeure de la democratie. Il ne s'agit effectivement pas de la conduite du pays, mais dans la definition de la manière dont cette conduite sera menée.

Et c'est encore limite plus important, puisque le mode de gestion conditionnera le resultat. Un systeme quasi dictatorial engendrera les meme maux. Et c'est tout le probleme posé par le projet nahdhaoui
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