La Banque de demain : innover ou disparaître !

Businessnews.com.tn | publié le 06/12/2017 19:59

 

Le secteur bancaire subit depuis la révolution plusieurs difficultés. Des réformes ont été engagées pour renouer avec les standards internationaux de performance et de bonne gouvernance et préparer les changements technologiques important qui se profilent. L’objectif étant de préparer "La banque de demain", une banque digitalisée et moderne. Focus.

 

La Tunisie fait face à de nombreux défis. Le pays s’est engagé sur le chemin difficile des réformes. Certaines ont bel et bien commencé, notamment la réforme bancaire avec la restructuration et la recapitalisation des banques publiques, la nouvelle loi bancaire ainsi que la refonte du statut de la BCT. La Banque centrale a révisé les ratios prudentiels mais avec la conjoncture du pays, les problèmes de liquidité et de mauvaise gestion dans certains établissements persistent. S’ajoutent à ceci les mutations technologiques profondes, le Bitcoin, le blockchain, les fintech, le crowdfunding, etc., le secteur bancaire tunisien doit se préparer à de mutations profondes et doit préparer "La banque de demain".

C’est dans ce cadre que l'Institut tunisien des études stratégiques (ITES) a organisé, mercredi 6 décembre 201 à Dar Dhiafa à Carthage, un séminaire sur le thème "La Banque de Demain : Les défis de la modernisation du secteur".

Ouvrant le séminaire, le directeur général de l'ITES Néji Jalloul indique que le pays est miné par les conservateurs et les personnes qui ne veulent pas changer. Il s’agit donc d’une occasion pour engager un débat franc sur ce secteur important.

Le secteur fait ainsi face, selon lui, à plusieurs défis, notamment la redéfinition du rôle de l’Etat, la modernisation de la gestion des risques, l’optimisation de la gestion des ressources humaines, l’internationalisation et la digitalisation.

 

 

 

Revenant sur les problématiques du secteur, le président du directoire d'Amen Bank et président de l'Association professionnelle tunisienne des banques et des établissements financiers (APTBEF), Ahmed El Karm a estimé que le système bancaire passe par une situation difficile caractérisée par un manque de liquidité et l’augmentation des risques et donc des charges bancaires. Il a appelé au remplacement du taux d’intérêt directeur par un taux d’intérêt d’usure qui encouragerait les banques à financer les PME. Il a évoqué le problème de la taille des banques tunisiennes et l’importance de faire des alliances pour l’émergence d’une banque régionale capable de relever le défi de l’internationalisation. S’agissant des banques publiques, il estime que la seule solution est leur privatisation. Il a appelé à ce que les banques soient traitées sur le même pied d’égalité des entreprises, évoquant dans ce cadre la contribution exceptionnelle qui devra être reconduite uniquement pour le secteur bancaire.

Le directeur général de l’Arab Tunisian Bank, Férid Ben Tanfous a admis, quant à lui, que les PME ont du mal à se financer par le système bancaire, à cause de la bureaucratie des banques mais également de l’ignorance de ces sociétés sur la manière de préparer leur dossier de financement, d’où 80% de rejet des demandes de financement des PME. Il a partagé l’opinion de M. El Karm : l’Etat doit se désengager du secteur bancaire qui est un secteur concurrentiel. Le DG de la Banque Nationale Agricole, Habib Belhaj Gouider a assuré que son établissement continue à financer l’agriculture, son activité historique.

 

 

Pour sa part, Nadia Gamha, directrice générale du contrôle bancaire, a rappelé le rôle important du secteur dans la collecte de l’épargne et du financement de l’économie. Le secteur bancaire a participé à hauteur de 78% du PIB dans le financement de de l’économie, précise-t-elle. La réforme a permis d’augmenter les capitaux propres des banques de 51% entre 2011 et 2016, pour atteindre 8 milliards de dinars, de telle sorte que la couverture du risque crédit a atteint 60%.

Ceci dit, Mme Gamha a pointé certaines lacunes du système bancaire notamment le fait que 10 banques sur un total de 23 accaparent 85% du marché, l’Etat détient 38% du capital des banques et présent dans 14 institutions, l’absence de banque tunisienne ayant un poids régional

Parmi les objectifs fixés par la BCT : atteindre Bâle III fin 2020, permettre le rapprochement entre les banques de la place, la création de nouveaux genres de banques comme la banque des régions, la création de champions régionaux, la révision de la présence de l’Etat dans le secteur bancaire en la limitant à certains secteurs stratégiques prioritaires et la digitalisation.

 

 

 

 

Mais à quoi va ressembler la banque de demain ? Pour le professeur universitaire Moez Labidi, la banque de demain permettra au client de comparer les offres et de venir de lui-même, de faire ses opérations basiques seul via le digital et de seulement demander conseil à son banquier. Ainsi, la digitalisation du système bancaire va permettre de limiter les pressions sur la liquidité, de diminuer le marché parallèle, tout en augmentant l’inclusion financière avec la proposition de produits sur mesure et la modernisation du système d’information, estime-t-il.

Elyes Ben Rayana, responsable BFI à la Banque internationale arabe de Tunisie, pense que l’évolution technologique pose deux défis majeurs : celui de trouver un business model et celui de la concentration de la valeur. L’émergence des smartphones a transformé le métier de banquier, mais savoir segmenter la clientèle sera la clé de la réussite, note-t-il

 

Mais quel sera l’impact de la digitalisation de la banque ? Le PDG de la banque tuniso-libyenne Zouheir Ouaka a indiqué que les experts affirment que 40 à 50% des parts de marché de la banque conventionnelle seront  grignotés. Des propos appuyés par le PDG de CAP Bank Habib Karaouli, qui a précisé qu’en 2020, 20% du réseau bancaire aux Etats-Unis sera fermé et que la Société Générale envisage de fermer d’ici 2021, 20% de ses agences.

Ceci dit, M. Karaouli pense que le business model de payer pour garder son argent va disparaître dans 15 ans : «Si vous n’innovez pas vous disparaissez», a-t-il martelé.

M. Ouaka affirme qu’un bon business plan, exige de la célérité et une législation flexible en termes de payement.

Pour sa part, le DG de la Société tunisienne de Banque, Samir Saied a souligné l’importance d’aller sur le marché avec des prototypes les tester puis les améliorer. Le plus aberrant, c’est qu’il considère que la rigidité législatif va permettre de protéger les banques tunisiennes pour un certain temps, des PayPal, Amazone, fintech, et compagnie.

 

Le secteur bancaire tunisien est condamné à se moderniser pour pouvoir renouer avec les standards internationaux de performance et de bonne gouvernance. Il doit faire rapidement sa révolution digitale pour répondre aux besoins d’une clientèle connectée de plus en plus exigeante, sinon il sera dépassé par d’autres institutions qui avec le temps pourront s’imposer sur le marché tunisien !

 

Imen NOUIRA

La Banque de demain : innover ou disparaître !

publié le 06/12/2017 19:59

 

Le secteur bancaire subit depuis la révolution plusieurs difficultés. Des réformes ont été engagées pour renouer avec les standards internationaux de performance et de bonne gouvernance et préparer les changements technologiques important qui se profilent. L’objectif étant de préparer "La banque de demain", une banque digitalisée et moderne. Focus.

 

La Tunisie fait face à de nombreux défis. Le pays s’est engagé sur le chemin difficile des réformes. Certaines ont bel et bien commencé, notamment la réforme bancaire avec la restructuration et la recapitalisation des banques publiques, la nouvelle loi bancaire ainsi que la refonte du statut de la BCT. La Banque centrale a révisé les ratios prudentiels mais avec la conjoncture du pays, les problèmes de liquidité et de mauvaise gestion dans certains établissements persistent. S’ajoutent à ceci les mutations technologiques profondes, le Bitcoin, le blockchain, les fintech, le crowdfunding, etc., le secteur bancaire tunisien doit se préparer à de mutations profondes et doit préparer "La banque de demain".

C’est dans ce cadre que l'Institut tunisien des études stratégiques (ITES) a organisé, mercredi 6 décembre 201 à Dar Dhiafa à Carthage, un séminaire sur le thème "La Banque de Demain : Les défis de la modernisation du secteur".

Ouvrant le séminaire, le directeur général de l'ITES Néji Jalloul indique que le pays est miné par les conservateurs et les personnes qui ne veulent pas changer. Il s’agit donc d’une occasion pour engager un débat franc sur ce secteur important.

Le secteur fait ainsi face, selon lui, à plusieurs défis, notamment la redéfinition du rôle de l’Etat, la modernisation de la gestion des risques, l’optimisation de la gestion des ressources humaines, l’internationalisation et la digitalisation.

 

 

 

Revenant sur les problématiques du secteur, le président du directoire d'Amen Bank et président de l'Association professionnelle tunisienne des banques et des établissements financiers (APTBEF), Ahmed El Karm a estimé que le système bancaire passe par une situation difficile caractérisée par un manque de liquidité et l’augmentation des risques et donc des charges bancaires. Il a appelé au remplacement du taux d’intérêt directeur par un taux d’intérêt d’usure qui encouragerait les banques à financer les PME. Il a évoqué le problème de la taille des banques tunisiennes et l’importance de faire des alliances pour l’émergence d’une banque régionale capable de relever le défi de l’internationalisation. S’agissant des banques publiques, il estime que la seule solution est leur privatisation. Il a appelé à ce que les banques soient traitées sur le même pied d’égalité des entreprises, évoquant dans ce cadre la contribution exceptionnelle qui devra être reconduite uniquement pour le secteur bancaire.

Le directeur général de l’Arab Tunisian Bank, Férid Ben Tanfous a admis, quant à lui, que les PME ont du mal à se financer par le système bancaire, à cause de la bureaucratie des banques mais également de l’ignorance de ces sociétés sur la manière de préparer leur dossier de financement, d’où 80% de rejet des demandes de financement des PME. Il a partagé l’opinion de M. El Karm : l’Etat doit se désengager du secteur bancaire qui est un secteur concurrentiel. Le DG de la Banque Nationale Agricole, Habib Belhaj Gouider a assuré que son établissement continue à financer l’agriculture, son activité historique.

 

 

Pour sa part, Nadia Gamha, directrice générale du contrôle bancaire, a rappelé le rôle important du secteur dans la collecte de l’épargne et du financement de l’économie. Le secteur bancaire a participé à hauteur de 78% du PIB dans le financement de de l’économie, précise-t-elle. La réforme a permis d’augmenter les capitaux propres des banques de 51% entre 2011 et 2016, pour atteindre 8 milliards de dinars, de telle sorte que la couverture du risque crédit a atteint 60%.

Ceci dit, Mme Gamha a pointé certaines lacunes du système bancaire notamment le fait que 10 banques sur un total de 23 accaparent 85% du marché, l’Etat détient 38% du capital des banques et présent dans 14 institutions, l’absence de banque tunisienne ayant un poids régional

Parmi les objectifs fixés par la BCT : atteindre Bâle III fin 2020, permettre le rapprochement entre les banques de la place, la création de nouveaux genres de banques comme la banque des régions, la création de champions régionaux, la révision de la présence de l’Etat dans le secteur bancaire en la limitant à certains secteurs stratégiques prioritaires et la digitalisation.

 

 

 

 

Mais à quoi va ressembler la banque de demain ? Pour le professeur universitaire Moez Labidi, la banque de demain permettra au client de comparer les offres et de venir de lui-même, de faire ses opérations basiques seul via le digital et de seulement demander conseil à son banquier. Ainsi, la digitalisation du système bancaire va permettre de limiter les pressions sur la liquidité, de diminuer le marché parallèle, tout en augmentant l’inclusion financière avec la proposition de produits sur mesure et la modernisation du système d’information, estime-t-il.

Elyes Ben Rayana, responsable BFI à la Banque internationale arabe de Tunisie, pense que l’évolution technologique pose deux défis majeurs : celui de trouver un business model et celui de la concentration de la valeur. L’émergence des smartphones a transformé le métier de banquier, mais savoir segmenter la clientèle sera la clé de la réussite, note-t-il

 

Mais quel sera l’impact de la digitalisation de la banque ? Le PDG de la banque tuniso-libyenne Zouheir Ouaka a indiqué que les experts affirment que 40 à 50% des parts de marché de la banque conventionnelle seront  grignotés. Des propos appuyés par le PDG de CAP Bank Habib Karaouli, qui a précisé qu’en 2020, 20% du réseau bancaire aux Etats-Unis sera fermé et que la Société Générale envisage de fermer d’ici 2021, 20% de ses agences.

Ceci dit, M. Karaouli pense que le business model de payer pour garder son argent va disparaître dans 15 ans : «Si vous n’innovez pas vous disparaissez», a-t-il martelé.

M. Ouaka affirme qu’un bon business plan, exige de la célérité et une législation flexible en termes de payement.

Pour sa part, le DG de la Société tunisienne de Banque, Samir Saied a souligné l’importance d’aller sur le marché avec des prototypes les tester puis les améliorer. Le plus aberrant, c’est qu’il considère que la rigidité législatif va permettre de protéger les banques tunisiennes pour un certain temps, des PayPal, Amazone, fintech, et compagnie.

 

Le secteur bancaire tunisien est condamné à se moderniser pour pouvoir renouer avec les standards internationaux de performance et de bonne gouvernance. Il doit faire rapidement sa révolution digitale pour répondre aux besoins d’une clientèle connectée de plus en plus exigeante, sinon il sera dépassé par d’autres institutions qui avec le temps pourront s’imposer sur le marché tunisien !

 

Imen NOUIRA

Commentaires (5) Commenter
Nadia - Un pays ne peut pas créer une virtual currency
Rationnel
| 07-12-2017 17:20
Si un pays ou un gouvernement cree une crypto currency, ça n'obéît plus a la définition d'une virtual currency dont le contrôle doit être décentralise et l'emmission limitée. Le Venezuela va essayer mais le succès ne va pas être au rendez vous. Le motif pour la création des virtual currencies comme Bitcoin est que les banque centrales du Monde se sont mise a imprime de l'argent (3,5 mille milliards aux USA, et des sommes comparables en Europe, au Japon, Chine,...).

Pour créer une monnaie virtuelle il suffit d'une équipe de 5 personnes qui se connaissent dans le domaine, mais il faut que cette monnaie soit originale et satisfaits des objectifs qui ne sont pas déjà bien couverts par les crypto existantes. Il y'a plus de 1500 monnaies virtuelles, la plupart vont disparaître et seuls vont survivre celles qui vont satisfaire un objectif (Bitcoin comme réserve de valeur, IOTA comme monnaie pour les IoT, Ethereum pour les contrats, Zcash transactions anonymes, ...).
Tunisian virtual currency
Nadia
| 07-12-2017 16:50
A l'instart du bitcoin, notre cher patrie peut créer son propre monnaie virtuel. Pourquoi pas?!
La banque de demain ne sera pas une banque
Rationnel
| 07-12-2017 14:00
On s'est débarrasse de la dictature et dirigisme politique, mais on vit toujours le sous le dirigisme économique et financier. Au moins 50% pour de l'économie est parallèle, donc les banques ne peuvent en aucun cas être responsable de 78% au financement du PIB puisqu'on a peu d'informations sur l'économie parallèle devenue économie principale.
En voulant tout contrôler et tout centraliser, l'élite va perdre tout contrôle. La monnaie décentralisee (bitcoin et crypto) est comme l'Internet et aura un grand succès en Tunisie, chaque individu sera alors sa propre banque et plus besoin de ces banques d'un autre age. "La rigidité législative va protéger les banques tunisiennes pour un certain temps, des PayPal, Amazon, fintech, et compagnie" mais plus on retarde le progrès plus l'ajustement sera difficile, brusque et coûteux.
Grossière erreur
Moustache
| 07-12-2017 07:26
Il ne fallait surtout pas leur dire qu'ils vont disparaitre dans 15 ans!

Tous ce qu'ils ont retenus c'est qu'ils sont encore tranquille pour 15 ans, rien de plus.

On leur a parlé de paypal, et du gain qu'ils pouvaient engendré aux developpeurs et aux tunisiens, de la rentré en devise qu'ils étaient possible de faire, Eux nos banquiers de la préhistoire, tout ce qu'ils ont fait, ils sont resté longtemps a comprendre ce que cela voulait dire jusqu'a ce que paypal annule toute transaction avec la Tunisie (Adieu les rêves de centaines de milliers de jeunes)
on leur avait demandé de trouver juste avant une solution, ils nous ont pondu la carte technologique internationale ou celui qui veut rémunérer un tunisien a partir de l'étranger, doit aller à la poste du coin ou a la banque pour faire un virement classique (sur la carte il y a écrit au dos: Bienvenu au moyen age!)
La seule grande prise de décisions supposé ingénieuse et de vérifier tous les mois si il n'y a pas quelqu'un qui joue sur des sites de pari en oubliant que leur carte de merde ne permet que ca.
La dernière fois qu'on leur a parlé de cryptomonnaie, et de simple puissance de calcul qui permettait via des calculs complexes et un système de récompenses de gagner une pourcentage qui dépendait de la pool de calcul (dont leur puissance de calcul) et on leur a dit que ces échanges de transactions se faisaient en peer to peer", ils ont essayé de lancer un appel d'offre pour l'acquisition de peer to peer (les informaticiens avertis comprendront que c'est comme vouloir acheter de l'air ambiante pour son climatiseur, l'un est gratuit et les deux ne fonctionnent pas pareils) Pourtant on leur a bien dit que cette monnaie par du principe qu'elle ne peut pas être contrôlé par une banque, ... mais non ils ne veulent pas, ils croient vraiment (et quand je dis vraiment c'est qu'ils le croivent vraiment... surement a cause de l'age ou de leur QI en baisse), qu'ils vont trouvé un système permettant de maitriser l'invisible.

Donc au final entre innover ou disparaitre je dirais disparaitre, ils utilisent de l'argent virtuel pour s'enrichir (puisque dans le réel les achats ou paiement de salaires, par exemple ne sont que des transactions numériques et non de l'argent réel). Ca même les nouvelles techno le font et bien mieux.
Et par SMS!
DHEJ
| 06-12-2017 21:23
Innover le FÉODALISME!
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