Ennahdha : partager le butin et vendre les bijoux de famille

Envoyer cette page

Par Salah Oueslati*

Les dirigeants du parti Ennahdha se comportent de plus en plus en terrain conquis et ne s’encombrent plus de formalités pour imposer leur volonté à l’ensemble du pays avec une désinvolture surprenante. L'arrogance, ici, le dispute à l'inconscience. Il n'est pire sourd, on le sait depuis belle lurette, que celui qui ne veut pas entendre. Après avoir, il y a quelques mois, entériné une augmentation exorbitante des indemnités des membres de l’ANC ; après avoir placé ses membres aux postes-clés du gouvernement, dans la haute administration et dans les médias, Ennahdha décide aujourd’hui d’utiliser l’argent du contribuable tunisien et d’amputer ainsi le budget de l’Etat d’un milliard de dinars, pour verser des indemnisations à ceux qui ont été «persécutés» sous l’ancien régime, y compris ceux qui ont commis des crimes de droit commun, pourvu qu’ils soient des supporters zélés de ce parti.

De nombreux pays, en Amérique latine, en Europe et en Asie ont récemment connu une transition démocratique pacifique ou une révolution, mais aucun n’a eu recours à ce genre d’indemnisations, sans parler de l’exemple du sud-africain Nelson Mandela. Après avoir montré le chemin de la liberté au reste du monde arabe, la Tunisie, avec ces pratiques de république bananière, est-elle devenue la risée de la planète ? Cette décision d’indemnisation est d’autant plus scandaleuse que ceux qui ont été emprisonnés ou démis de leur fonction sous l'ancien régime ont déjà intégré leur corps d’origine avec toute l’ancienneté qui leur revient. Ce qui constitue une compensation juste, équitable, justifiée et largement suffisante, sauf à vouloir dépecer le pays par morceau comme des charognards affamés et sans scrupule. Que peut-on attendre de dirigeants qui se comportent de la sorte alors que la situation économique du pays est catastrophique et ses finances exsangues ?

Le pays est, aujourd’hui, témoin que les islamistes sont désormais mal placés pour donner des leçons de morale et de vertu à la population tunisienne. Ces qualités on les retrouve du côté de ceux qui ont eu l’élégance de décliner de telles offres, comme Hamma Hammami et d’autres leaders politiques. Ce dernier a connu la prison, la persécution et la clandestinité depuis bien plus longtemps que les islamistes, mais il a mené son combat pour des principes, pour une cause, pour l’amour de la liberté et tout simplement par amour pour son pays. Le patriotisme et le don de soi ne sont pas monnayables sauf pour ceux qui nous gouvernent. Des pratiques qui n’ont rien à envier à celles de l’ex-dictateur et des membres de sa famille : derrière le discours moralisateur se cache un goût immodéré pour le pouvoir et une cupidité sans limite.

Les caprices de Monsieur gendre

Les nahdhaouis sont désormais champions toutes catégories dans l’art de gaspiller l’argent public. A la surprise générale, Monsieur gendre, Rafik Abdessalem, prend une initiative capitale pour l’avenir géopolitique du pays : établir des relations diplomatiques avec les Seychelles (100 000 habitants au plus). Une destination très prisée par les milliardaires pour ses hôtels luxueux et ses plages de sable fin. Mais rien n’est trop beau ni trop cher pour Monsieur gendre pour voyager au gré de ses envies et aux frais de la princesse, et ce, en l’absence de toute stratégie diplomatique et géopolitique bien définie et collégialement arrêtée par les plus hautes autorités de l’Etat. Monsieur gendre donne l’impression qu’il ne rend des comptes qu’à lui-même ou peut-être qu’à son mentor et beau-père Rached Ghannouchi. Cette situation serait tragi-comique si ce n’était pas le destin et l’avenir d’un pays trois fois millénaire qui sont en jeu.

La Tunisie est à vendre, même pas au plus offrant !

Le même état d’esprit domine quand il s’agit de gérer les deniers publics. Des décisions sont prises en catimini et sans appel d’offre accordant aux investisseurs qataris une entrée exclusive, mais non sans danger, dans les capitaux de nombreuses entreprises publiques ou semi-publiques : STEG, SONEDE, Tunisiana, etc. Des terres agricoles seraient vendues à ces mêmes investisseurs ; une autorisation de bâtir un gigantesque projet immobilier à La Marsa est accordée, au mépris de toute règle environnementale et sans tenir compte du fait que les côtes de cette zone sont largement bétonnées. Sans oublier la construction d’un énorme complexe touristique à Tozeur alors que la région est largement dotée d’une telle infrastructure et que la priorité d’aujourd’hui est la remise à niveau du parc hôtelier existant.

Incompétence, insouciance ou stratégie bien pensée ?

Tout dirigeant avisé, soucieux d’une gestion de bon père de famille, ne devrait jamais mettre tous ses œufs dans le même panier. C’est le b.a.-ba du principe d’une gestion saine que tout étudiant est amené à apprendre dès son entrée en première année de faculté de gestion. D’abord parce que la faillite ou le désengagement de l’investisseur qui a le monopole sur un pan entier de l’activité économique d’un pays risque de le faire sombrer avec lui. Pire encore, le pouvoir économique se traduit par un pouvoir politique évident. Le pays se trouve non seulement hypothéqué, mais aussi à la merci d’investisseurs étrangers soucieux d’un retour sur investissement à court terme quel qu’en soit le prix en terme de stratégie industrielle et d’emploi. La révolution tunisienne a-t-elle enfanté d’une nouvelle forme de protectorat qui hypothèquerait l’indépendance politique et économique de tout un peuple ? Par les temps qui courent, la question mérite d’être posée. Après tout, c’est peut-être une stratégie bien pensée, mise en place par les nahdhaouis, pour se maintenir au pouvoir indéfiniment sous l’aile protectrice de leur « bienfaiteurs » du Golfe.

* Maître de conférences, France
29 commentaires
info sur Ben Ali sur...
Blu |11-09-2012 17:22
....RTS.ch
bientôt la FIN..?????
NEO |04-08-2012 19:00
Plus les jours passent ,et moins nous voyons de défenseurs du parti au pouvoir..! la clameur des rues nadahouiste tend à se tarire , on entend même des propos nostalgiques de l'ancien regime INCROYABLE....!

sur les differents medias numeriques on ne compte plus les avis, les analyses , qui vont dans le même sens....C' EST ASSEZ..!

maintenant la question que tout le monde se pose...,la majorité silcencieuse a t'elle enfin compris..que son avenir n'est pas là ou elle pensait qu'il serait..!

le vote sera t'il enfin à la hauteur des attentes .?

enfin.... si élections il y a ..!
PREVENIR VAUT MIEUX QUE GUERIR
ABOU JAHL |01-08-2012 20:01
Je crois c'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'on demande, au nom de la justice et de la démocratie, à une victime d'indemniser une soit disant autre victime! Au nom de quoi nous contribuables devront indemniser les militants d'un parti politique. Je rappelle qu'on vivait tous sous le joug de la même dictature! Peut être étions nous responsables de ce que leur est arrivé? Généralement on réclame une indemnisation à un ennemi vaincu, à 'un ancien colonisateur... Mais on demande ça à un peuple qui s'est révolté pour renverser un dictateur et libérer des victimes des geôles; ces mêmes victimes en guise de remerciement se retournent contre leurs libérateurs et leurs demandent de les payer!!! Cela dépasse l'entendement! C'est qui qui devrait être redevable l'un pour l'autre? le libérateur ou le libéré? Une seule réponse me vient à l'esprit: 'ingratitude et banditisme, vol et racket.
A ce titre je revendique que les régions défavorisés réclament des tribus aux autres régions, que la population active partage son revenu avec les chômeurs etc...
Plus sérieux encore, afin de ne plus refaire la même erreur, je revendique la création d'un fonds de solidarité. Ainsi les futurs victimes du futur régime dictatorial d'ennahdha pourront être indemnisés après la prochaine révolution quand la famille Ghannouchi et tous les corrompus qui les ont aidé vont se réfugier dans l'un des pays du golf comme à l'accoutumé. Parmi ces prochaines victimes on comptera les syndicalistes, les artistes, les gens de la gauche" mécréante et ennemi des croyants" et la liste sera tés longue; sans toutefois oublier les futurs martyrs et autres blessés de la révolution. Remarque, il ne faut surtout pas l' inscrire dans la constitution car cette dernière sera enterrée puisque un long sit iin de la Zeitouna 2 (futur siège du commandeur des croyants) le réclamera.
LE CLIENTELISME DIGNE DU CREATEUR DU 2626
sam |01-08-2012 16:20
ENNAHDHA ne se bat pour ses cadres mais plus exactement pour sa clientéle electorale pour les motiver et les mobiliser pour les prochaine echéances,d'aprés samir TAKTHIB l'elite d'ennahdha ne va rien demander mais comme on dit "ma tibki 3ala itim" ils vont se servir en priviléges et salaires suivant les affectations :deputé,ministre,PDG,ambas'sadeur comme dit l'autre "kol 9dir ou 9adrou"; en fait ils se foutent de la tête du peuple en faisant semblant d'être désinteressé sur le plan personnel.car sans être un génie du calcul et de la finance les sommes seront importantes globalement mais ridicule et perissables à titre individuel vue le grand nombre de benificières qu'ils souhaitent avoir dans leur girant .Eux ils seront "compenseés" sur le long terme en exercant le pouvoir pendant des années et pour cela ils commencent par acheter les militants pour y parvenir et de preference avant les prochaines elections mobilisation du camp adverse oblige en plus des resultats lamentables du gouvernement et du mécontentement qui ne fini pas de monter, élémentaire c de la magouille politique HLEL en plein mois sain
********** au pouvoir
1/Raisonnable |01-08-2012 15:26
Ceux qui ont voté à ces charlatans sont les auteurs en grande partie de faîte de notre pays. Puisqu'on avait ouvert la voie à cette bande de ********* qui nous gouvernent aussi jouer avec leurs baguettes magiques pour nous entrainer tunisiens, dans leurs univers sataniques sous couvert que la loi de la religion l'emporte sur tout, pour enfin, enduire la population en erreur et servir leurs intérêts. force est de constater, la caisse de l'État est répartie entre partisans et amis de Ganouchi des salafistes comme palestiniens qui, ont même bénéficie de terrains gratuit en Tunisie pour construire leur ambassade alors, que la Palestine n'a pas encore la légitimité d'un État souverain pour avoir même un consulat...
monarche...emir...
yahia |01-08-2012 14:58
ennahdha est en train de detruire l etat et l administration, pour la remplacer par l etat islamiste, qui n est autre que monarchique...l emir commande, et tout le monde a ses pieds...au moins les anglais donnent une lecon..mais emir el moominine a fait comme l eglise...nommant les rois acceptables a elle..ROI PAR LA VOLONTE DE DIEU, mais les occidenteaux ont abolis..d ou les revolutions americaine et francaise.....ghannouchi promet le paradis a ceux qui votent ennahdha....je me demande s il arrivera a sauver sa propre peau deja....kofr azrak
lecon dimassi
abbou |01-08-2012 14:51
l indecent abbou a dit...nous nous sommes mis d accord au CPR sur le principe d indemnisation...ben ali aussi etait d accord avec son RCD pour donner les bourses aux enfants des partisans, les primes, les jobs...etc.....flouss bouk pour que VOUS DECIDEZ....idha la tastahi ifaal maa chiita...
Une Révolution tombée aux mains des pillards
HL75TN |01-08-2012 14:27
Ce n'était pas sans raison que « cheikh » Khardhaoui, le maître à penser des salafistes qui gouvernent ce pays a déclaré que la révolution tunisienne était sortie de sous son abaya. Je ne savais pas que notre révolution était un 'uf ni que ce cheikh était une poule pondeuse et couveuse.

S'attribuer la maternité de notre révolution, c'est réécrire l'histoire, c'est éteindre la flamme du feu qui a carbonisé Mohamed E Bouazizi, c'est donner à ses causes une autre nature et à ses objectifs une autre portée.
A voir ce qui se passe, les Tunisiens n'auraient pas fait la révolution parce qu'ils avaient faim de pain, de travail, de liberté et de dignité mais une faim d'Islam et Ennahdha et ses filiales salafistes sont là pour leur donner à en manger.

Islam par-ci, Islam par là, les ventres restent vides, les chômeurs chôment toujours, des syndicalistes dorment en prison, des policiers et des miliciens islamistes mesurent la longueur des robes et des jupes et décident si une femme est habillée décemment selon les canons islamiques.

Ne parlons même pas du jeûne de ramadhan élevée au rang d'obligation légale pour les musulmans de ce pays ni de l'interdiction de l'alcool sur Tunisair ni de la fermeture des bars pendant le mois du jeûne.

Nous glissons par à-coups vers une société salafiste encore plus puritaine que celles qui régentent la vie des wahhabites originaux,, les Saoudiens ou les Qataris, tout cela pour plaire et complaire aux grands maître du salafisme international, qui a décrété une trêve dans le maniement des explosifs, le temps de ramener à l'Islam les mécréants tunisiens.

Et pendant ce temps-là, les deux leaders des partis domestiques, le CPR et Ettakatol ne pipent mot, laissant faire aux salafistes qui croient, ainsi, recueillir tous les bénéfices d'une islamisation forcée de la société tunisienne alors qu'ils ne recueillent que la haine et le mépris qui pavent le chemin de leur sortie future pour un retour dans le désert wahhabite ou ' Guantanamo, pour certains d'entre eux.
Charognards affamés et sans scrupules +ignares et incompétents
momo |01-08-2012 14:22
C'est terrible ce qui est analysée dans cette article , même moi qui est un farouche opposant de la troika ,je n'oserais pas les qualifier" des charognards affamés et sans scrupules" ,c'est qui est certain ce qu'ils sont tous ignares et incompétents ,a cela s'ajoute la mauvaise foie ,et l'appui des tunisiens par leurs incultures et leurs stupidités .
Mel poésie lel Politique !!
tounsi |01-08-2012 13:28
Ouff.. mais je voudrais savoir qu'est ce qu'un expert en poésie fait dans la politique ? oh mais j'hallucine .. Je crois que BN regroupe tout expert sur la base de leurs loyautés à l'ancien régime.. m ême s'ils n'ont rien à voir avec la raison.
Monsieur le maître de conférence, dans un texte argumentatif, contrairement à un poème , on doit rester objectif et avancer ses arguments. ce qui est totalement absent de votre article. C'est nul.. pfff
123
Votre commentaire
Pseudo*
E-mail*
Titre*
Texte
Conditions d'utilisations
- Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne sont pas rédigés par les journalistes.
- Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ne sera publié.
- Aucun commentaire contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.
- Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

» Cliquer ici pour lire les conditions d'utilisation et les règles de modération
Conditions d'utilisation
Business News remercie vivement ses lecteurs pour leurs commentaires, qui en apportant leur contributions, participent à l'enrichissement du journal en ligne. Cet espace reflète une multiplicité de points de vue à l'unique condition que ces points de vue se respectent les uns les autres.


- Les commentaires envoyés seront archivés sur les serveurs de Business News et demeureront consultables, avec l'article objet du commentaire, tant que le site fonctionne ;
- Les mails des lecteurs seront conservés dans nos archives internes et ne feront l'objet d'aucune exploitation commerciale. Aucun mail non sollicité (spam) ne sera délivré après l'insertion d'un commentaire dans Business News.
- Les mails des participants aux commentaires seront conservés dans nos archivages internes. Ils ne seront jamais communiqués, sans autorisation de leur titulaire ou à la demande d'une autorité judiciaire tunisienne.
- Tout commentaire envoyé sera lu par un modérateur avant publication.
- Business News n'est pas garant de la véracité des commentaires des lecteurs. Le rôle de ses modérateurs s'arrête aux vérifications d'usage liées aux règles de modération indiquées ci-dessus et non aux vérifications journalistiques du fond de l'information.
- Les commentaires sont généralement publiés dans un délai maximal d'une heure approximativement après envoi et ce, les jours ouvrables de 9h à 18h.

Règles de modération
Tous les commentaires sont publiés à la condition qu'ils respectent les règles de conformité à la loi tunisienne et de bienséance. Les contributions qui ne seront pas validées sont celles qui :


- Encourageraient un sentiment raciste et/ou haineux de quelque nature que ce soit ;
- Déprécieraient un groupe de personnes, une profession entière, une entreprise entière ;
- Injurient ou diffament les personnes, les entreprises et/ou toute autre entité ;
- Attaqueraient sans argumenter, ou argumenteraient de manière haineuse ;
- Alimenteraient des rumeurs, qu'elles soient fondées ou non ;
- N'auraient aucun lien avec le sujet principal de l'article objet du commentaire ;
- Ne s'adresseraient qu'à un autre lecteur en particulier, sans que les autres lecteurs puissent être concernés par le débat.
- Assimileraient la rubrique « commentaire » à un forum de discussions.

Business News se réserve le droit de retirer, ou de rewriter, un titre ou une partie du commentaire, même après insertion, au cas où cela se justifierait dans les situations suivantes :
- Paragraphe hors sujet ;
- Paragraphe ou phrase diffamatoire ;
- Paragraphe ou phrase non conforme avec les règles de modération indiquées ci-dessus ;
- Commentaire trop long ;
- Paragraphes ou phrases formulés en langage abrégé ou comportant un nombre élevé d'erreurs.
- Paragraphes ou phrases formulés en langue arabe ou en langue autre que le français et ce pour des raisons techniques.

Nos lecteurs peuvent signaler tout message litigieux aux modérateurs par l'envoi d'un mail à : mail@dmc.com.tn ou par téléphone au +216 70 831 100 ou par fax au +216 70 831 025