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Tunisie – Sociétés de commerce international : "nous ne sommes pas des parasites !"
03/02/2010
Le renouvellement des agréments, la logistique, l’entente frauduleuse pratiquée par les industriels et la marginalisation des patrons des sociétés de commerce international par l’administration de la douane tunisienne, ont été les faits saillants d’un débat à cœur ouvert mais assez houleux, lors de la réunion du ministre du Commerce et de l'Artisanat, Ridha Ben Mosbah, avec les professionnels du secteur.
Les intervenants ont saisi la présence du ministre pour faire les mêmes reproches, les mêmes griefs et les mêmes critiques à l’égard de des industriels et la douane tunisienne. Il apparaît véritablement qu’il s’agit d’une histoire redondante de "je t'aime, moi non plus". Il ne faut pas, disait l'un des intervenants, que l'on nous considère comme des parasites qui vivent aux crochets des exportations.
A vrai dire, personne n'a été surpris par ce qui s'est passé au siège de du CEPEX, mardi 2 février 2010. Eu égard à l'importance capitale du maintien, dans la dynamique que connaissent les exportations tunisiennes, d'un secteur de commerce international jouissant de la confiance des différents intervenants, les débats s’annonçaient chauds. Et effectivement, les professionnels n’ont pas déçu. Tous, en voix de chœur, transparente et sûre, les professionnels ont fait connaître au ministre du Commerce et de l'Artisanat, leurs problèmes et leurs revendications.
Déjà, M. Ben Mosbah, l’a annoncé dès le début :" Ma présence parmi vous, aujourd’hui, est doublement motivée. D’abord par l'importance que revêt votre secteur dans la diversification des marchés extérieurs. Ensuite, par mon souci d’être à l’écoute de vos préoccupations et attentes".
Il convient, avant d’attaquer le vif du sujet, de signaler que l’activité des sociétés de commerce international consiste en l’exportation et l’importation de marchandises et produits, ainsi que dans tous genres d’opérations de négoce international et de courtage.
Actuellement, on recense 1728 entreprises, dont 732 non résidentes, 392 résidentes et 604 créées par les jeunes promoteurs. Or, part des exportations des sociétés de commerce international reste en-deçà des attentes. Elle varie entre 4 et 5% du total des exportations des biens et services, exception faite pour les marchés africains au sein desquels ces sociétés demeurent pionnières. Les statistiques de l’année 2009 montrent que les investissements en la matière ont atteint 20,614 MDT, dont 0 ,214 MDT ont été réalisés par les jeunes promoteurs.
Les investissements étrangers proviennent, essentiellement, de la Libye, la France, l’Italie, l’Espagne et les Tunisiens résidant à l’étranger. Par ailleurs, l’année 2009, a été marquée par l’entrée de nouvelles nationalités, en provenance de l’Algérie, la Russie, l’Inde, le Pakistan et le Togo.
Cependant, en dépit de toutes les réalisations de ce secteur prometteur, les professionnels ne se lassent pas de signaler qu’ils souffrent d’une politique de deux poids- deux mesures des industriels résidents ainsi que de la part de l’administration de la douane.
"Les industriels nous considèrent comme des parasites qui vivent aux crochets des exportations, de simples "Samsara" (courtiers) fadasses et insipides, alors que nous militons pour conquérir de nouveaux marchés et booster les exportations tunisiennes", disait l'un des intervenants. L’entente des industriels et producteurs, qualifiée de frauduleuse par les professionnels, nuit à leurs activités et représente un réel handicap à leur développement. Les industriels tiennent, selon les patrons des sociétés du commerce international, à « avoir le beurre et l’argent du beurre, en contrôlant la chaîne de la production à l’exportation, alors même qu’il faut capitaliser sur l’expérience et le savoir-faire de ces sociétés à l’export ». Ce comportement d’ingérence, pure et simple, limite le champ d’actions des promoteurs, et les place dans le doute quant au devenir de leur activité.
Outre les problèmes avec les producteurs, tous les opérateurs s'accordent à pointer du doigt la lenteur des procédures de la douane qui est à l'origine des différents dysfonctionnements pénalisant, encore, leurs activités. Un des intervenants s’est interrogé :"Pourquoi la douane tunisienne nous a-t-elle ignorés quand elle a attribué le statut d’opérateur économique agréé à neufs entreprises industrielles ? Cela aurait permis de nous faciliter la vie".
Outre la lenteur des procédures et le tas de paperasse qu’il faut signer, d’autres problèmes relatifs à des mesures imposées par la douane, tel que le cautionnement ou encore le droit d’escorte (payer l’assurance du douanier qui escorte les cargos de l’usine jusqu’au point de l’embarquement des marchandises), ont été évoqués par un autre intervenant
La liste des difficultés rencontrées par les entreprises de commerce international est loin d’être exhaustive. Le renouvellement biennal des agréments, le contrôle technique, la cherté du transport aérien surtout pour les denrées périssables, l’absence d’une représentation de ces sociétés dans les groupements professionnels, les problèmes rencontrés avec certaines dispositions du code de change et du commerce extérieur et le financement des jeunes promoteurs demeurent de véritables casse-tête pour ces opérateurs.
Hamadi Koôli, président de la fédération des exportations, a approuvé les propos des différents intervenants, tout en mettant l’accent sur l’impératif de renforcer les activités de ce secteur à travers la mise en place des lignes de financement, notamment pour les marchés africains, une procédure qui a permis à la Tunisie, il y a quelques années, d’intégrer le marché irakien. En outre, il a appelé à dresser le bilan complet des ressources que renferme le secteur des exportations en Tunisie afin de pallier aux inconvénients et exploiter les potentialités offertes par la conjoncture économique actuelle.
Une opinion largement partagée par M. Ben Mosbah, qui a apprécié l'atmosphère constructive dans laquelle s'est déroulé le débat. Cependant il s’est montré surpris que certaines pratiques administratives, qu’il croyait révolues depuis le changement du 7 Novembre 1987, persistent encore. Tout en précisant que l’amélioration de la qualité des services administratifs demeure au cœur du programme présidentiel, pour le prochain quinquennat 2009/2014, "Ensemble, relevons les défis", le ministre a fait savoir que les marges de progrès sont considérables, notamment en matière des procédures de la douane tunisienne dont nul ne peut contester le saut qualitatif qu’elle a réalisé.
"Néanmoins, l’administration demeure consciente de votre rôle pionnier et propulseur des exportations tunisiennes. Nous refusons solennellement de qualifier les sociétés du commerce international de parasites, elles sont au front pour conquérir les nouveaux marchés et diversifier les débouchés extérieurs de la Tunisie. D’ailleurs, dans le monde d’aujourd’hui, l’intermédiation est reine. C’est une valeur ajoutée sûre pour notre économie. Toutes vos revendications seront examinées et étudiées minutieusement par une commission mixte, composée des différentes parties intervenantes. Les rapports et propositions que la commission jugera opportuns seront soumis, par la suite, au gouvernement", a-t-il souligné.
Walid Ahmed Ferchichi
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