Tribune
La Tunisie aux portes de l’Open Sky
13/07/2009
Par Nabil Chettaoui
Les compagnies low cost vont arriver en Tunisie comme conséquence directe de la libéralisation du transport aérien (l’Open Sky), actuellement en cours de négociation entre la Tunisie et l’Union européenne. Cependant, il ne faut pas limiter les conséquences de cette libéralisation à la simple arrivée des compagnies low cost en Tunisie qui ne constitue qu’une partie des conséquences de l’accord, la partie visible de l'iceberg.
La libéralisation va d'abord permettre aux compagnies du pavillon national et notamment à Tunisair mais également aux compagnies régulières européennes qui opèrent déjà sur la Tunisie d’intensifier leur présence dans un environnement plus libéral permettant l'augmentation des fréquences et des capacités sur tous les aéroports européens profitant ainsi de la caducité des limitations imposées par les accords aériens actuels.
Dans ce contexte, Tunisair sera en concurrence non seulement avec les compagnies régulières étrangères mais aussi avec les compagnies low cost mais probablement uniquement sur les axes à forte densité de trafic (Paris, Madrid, Rome, Londres etc.) car les véritables low cost ne s’intéressent pas à tous les axes et ne sont pas présents au départ de tous les aéroports. Fort heureusement sur ces dessertes, Tunisair et les compagnies traditionnelles sont suffisamment outillées pour offrir un produit et un service attractifs aux clients, ce qui n’est pas le cas des low cost. Tous les passagers ne sont pas la cible des low cost et combien de passagers se sont détournés des low cost après plusieurs mésaventures subies.
Par ailleurs et en Europe, la libéralisation s’est faite progressivement par "paquets" de 1987 à 1997. En Tunisie, nous souhaiterions que la libéralisation se fasse progressivement sur un minimum de 3 ans pour nous permettre de poursuivre notre mise à niveau et pour que l’entrée des compagnies à bas coût se fasse par étapes. Tunisair a déjà entamé sa mise à niveau depuis le début des années 2000 avec d’excellents résultats. Il reste cependant quelques réformes visant essentiellement l’amélioration de la productivité de tous les facteurs de production (flotte, personnel…) et l’instauration d’un système de réduction de coûts permanents.
Le cas du Maroc nous a appris beaucoup de choses. Tout d’abord, le pays a libéralisé son transport aérien dans un contexte différent du nôtre. Le nombre de compagnies charters y était moitié moins important que celui de la Tunisie (qui, elle, a libéralisé son trafic charter depuis de nombreuses années). Aujourd’hui et après l'open sky le nombre de compagnies charter opérant sur le Maroc a été multiplié par deux pour atteindre le nombre de compagnies charter desservant la Tunisie.
La libéralisation du ciel marocain a certes provoqué une croissance à deux chiffres dans les arrivées aux aéroports mais n’a pas généré d’augmentation dans les nuitées d’hôtel qui ont, au contraire, reculé de 3% en 2008 par rapport à 2007. Deux explications à cela : les Marocains résidents à l’étranger ont intensifié leurs voyages et le tourisme résidentiel a progressé mais pas le tourisme classique packagé.
En conséquence, si la libéralisation a bouleversé le ciel marocain, la libéralisation en Tunisie aura certainement un impact plus limité car la Tunisie a déjà et depuis longtemps libéralisé l'activité charter et fortement modifié ses accords aériens au niveau du régulier permettant le développement progressif de la présence des compagnies tunisiennes et européennes voire même les low cost (tuifly, transavia, air berlin, click air…).
L’open sky avec l’Union Européenne contribuera certainement au renforcement de l’industrie touristique, offrira un plus grand choix aux voyageurs tunisiens mais constituera un nouveau défi pour Tunisair qu'elle saura sans nul doute relever grâce à la compétence et au dévouement de son personnel.
Nabil Chettaoui est PDG de Tunisair.
Cette tribune a été publiée dans le numéro 1 du magazine Afrique Tourisme qui a accordé son aimable autorisation pour sa reproduction dans Business News.
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