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L’élection uninominale à deux tours, fausse solution à un vrai problème

L’élection uninominale à deux tours, fausse solution à un vrai problème


Par Tarek Chaabouni*

 

Depuis 48 heures, une pétition circule pour demander l'instauration d'une nouvelle loi électorale dite "l'uninominal à deux tours". Vu la personnalité des signataires, tous issus des milieux démocrates et de gauche, il est facile de comprendre la motivation politique et non pas scientifique de la proposition.

 

Faisons d'abord une remarque "futile" sur ce système qui est si bon qu'il n'est adopté que par un seul pays au monde, la France!

Il fût adopté en France, en même temps que le régime présidentiel afin qu'il ne soit pas "bloqué" par les députés que De Gaulle, l'instaurateur de la Ve République qualifiait du joli nom de "godillots" et qu'on peut encore voir illustré sur les colonnes du "Canard Enchaîné" par des chaussures ouvertes sur l'avant.

Il était donc destiné à créer une majorité, de droite bien sûr, puisque les circonscriptions rurales étaient sur-représentées et qu'elle visait notamment à réduire le poids électoral du Parti Communiste. Cette majorité dura bien 23 ans et ne permit l'alternance qu'après la victoire de Mitterrand en 1981 et les élections législatives qui suivirent. Cette majorité de Droite était garantie, même quand en 1973,la Gauche obtînt plus de voix(500.000).

 

Aujourd'hui, en Tunisie, la motivation de ceux qui proposent cette loi est claire, empêcher une victoire électorale attendue d'Ennahdha aux Législatives de 2019. But légitime et que je partage. Mais la proposition risque au contraire d'accentuer cette victoire et non de la freiner. Passons outre la difficulté majeure que sera la constitution des circonscriptions qui serait une source majeure de contestation de la légitimité du processus électoral. Qui y procédera? Selon quels critères? Le Parlement où les partis existants s'arrangeront entre eux pour dessiner les contours des futures circonscriptions selon la carte électorale désormais connue au niveau de chaque bureau de vote? L'ISIE à la crédibilité largement entamée?

Et puis venons-en à l’argument principal en faveur de cette loi : au deuxième tour, nous les démocrates voteront ensemble pour le candidat « démocrate », en réalité le non-nahdhaoui. Ce réflexe dit « républicain » repose sur un schéma politique européen où Gauche extrême et modérée, Droite républicaine et fasciste sont tous identifiés historiquement. Ce schéma, qui n’a jamais existé chez nous est d’ailleurs de moins en moins réél. Les candidats non- nahdhaouis (Jabha et Tayyar et Nidaa et indépendants de toute sorte  compris) se désisteraient  tous au profit du mieux placé même si l’écart de voix est minime et laisse l’espoir d’un renversement de situation au deuxième tour. Ils obéiraient tous( ?) ainsi à leur conscience profondément hostile à Ennahdha et aux consignes de leurs partis dont nous connaissons hélas le très faible sentiment d’appartenance qui les caractérise. Le « Tourisme politique » des Députés est engendré par celui des candidats comme le savent tous ceux qui ont une expérience du terrain.

 

Enfin, face à une Droite et une Gauche non identifiés dans notre pays, par quel miracle 217 élections partielles donneraient-elles une majorité. Les uninominales donneraient-elles une majorité claire ? Il arrive souvent que le Parlement n’en ait pas une et c’est le cas du Parlement anglais actuel d’où le joli surnom de « Hung Parliament », un Parlement « pendu ».

 

Il est clair que l’on veut obtenir par cette loi un objectif politique que l’on désespère d’obtenir par un moyen plus simple, plus honnête et plus transparent envers les électeurs : Une alliance des forces qui s’opposent à Ennahdha dont on peut légitimement redouter les tendances hégémoniques voire même dictatoriales si elle s’emparaient seules du champ politique, risque qui est atténué par le système proportionnel corrigé par un seuil de répartition de sièges à 5% qui aurait le double avantage de nous éviter les Tebbini (candidat issu de l’uninominal puisqu’il s’est fait élire par son clan, les tbabnia) et de limiter le trop-plein de candidatures.Est-il suffisant de ne pas être Nahdhaoui pour être uni et suivi par les électeurs ? Ou alors faut-il bâtir tant qu’on en a le temps une alliance large des forces civiles et démocratiques, vraie garantie d’un pluralisme juste, équitable et efficace dans nos institutions politiques.

 

 

*Tarek Chaabouni : Membre du Comité Politique AL BADIL

 


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Commentaires (11)

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Mourad Lotfi
| 15-09-2018 10:02
Vous dites : « Il est facile de comprendre la motivation politique et non scientifique de la proposition. ». La politique ne peut être en aucun cas une science exacte. Les objectives des élections sont des choix politiques et non des recherches scientifiques. Et de toute façon je n'ai trouvé dans votre analyse aucun argument scientifique, mais des motivations certes non politiques mais non dépourvues de motivations politiciennes. Et pour preuve vous affirmez en parlant du mode de scrutin des législatives françaises : « Cette majorité de droite est garantie, même quand en 1973, la Gauche obtînt plus de voix (500000). ». Je vous prie donc d'une part de vous documenter avant de lancer des chiffres et d'autre part de faire une analyse objective. Voici des chiffres que je vais publier et qui peuvent être consultés sur Wikipedia. Au premier tour, en 1973 certes l'Union de la gauche a obtenu plus de voix que les « gaullistes » 11090644 contre 9698901 soit 1391743 voix de plus, mais si on rajoute l'ensemble du centre (de Jean Lecanuet et JJSS avec 3 millions de voix), alliés des gaullistes la tendance s'inverse au détriment de l'union de la gauche (PS, PC et divers gauches), soit 1588238 voix de moins. Et les résultats du second tour sont plus révélateurs des avantages du scrutin à 2 tours. Puisque les « gaullistes » obtiennent au second tour 1360686 voix de plus qu'au premier tour soit au total 11059587 voix et l'Union de la Gauche perd 326177 voix (malgré l'augmentation du taux de participation) par rapport au premier tour, soit au total 10764467 voix. Donc au second tour le parti gaulliste seul a obtenu 295120 voix de plus que l'Union de la Gauche et si on rajoute les voix obtenus par les alliés des gaullistes l'écart s'accentue à 1927098 voix. Donc Monsieur, ou vous formulez sciemment une antiphrase ou vous lancez un paradoxe politico-politicien.

Amcha
| 14-09-2018 16:52
Je partage l'avis des internautes , n'ayant encore pas fait ses preuves à la tête de cette institution centenaire . A travers les rues de tunis partout où on passe le pourtour du marché sidi el bahri et de voir cette gangrène qui ronge le quartier et la mascarade de la police municipale qui a trois reprises ont fait le ménage et le résultat était extraordinaire mais pour une période trop courte pourra -t-elle faire mieu et vite car il y'a une une place aménagée et prête à être utilisée de suite si elle mérite ce poste elle doit réagir de toute urgence pour prouver sa compétence et qu'elle remplie son poste de maire . On attend elle sera jugée à temps

AH
| 14-09-2018 15:58
Après avoir tant crié pour la démocratie et les libertés et participé à l'instauration ( à travers l'assemblée constitutionnelle ) d'un système politique qui ne marche pas et qui n'est pas adapté au pays et qui ne sert que les partis influents, voila que l'on reviens à une des méthodes favorisées dans les systèmes oppressifs soit la pétition !.

Les politiciens feraient mieux de pétitionner pour inviter les citoyens à participer aux élections et à intéresser le citoyen au destin du pays et des générations futures. En effet, sans électorat et sans intérêt des citoyens pour la politique, la démocratie n'a plus de sens et devient même la dictature d'une minorité.

Tout ou presque est à revoir chez la majorité de politiciens pour sauver le pays qui tombe!.

kameleon78
| 14-09-2018 15:38
Les islamistes ont perdu 1 million d'électeurs depuis 2011, comment peuvent-ils faire un raz de marée? Si les modernistes s'unissent, le parti islamiste serait réduit à 10% des suffrages exprimés. Ce qui sauve les islamistes ce sont les divisions dans le camp des démocrates progressistes, les nahdaouis ne proposent rien, ils n'ont aucun programme pour sortir le pays du marasme, ils ne comptent que sur la division de leurs adversaires pour gagner, pour le reste c'est le vide sidéral.

Microbio
| 14-09-2018 14:11
Les pseudo-politiciens s'opposent à eux-mêmes. A ce jour, n'ont pas compris que la conquête du pouvoir dans une démocratie exige une MAJORITE. Cette majorité est là, il suffit de chercher l'union avec les autres forces politiques du pays.
Au lieu de s´unir dans une famille ou un mouvement politique, chacun a fondé un parti politique: c'est vraiment pathétique et ils désespérément perdus.

Leur ego est tellement grand que l'on peut dire: tout le monde a perdu la tête!

Ombrax
| 14-09-2018 13:03
Bien que je partage ses réflexions, monsieur Chaabouni est aussi un touriste politique puisqu'il a déserté le parti communiste (proche de l'actuel Massar). Quant au rassemblement des forces démocratiques sous la même casquette, c'est un voeu pieux de tous les tunisiens depuis 2011. Mais hélas, comment le faite comprendre à Marzouk, Joma3, Hamma et d'autres comme eux imbus de leur petite personne.

Tarek R
| 14-09-2018 12:12
Un vrai tsunami Nahdhaoui en perspective l'année prochaine. Et ça sera entièrement la faute des forces dites démocrates.

Entre le parti du fils de papa et l'hostilité ouvertement assumé de l'élite intellectuelle envers l'identité du pays, comment voulez-vous que les Tunisiens lambda votent pour des progressistes qui déclarent la guerre à leurs croyances et convictions.

Le Tunisien lambda a faim, pendant ce temps l'intellectuel à la con lui cri que le rapport de la COLIBE c'est la priorité absolue

Ennahdha est une catastrophe, mais elle va l'emporter largement, comme en 2011 et elle peut dire merci à une gauche qui ne retiendra JAMAIS ses leçons.

Continuez dans votre dodo les gauchos-bobos...

Fehri
| 14-09-2018 00:49
Le notre, représentation proportionnelle, nous a donné un députer avec moins de 5% au total 280 voix. Non, il ne faut pas chercher le parfait mais plutôt le representative avec un pourcentage solide c'est à dire un vrai mandat du peuple. Notre système permets à la personne en seconde place d'etre Un backup si jamais le premier devient un secrétaire d'etat. Non, notre sytème est préféré des partis de gauche et des petits partis parce que cela leur donne la chance même avec 6% d'etre Député.

Bedra
| 13-09-2018 23:35
Voilà un autre exemple vivant d'ignorances et de contre vérités contre lesquels nous luttons. Un "seul" pays dites-vous ? Mise à part le capharnaüm des idées, les petits clins d'?il, la chose et son contraire et pour votre gouverne nous vous signalons que mise à part la France plusieurs autres pays pratiquent le scrutin majoritaire à deux tours : la Bulgarie, l'Autriche, l'Ukraine, la Finlande, la Russie, le Portugal... et chez nous (pour les présidentielles). "En Afrique francophone Sub-saharienne, le système est utilisé par la République centrafricaine, le Mali, le Togo, le Tchad, le Gabon, l'île Maurice, le Congo et par l'?gypte. Cuba, Haïti, l'Iran, le Kiribati ainsi que les îles Comores emploient également le scrutin à deux tours pour leurs élections législatives, tout comme les '?tats post-soviétiques du Bélarus, du Kirghizistan, de Macédoine, de Moldova, du Tadjikistan, de l'Ukraine et de l'Ouzbékistan". A moins que pour vous, ce ne sont pas de "vrais" pays !

magid
| 13-09-2018 22:56
bullshit cet article , sur 125 circonscriptions, niveau tolérable du nombre de députés pour 11 millions de citoyens, il y a combien de tbainia 3, 4 ,5 et alors ?! Au 2ième tour, le vote devient plus massif et la sagesse populaire s'impose. Au moins, les électeurs peuvent mettre un nom et une identité à celui qu'ils auront choisi, et ultérieurement lui demander des comptes et au besoin le sanctionner par son élimination aux législatives suivantes

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