L’éclatement de la Troïka nous mènera-t-il à la dictature ?

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Par Radhouane SOMAÏ

Des triumvirats (mot plus joli que le bolchévique « troïka »), l’histoire de l’Antiquité en retient deux. Le premier met fin à la République romaine et aboutit à la dictature de Jules César, le deuxième finit par le sacre d’Octave, futur empereur Auguste. Plus proche de nous dans le temps, le Consulat entre les mains de Bonaparte, Sieyès et Ducos renforce le pouvoir du futur Napoléon 1er.
Petit exercice de style, dans une contre-utopie postrévolutionnaire, qui seront nos Pompée- Crassus, Marc Antoine - Lépide ou bien Sieyès- Ducos ? Les loosers de la révolution sont : roulement de tambour, Mustapha Ben Jaâfar et Moncef Marzouki, haut la main…

L’idée que deux partis estampillés « démocrates et séculiers » puissent servir de gardes–fous aux islamistes était séduisante. Ettakatol et le CPR, deux minuscules partis auréolés par la réputation d’opposants implacables au régime dictatorial (en mode mineur pour le premier), ont fait une percée remarquable lors de la campagne électorale. Petit coup de pouce du sort ou du mode de scrutin, ils se partagent un nombre non négligeable de sièges.
Maintenant, si on se fie aux bisbilles et guerres intestines qui ravagent ces deux formations, on peut conclure qu’elles n’auront été que des plateformes de lancement pour mettre Mustapha Ben Jaâfar et Moncef Marzouki sur orbite. Objectif présidence et peu importe si la fusée explose en vol.

Marzouki président, personne ne tient plus la maison CPR qui n’a de congrès que le nom. Le parti se mue en un Ennahdha bis, pendant que l’aile social-démocrate cuve sa débandade et que Tahar Hmila tire sur tout ce qui bouge. Ettakatol n’a plus de bloc que son nom lui aussi. Personne ne contrôle plus l’électron libre Khemaïs Ksila et de nombreux militants se sentent floués par les décisions stratégiques de MBJ. Il ne fallait pas se leurrer par les dizaines de milliers de militants qui constituent ces deux formations. Cela n’aura été, finalement, que deux gros poulets nourris aux hormones sans saveur ou idéologie pour cimenter les troupes.

Pendant que les benjamins de la Troïka se donnent en spectacle, le grand frère, lui, ne dévie pas de son chemin. Les militants d’Ennahdha avancent en rangs serrés, comme des légions romaines. Ordre, discipline, sens de la hiérarchie, même si les bruits de couloir annoncent quelques dissensions internes, en public rien ne transparaît. Finis aussi les dérapages incontrôlés, les déclarations improvisées obligeant Samir Dilou à faire le nettoyage après-coup. Le discours est mijoté à l’avance. Même le fantasque Moncef Ben Salem est revenu sur quelques-unes de ses certitudes et s’est découvert une tendresse émouvante pour Bourguiba et les juifs.
Ennahdha cède quelques strapontins ministériels (les moins stratégiques) à ses partenaires en misant sur leur auto-sabordement. Mais aussi sur leur propre détermination. Et les exemples historiques cités plus haut montrent que dans ce genre de situation c’est souvent le plus énergique, ambitieux, obstiné, cynique qui gagne à la fin. Mustapha Ben Jaâfar qui révise ses idéaux contre un titre « honorifique » de président de l’ANC n’entrera pas dans l’Histoire. Déjà que les élus d’Ennahdha pensent lui avoir fait trop de concessions et manigancent dans les coulisses pour lui barrer la route à la présidence de la commission en charge de la rédaction de la Constitution. Car il est « un danger pour l’identité arabo-musulmane du pays », rien que ça.

Concernant Moncef Marzouki, il est à parier qu’il se coulera tout seul. Nommé président provisoire de la République avec des prérogatives très limitées comme dans tout régime parlementaire (vers lequel on se dirige), le sémillant docteur n’arrive pas à se faire une raison. Comme pour les présidents, italien, allemand ou autrichien, Moncef Marzouki devait se contenter de faire le beau devant les caméras lors des cérémonies officielles, apposer sa signature sur quelques traités, et être une sorte d’objecteur de conscience quand l’Etat dérive des valeurs humanistes. Sauf que monsieur le président veut être un vrai président. Une dose de cynisme pour arriver à ses fins ne le rebute plus. Et si l’extradition de Baghdadi Mahmoudi peut servir le rapprochement voulu avec la Libye, lui le farouche opposant à la peine de mort, n’y voit aucun inconvénient. L’homme qui n’est pas à une toquade près (burnous, « séfirate », palais présidentiels, France, Libye, vœux de fin d’année…) est clairement en campagne pour les prochaines élections.
Hamadi Jebali n’a pas rappelé son président à l’ordre. Pour la simple raison que le spectacle de ce dernier ne convainc personne. Son attachement soudain et racoleur à l’identité arabo-musulmane, lui dont l’agnosticisme est connu de tous dans les cénacles politiques, scelle le désamour avec ses sympathisants de toujours et peinera à lui attirer le vote populaire.

La concurrence sur le créneau du populisme sera très rude. On a eu beau nous dire que le clivage droite/gauche est anachronique, après quelques hésitations et promesses fleuries, le projet d’Ennahdha s’inscrit clairement dans un projet de société ultraconservateur et ultralibéral. Les sociaux-démocrates du CPR et d’Ettakatol très mal à l’aise par le rejet d’une grande partie de l’opinion publique des valeurs de la gauche ont tenté d’arrondir les angles. Des concessions qui n’auront fait que renforcer les islamistes. Des islamistes, eux, droits dans leurs bottes, décomplexés et dont l’aile dure n’hésite plus à afficher son nationalisme exacerbé teinté de xénophobie, ses velléités expansionnistes…
Khomeiny avait manipulé la gauche iranienne le temps d’asseoir sa mainmise sur l’Iran. L’analogie avec le contexte tunisien serait certes approximative, le Guide de la révolution iranienne ayant vraiment mené la contestation contre le Shah depuis Neauphle-le-Château, son charisme et son magnétisme étant sans commune mesure avec ceux de Rached Ghannouchi, mais nous pouvons légitimement nous demander ce qui empêcherait Ennahdha délestée de ses alliés de sombrer dans un régime autoritaire.
La bourgeoisie d’affaires après quelques hésitations s’est fait une raison. Des médias adeptes du « le roi est mort, vive le roi » ont vite fait de montrer patte blanche au nouveau pouvoir. Les autres agacent fortement le gouvernement. Avec une conception très particulière de la liberté de la presse, Hamadi Jebali a décidé ni plus ni moins (et c’est une première dans les annales) de NOMMER les rédacteurs en chef des médias publics, ou plutôt gouvernementaux. L’idée que se font les nouveaux maîtres de la Tunisie de l’indépendance de la justice est tout aussi particulière, rejetant le principe d’une instance judiciaire supérieure élue et en optant pour une instance formée par la Constituante et sous sa tutelle. Nous avons rêvé d’une police républicaine qui ne serait plus le bras répressif du pouvoir mais force est de constater que les victimes et les bourreaux d’hier se tapent déjà sur le ventre…

Nous ne parlerons pas de l’opposition qui roupille en rêvant de se constituer en bloc uni (et allez comprendre comment les anciens communistes d’Ettajdid pourraient s’entendre avec les libéraux d’Afek), ni du rôle de l’armée et de la première visite officielle du Général Ammar, au Qatar (l’auteur de ces lignes n’est pas téméraire).
Il ne nous reste plus qu’à nous poser la dernière question : qui empêchera Ennahdha de sombrer dans la dictature ?
56 commentaires
la démocratie
4nr25kv |26-01-2012 16:32
j'aimerais voir des islamistes démocrate,car la démocratie c'est la réligion qui nous plais ou athée?et je n'ai pas encore vus des islamistes opérer dans ce sens là?
@démocrate(s)musulman et (pitié supprimez)laîc
odin |10-01-2012 22:49
monsieur,le démocrate,musulman et laïc.vous nous gonflez avec votre pseudo.vous nous dites:chers amis,vous qui êtes encore attachés aux libertés et à la démocratie.je vous pose une question simple:la liberté et la démocratie auxquelles vous êtes attachés, vous les avez vécu ou?en tunisie?!dans un rêve?!ou dans un pays étranger chez qui ces principes ne s'appliquent qu'aux autochtones!le c'est de la poudre aux yeux!
faites des propositions,des idées même si elles ne sont lumineuses,c'est mieux que l'incantation et mâcher du libène !
le mot laïc,il faut le proscrire et trouver une formule bien de chez nous et donnera le même résultat.(séparation entre religion et état).!si vous estimez que j'ai tort ?injuriez-moi
ps:je à disposition!
Dictature !
PORTHOS |10-01-2012 16:16
Analyse certes pertinente, mais oh combien alarmiste; perdant au passage un peu de son objectivité.
Pourquoi l'éclatement?
Many Gotlek! |10-01-2012 11:26
Pourquoi attendre l'éclatement du troïka pour voir venir la dictature? Nous n'y sommes pas déjà?
@Algerienne-simplement
gawri |09-01-2012 19:28
malgré toutes les attaches, tant matérielles que sentimentales, que j'ai en Tunisie, je dois avouer que j'envisage de plus en plus d'aller en Algérie, le seul pays ayant eu une attitude correcte pendant que le "tyran français" bombardait les civils libyens.

Ma France natale, avec ce nain demi-juif sioniste, est devenue invivable. C'est une VRAIE dictature dans laquelle tout honnête citoyen qui vit comme un "bon français", aimant boire et manger et fumer et... comme au "bon vieux temps", peut se retrouver en prison comme un vulgaire criminel alors qu'il n'a causé de préjudice à personne. Jamais du temps de ZABA, à ma connaissance, un honnête citoyen tunisien vivant à sa guise (bien souvent comme un "bon" français, buvant, bouffant, etc...) n'a été mis en prison à cause de son mode de vie, pourtant en contradiction avec la coutume locale.

Malheureusement, les tunisiens ignorent que le gros *** moustachu (je regarde à l'est), a aidé, en envoyant ses "unités spéciales" au sol, les pays sionistes (USA, GB, F, et autres nuls de l'OTAN) à tuer des civils libyens innocents (au moins 70 000) et détruire une belle ville comme Syrte, et faire lyncher Ghadhafi, et...., dans le but d'assurer l'hégémonie d'Israël et le pillage du sous-sol libyen par les puissances occidentales ruinées. Ils ignorent aussi que le CNT est une pure invention de la CIA, ce qui explique leurs difficultés actuelles. Et que penser du projet de "fusion" entre Tunisie et Libye ?
Tout va dans le même sens, et vite !

Je suis français "de souche", un "sous-chien" comme disent certains "chez nous-là-bas" haineux, de deuxième, troisième, voire quatrième génération, mais je peux vous assurer qu'il existe une vieille relation d'amour, vieille de 180 ans (130 + 50), des peuples algériens et français.

En revanche, je dois avouer que le sentiment anti-français est beaucoup plus fort en Tunisie qu'en Algérie, et pourtant, dans las années 55/60, que de différence entre la "guerre d'Algérie" et le départ de la France de Tunisie !

Merci de votre invitation dans votre pays !
la relligion c'est le sous développement
BOURGUIBA |09-01-2012 18:53
Un article plein de bon sens et qui donne une analyse objective de la situation politique du pays. Quel audace ,ça change beaucoup de cette presse arabe aux ordres des nouveaux maître de la tunisie.Continuez chèr monsieur à nous régaler avec de tels articles afin de dénoncer ce qui se trame dans les coulisses d'ennahdha qui aboutira ,inéluctablement , à une dictature théocratique pire que celle de ben ali.Merci les débiles tunisiens englués dans vos délires religieux ,qui je saches ,n'ont jamais été à l'origine du développement mental ,économique et scientifique .PLOUCS VOUS ETES ,PLOUCS VOUS DEMEUREREZ.
Pas de Chance, Tunisie !
Ghalyun |09-01-2012 18:48
Après de élections libres et démocratiques que tout le monde applaudissait, on eu droit à une troïka pour gouverner. Malgré que la moitié de l'électorat fût absente, on a laissé faire, pensant que "les absents ont tjrs tort". Donc c'est OK pour une nouvelle gouvernance à TROIS TETES. Mais après les tractations et négociations d'usage entre les trois, on a eu droit à UNE TETE et DEUX QUEUES. La tête n'est malheureusement pas bien pensante et les queues ne servent à rien. Les problèmes des maisons Attakattol et CPR profitent à Annahdha contre le bon peuple. La Tunisie parait ainsi maudite et n'a pas de chance avec la gouvernance.
@Radhouane SMAI: L'idée que se font les nouveaux maîtres de la Tunisie de l'indépendance de la justice est tout aussi particulière, rejetant le principe d'une instance judiciaire supérieure élue et en optant pour une instance formée par la Constituante et sous sa tutelle
Engineer Juridique |09-01-2012 18:38
Alors merci de l'avoir dit car il va avec les prérogatives des la convention des nations unies contre la corruption qui invite les état membre à veiller sur l'intégrité des juges, meme plus en leur impsant une ligne de conduit et dont voice le texte qu'il faut lire impérativement:

Mesures concernant les juges et les services de poursuite
1. Compte tenu de l'indépendance des magistrats et de
leur rôle crucial dans la lutte contre la corruption, chaque État
Partie prend, conformément aux principes fondamentaux de son
système juridique, des mesures pour renforcer leur intégrité et
prévenir les possibilités de les corrompre, sans préjudice de leur
indépendance. Ces mesures peuvent comprendre des règles
concernant leur comportement.

Alors cur ça ENNAHDHA fait bien les choses car la corruption réside où d'après toi Radhouane SOMAI???

J'espère lire ton commentaire ou ne plus répéter ses aberrations!

Cordialement!
c'est déjà fait non ?
le chat |09-01-2012 18:34
Quoi, nous ne sommes plus en dictature ? On a jamais cessé de l'être, et ca va s'empirer. Une dictature religieuse en plus, c'est la pire.
Il nous manque un vrai leader
Baz2X1 |09-01-2012 17:49
L'histoire des triumvirat est marquée par le génie des dictateurs qui en résultent. Jule César et Napoléon ont gagnés des batailles armées et politiques pour mériter le respect de leur peuple. Ils ont eu une formation d'excellence qui les rend supérieur et de grands visionnaires. Ils étaient jeunes aussi. ci on parle de triumvirat de vieux nuls à qui on a offert le pouvoir sur un plateau. A des leaders contestés par leurs partis, dépendants d'autres pays, faibles et incompétents. Napoléon est arrivé au pouvoir après ses victoires en Italieet sa compagne en egypte, Jules César après avoir conquit la Gaule. Et là des petits morveux qui n'ont de gloire que de se faire ...dans les caves.
PS: Napoléon s'est adressé aux égyptiens en étant musulman comme eux après avoir étudier le coran pendant son voyage. Comme quoi tout le monde peut nous prendre pour des c***
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