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Béji Caïd Essebsi s’essaye à l’économie

Béji Caïd Essebsi s’essaye à l’économie

 

Le dernier discours pour la fête de l’indépendance de Béji Caïd Essebsi a été une déception. Après une longue introduction historique, discipline que le président de la République maitrise à merveille, ce dernier s’est lancé dans une autre discipline qui lui est complétement étrangère, l’économie.

Le président de la République a eu l’humilité d’avouer son ignorance de la chose économique. Toutefois, cela ne l’a pas empêché de relater certains chiffres, tous négatifs, pour en faire porter la responsabilité au gouvernement. Inutile de souligner le fait que pas un chiffre positif n’a été donné par le président de la République, pourtant, dans les faits, il y en a.

 

Qu’un président de la République fasse un bilan de la situation économique du pays à l’occasion d’un tel discours, cela est tout à fait normal. Mais relater la situation économique en se focalisant sur l’aspect négatif pour l’utiliser comme une arme politique visant le chef du gouvernement devient douteux.

Cette ignorance de la chose économique pousse certainement Béji Caïd Essebsi à penser que l’actuel gouvernement, présidé par Youssef Chahed, est la seule cause de la situation actuelle. Il ne nous viendrait pas à l’esprit de penser qu’il y a une certaine mauvaise foi de la part du président qui ne trouve plus que cette pique pour s’en prendre à Youssef Chahed. Si l’on osait dire cela, on ne ferait plus partie des « médias responsables » que le président veut voir.

 

Tout cela ne veut pas dire que l’économie est florissante et que Béji Caïd Essebsi s’en prend gratuitement au chef du gouvernement. Il est clair que la situation économique de la Tunisie est grave et que les voyants sont au rouge sur plusieurs points. Mais il existe quand même des chiffres au vert et il y a des raisons d’espérer. Prendre pour exemple les chiffres de production du phosphate en comparant avec les résultats de 2010 est un exercice hasardeux, car il ne prend pas en considération plusieurs aspects. L’un de ces aspects est que c’était le même Béji Caïd Essebsi qui s’était engagé à protéger les sites de production en faisant appel à l’armée. Il a constaté un problème, a failli en essayant de le régler, pour ensuite en faire porter la responsabilité au gouvernement. Il est vrai que la CPG est gérée par le gouvernement d’une manière chaotique et qui n’obéit à aucune logique économique viable. Mais il est certain que ce n’est pas le gouvernement Chahed qui a recruté les 23 mille employés de la compagnie.

 

Encore une fois, le président de la République semble démuni devant le chef du gouvernement et tente de trouver des armes pour l’attaquer. Il s’est aussi essayé à l’humour en disant « Si Chahed nous revient… ». Le fait de faire un discours sans lire un papier, ce qui avait le don d’exciter ses fans, montre en fait un discours décousu, sans structure et sans message principal. Un discours dans lequel Béji Caïd Essebsi poursuit, non sans difficulté, sa croisade contre Youssef Chahed. Il en est même arrivé à suggérer que le pouvoir exécutif n’a plus qu’une seule tête et qu’il est relativement mis sur la touche. Il a même rappelé l’épisode du remaniement ministériel durant lequel on aurait voulu le court-circuiter en prenant à témoin Mohamed Ennaceur, président de l’ARP.

 

Le chef de l’Etat a tenté, sans grand succès, d’ajouter la corde économique à l’arc avec lequel il cible son chef de gouvernement. Toutefois, cette corde ne risque pas d’atteindre ce dernier car il est faux de dire qu’un seul gouvernement porte la responsabilité de la situation économique de la Tunisie, fusse-t-il celui de cet insolent Youssef Chahed.

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Commentaires (5)

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Youssef kraiem
| 21-03-2019 12:05
Il y'a des vérités que BCE s'obstine à ne pas avouer bien qu'il en soit, à mon avis,parfaitement conscient.D'abord l'échec qu'il impute à YC rejaillit forcément sur lui pour l'avoir choisi comme chef du gouvernement;il en est de même pour Habib Essid,ensuite son attitude fort négative à l'égard du parti qu'il a fondé et qui sombre de plus en plus par la faute de HCE.Un seul mot de sa part à l'adresse de son fils aurait suffi pour ramener Nida Tournés à son apogée et nous épargner la crise interminable que nous vivons et qui paralyse le pays sur tous les plans, économique en particulier,enfin l'âge avancé du Président qui ne convient plus à poursuivre les lourdes charges devant asseoir le nouveau régime démocratique après l'ère dictatoriale connue par le pays.En dépit de cela on ose revendiquer l'amendement de la constitution pour octroyer de plus amples pouvoirs au chef de l'Etat !

welles
| 20-03-2019 18:26
M. Achouri
Avec tous mes respects votre compte-rendu du discours présidentiel est, le moins qu'on puisse dire, orienté, partiel et surtout partial.
Deux exemples corroborent ce que j'avance, d'abord vous ne citez pas réellement des chiffres positifs dans votre argumentaire, vous émettez simplement des réserves contre les chiffres de la production minière et dans ce cas le président a raison de souligner cette baisse.D'ailleurs il faut être aveugle ou de mauvaise foi pour constater que l'économie tunisienne est à la dérive et tous les indicateurs sont au rouge vif. Et M. Chahed ,qu'on le veille ou non, est en partie responsable de cette situation catastrophique;
Par ailleurs, contrairement à vous, j'ai trouvé le discours, bien ficelé, et comme thème central l'unité de la nation; son appel à l'histoire de la libération est un argument factuel et un exemple éclairant pour dire que malgré les obstacles, les tunisiens doivent rester unis, en deuxième partie il prend à témoin les citoyens et les hommes politiques de notre époque qui dirigent le pays pour leur expliquer que la politique politicienne comme celle du chef du gouvernement ou l'interprétation tendancieuse de l'article II de la constitution par le parti des "frères musulmans" est une grave atteinte à l'unité de la nation.
Vous, vous écrivez que c'est un discours décousu parce qu'il n'est pas écrit; mais pourquoi ne pas penser qu'il s'agit d'un discours oral vivant, ponctué de petites remarques acerbes qui sonnent comme des vérités incontournables; l'épisode du remaniement sans le consentement du président qui vous agace tant, n'était-elle pas réelle?! M. Chahed n'a-t-il pas essayé de faire de la cuisine politique pour mettre le président de la république, élu au suffrage universel, devant le fait accompli; à l'inverse de quelle légitimité se réclame le chef du gouvernement, sinon du président de la république lui-même et de la tambouille politique des députés et de l'arrangement des partis conduits par le chef du parti islamiste.
M. Chahed que vous défendez et que défend maintenant la ligne éditoriale de votre journal est, que je sache, le chef de l'exécutif, c'est lui qui met en '?uvre la politique de la nation et donc BCE a totalement raison de dire que sur le plan économique, le seul responsable est le chef du gouvernement.
Comment un journal, comme le votre, arrive "à retourner sa veste " en quelques semaines ,avec autant de mépris de ses lecteurs, qui ne demandent qu'un peu de clairvoyance et d'objectivité dans le traitement des sujets politiques.
Quelle tristesse!

Jilani
| 20-03-2019 18:11
S'attaquer à une nouvelle génération qui cherche à sauver le pays malgré toutes les difficultés, montre bien le niveau de cynisme auquel est arrivé ce vieux qui ne veut pas lâcher prise et reconnaître qu'il a échoué dans toutes ses promesses, entraîné le pays dans une crise politique, fractionné les partis, renforcé les islamistes et tout ça pour mettre en avant son fils débile et son clan de bandits.

DHEJ
| 20-03-2019 18:10
Que dire de sa découverte le GAMIN ancien vagmaster de l'ambassade US...?

Rationnel
| 20-03-2019 18:10
BCE a raison, la situation économique de la Tunisie est grave et la majorité sinon la totalité des voyants sont au rouge sur plusieurs points. Il est clair aussi que Chahed n'est le seul responsable de cette situation mais puisqu'il est le chef de gouvernement qui a occupe le poste le plus longtemps, 27 mois (sur un total de 98 mois), il est le premier responsable. La constitution de la deuxième république donne la majorité des pouvoirs exécutifs au chef du gouvernement, le Président occupe essentiellement un poste honorifique sans vrais pouvoirs ce que BCE n'arrive pas encore a absorber. Chahed est responsable d'au moins 28% de la dégradation de la situation. BCE était premier ministre pour 10 mois, et président pour 5 ans donc une grande part de responsabilité, Hamadi Jebali, 15 mois, Ali Laaratedh, 10 mois, Mehdi Jomaa, 12 mois, Habib Essid, 18 mois.

La situation risque encore de s'aggraver, une équipe du FMI va visiter la Tunisie la semaine prochaine pour la cinquième revue du programme de prêts. La Tunisie n'a pas tenu ses promesses et n'a pas réalise des progrès sur les reformes de la bureaucratie et la réduction des déficits, le comite risque de refuser la prolongation des prêts. Le FMI était contre l'augmentation des salaires des 670 000 employés du secteur public qui va encore aggraver le déficit budgétaire. Y. Chahed a pris un grand risque en augmentant les salaires, mais pour préserver ses chances politiques il ne pouvait pas vraiment agir autrement vu les risques de troubles sociaux et la position de l'UGTT.

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