Comment les croire ?
Par Nizar BAHLOUL Avant les élections, Moncef Marzouki jurait ses grands dieux de couper tout lien avec l’ancien régime. A l’entendre, et à entendre ses militants CPR, il n’y aurait pas de place aux figures qui entouraient Ben Ali. A entendre ses promesses, le système érigé par Bourguiba puis perduré par Ben Ali n’existera plus et sera envoyé aux poubelles de l’Histoire.
Belles paroles bues comme de l’eau zemzem par ses 17.000 électeurs.
Qu’en est-il de ces belles paroles une fois Marzouki à la tête de l’Etat ?
Au vu de son gouvernement parallèle, quelques figures qui entouraient Ben Ali sont encore présentes. Mieux, ces figures sont à ses côtés.
Mieux encore, le système érigé par Bourguiba puis par Ben Ali demeure entier. Il suffit de voir la délégation qui l’accompagne en Ethiopie pour s’en convaincre. Et les noms qui figurent dans ce type de délégation ne sont pas publiés dans le JORT. Ils travaillent dans les coulisses. Comme ils ont toujours travaillé d’ailleurs.
Qu’en pensent les fans de Marzouki ? Ils sont étrangement silencieux sur ces dossiers, occupés qu’ils sont par dénigrer ceux qui critiquent leur chef.
Mais il serait de mauvaise foi de dire que Moncef Marzouki n’essaie pas de couper avec l’ancien système. Il fait des efforts et ces efforts méritent d’être signalés.
Ainsi la dernière amnistie présidentielle a permis la libération de près de neuf mille prisonniers. Parmi les relâchés, on retrouve quelques pédophiles et criminels sexuels récidivistes.
Les mauvaises langues pourront dire qu’il n’a pas coupé avec l’ancien système puisqu’il prouve, avec son acte, qu’il continue à s’immiscer dans le travail judiciaire. Les magistrats décident une peine de 4 ans et Marzouki, avec son pouvoir régalien, décide 3 ans et quelques mois.
Mais non ! Il a bien coupé avec l’ancien système. Sous Ben Ali, les pédophiles et les meurtriers, on les mettait en prison. Politique totalement opposée à celle du nouveau président. Sous Marzouki, les pédophiles et délinquants sexuels, on les met dehors ! C’est ça ce qu’ils appellent justice transitionnelle ?
Sadok Chourou a été superbe dans sa sortie à l’Assemblée constituante. Il entend crucifier et couper les mains et les pieds des grévistes et autres fauteurs de troubles.
Aussi moyenâgeuse qu’elle en a l’air, cette méthode a l’avantage de couper court avec l’ancien système. Avant les élections, Chourou a fait des promesses à ses 99.489 électeurs de Ben Arous. Après les élections, il entend les tenir. Quoi de plus naturel et quoi de plus honnête que de tenir ses promesses ?
Sauf que cette déclaration a provoqué un scandale. Nous ne sommes plus au Moyen-âge, ont crié les critiques.
Peut-être que nous ne sommes plus au Moyen-âge, mais il va falloir dire cela aux 99.489 électeurs de Sadok Chourou qui pensent tout à fait le contraire.
Question à monsieur le député : c’est quoi la sentence pour les pédophiles et délinquants sexuels ? Ce serait bien qu’il nous en parle, question d’en savoir davantage sur la politique du Moyen-âge qui nous attend.
Samir Dilou est sorti à plusieurs reprises cette semaine. Il a parlé de Nessma, de Chourou, de la Tunisie, de la presse…
A entendre le porte-parole du gouvernement, on croit entendre un membre ordinaire du PDM ou du PDP.
De quoi s’interroger sur la présence de cet avocat beau-parleur dans les mêmes rangs que Sadok Chourou. Il paraît comme un intrus dans ce parti, tant ses paroles sont aux antipodes de celles de ses partisans.
Qui est sincère et qui ne l’est pas ? Allez savoir !
Incontestablement, avec son sourire angélique et sa parfaite maîtrise de l’art de la communication, Samir Dilou a de quoi bluffer la moitié de la population. Mais il lui restera toujours l’autre moitié à convaincre.
Hamadi Jebali, chef du gouvernement provisoire, s’est déplacé la semaine dernière au Forum de Davos. La délégation qui l’accompagnait n’était pas la mieux indiquée pour rendez-vous aussi important, mais passons. Si le chef du gouvernement a choisi ceux-là, c’est qu’il a ses raisons et elles devraient être valables à ses yeux.
De cette visite, les chaînes de télévisions étrangères n’ont retenu qu’une info et l’ont tournée en boucle, sur leur news-barre : « le premier ministre tunisien demande un soutien financier aux pays étrangers, car les propres moyens du pays ne suffisent pas. »
Dans la même matinée, le Premier ministre marocain lançait des appels aux investisseurs et leur disait : « « Nous sommes très ouverts. Nous pouvons mieux garantir vos intérêts et investissements que par le passé. Que voulez-vous de plus ? »
Voilà où on en est ! Les Marocains miroitent des opportunités, nous on demande de la charité.
Dans son déplacement à Davos, le chef du gouvernement était accompagné par son ministre des Affaires étrangères. Celui-ci était, quelques jours plus tôt, au Caire pour une convention entre l’université théologique égyptienne d’Al Azhar et l’université théologique tunisienne de la Zitouna.
Il est question d’échanges d’étudiants et de l’octroi de bourses.
On imagine la bataille au sein d’Ennahdha sur le partage de l’aide supposée des Européens. Les uns veulent l’allouer aux futurs muftis et les autres pour acheter des sabres afin de couper les mains des fauteurs de troubles.
Pendant que Chourou parle de crucifix, pendant que Rafik Abdessalem se trimballe à Al Azhar et pendant que Marzouki libère à tout va les prisonniers et recrute parmi ses supposés-ennemis, Samir Dilou et Hamadi Jebali nous parlent de créations d’emplois, de justice et de lutte contre la pauvreté. On aimerait bien les croire, il y va de notre intérêt. Mais qu’ils nous aident en nous disant juste qui faut-il croire. Et merci !